15 janvier : la lettre aux hébreux … la force de résilience apportée par Jésus.

14 janvier 2021 1 Par Père Roger Hébert

Ce n’est pas très fréquent dans la liturgie qu’une épitre soit lue de manière quasi-continue en autant de temps. Cette lettre aux Hébreux dont nous avons commencé la lecture lundi sera proposée à notre méditation jusqu’au 6 février, c’est-à-dire qu’elle nous aura occupé 4 semaines pleines, ce n’est pas rien. La lecture continue sera interrompue par quelques fêtes, la conversion de Paul et le lendemain, les fêtes de Timothée et Tite puis la fête de la Présentation au Temple. Si l’Eglise nous propose de rester 4 semaines pleines sur cette lettre, c’est que le message qu’elle contient est de toute première importance. Alors, même si la lecture a déjà commencé puisque je reprends le cycle des homélies, je vous propose que nous fassions une halte pour que je puisse vous donner quelques éléments qui vous aideront à mieux accueillir le message de cette lettre.

Il y a un certain nombre d’années, pour désigner cet écrit, on parlait de la lettre de St Paul aux Hébreux. Un exégète qui ne manquait pas d’humour introduisait son cours en disant nous avons, au moins 3 certitudes à propos de cet écrit : 1/ Ce n’est pas une lettre 2/ Il n’est pas de St Paul 3/ Il ne s’adresse pas aux Hébreux ! D’ailleurs, vous l’aurez remarqué on ne dit pas : lecture de la lettre de St Paul aux Hébreux, mais lecture de la lettre aux Hébreux. Les évêques qui ont commenté la 1° lecture dans les homélies de ces derniers jours parlaient de l’auteur de la lettre aux Hébreux. Cet auteur, nous ne le connaissons pas, certains pensent que c’est Barnabé, d’autres que c’est Apollos. Rien dans cet écrit ne nous permet de le connaître. Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas St Paul, parce que lui, il commence toujours ses lettres en se désignant comme l’auteur de ce qui va suivre. Vous pourrez vérifier le 1° mot de toutes les épitres de Paul, c’est justement le nom de Paul qui se présente comme l’auteur de la lettre et qui présente la communauté à qui il s’adresse. Rien de tout cela dans cet écrit, il n’est donc pas de Paul.

Ce n’est pas une lettre non plus, c’est plutôt un exposé, le père jésuite Albert Vanoye, devenu cardinal, qui est le grand spécialiste de cet écrit aime parler du sermon sacerdotal, de prédication sur le sacerdoce du Christ parce que l’objectif fondamental de cet écrit est justement de montrer en quoi Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous fallait selon l’expression qui sera utilisée au v.26 du chapitre 7. Il n’y aura que les 4 derniers versets de cet écrit qui peuvent être considérés comme une lettre. Tout le reste, c’est une méditation très profonde, une prédication extrêmement bien réfléchie et parfaitement écrite.

Enfin si on parle d’un écrit qui s’adresse aux Hébreux, c’est précisément parce que, attribuant ce titre de grand prêtre à Jésus, il fait beaucoup référence aux pratiques sacerdotales, à la liturgie du Temple que les hébreux connaissaient bien. Toutefois, le cardinal Vanhoye regrette ce titre en disant qu’il pourrait décourager ceux qui ne sont pas hébreux de prendre au sérieux le contenu de cette prédication en imaginant qu’elle n’est pas pour eux. Or, nous allons le voir, nous qui ne sommes pas hébreux, nous sommes vraiment destinataires de cette prédication sur le sacerdoce du Christ.

Peut-être que le titre le plus pertinent pour cet écrit serait : Homélie pour des chrétiens désorientés. Cette prédication s’adresse à des personnes qui ont adhéré au Christ avec enthousiasme. Mais voilà, l’enthousiasme s’érode peu à peu avec le temps et la routine qui risque toujours de s’installer, avec les difficultés dues aux conditions de vie des chrétiens, c’est-à-dire l’opposition qu’ils rencontrent dans la société mais aussi les difficultés inévitables liées à la vie spirituelle, au combat spirituel. Cette prédication vise à relancer ces chrétiens qui perdent l’enthousiasme, elle veut leur donner de bonnes raisons de se remettre à la suite du Christ et les secouer un peu aussi, au passage.

C’est un peu ce que nous avions dans le texte d’aujourd’hui qui nous donnait à entendre des paroles vigoureuses parce que le grand risque de ceux qui s’endorment, c’est qu’ils finissent par rater le train ! Dieu nous fait une très belle promesse, il nous invite à partager son repos, il nous invite à prendre des vacances avec lui, quelle promesse extraordinaire. Oui, mais attention, il ne faudrait pas rater le train qui nous conduira à ce repos avec Dieu. Je relis le début et la fin du texte : « Frères, craignons, tant que demeure la promesse d’entrer dans le repos de Dieu, craignons que l’un d’entre vous n’arrive, en quelque sorte, trop tard. » Ça c’était le début et voilà la fin : « Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l’exemple de ceux qui ont refusé de croire. » Le message est donc clair, nous sommes invités à réveiller notre enthousiasme, à sortir de la routine dans laquelle nous pouvons tous nous engluer à certains moments de notre vie. 

Nous réveiller, c’est donc l’objectif de cette prédication que nous méditerons tout au long de ces 4 semaines. La méthode choisie par l’auteur de cette prédication pour nous réveiller sera de nous aider à approfondir notre foi, à en redécouvrir la beauté et la profondeur. C’est comme s’il disait : notre foi est tellement belle que vous ne pouvez pas passer à côté en vous contentant d’être moyen ! Il va donc nous faire plonger au cœur du mystère de la Foi, au cœur du mystère du Christ en nous montrant justement comment Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous faut, demain, nous entendrons déjà qu’il est le grand-prêtre par excellence. Voilà, je crois que nous en savons assez pour goûter comme il convient ce que cette prédication sur le sacerdoce du Christ va nous offrir et en tirer profit pour sortir de notre routine.

Je voudrais juste dire quelques mots sur l’Evangile. Nous l’avions déjà médité, il y a quelques semaines et je vous faisais remarquer que lorsque nous, nous nous étonnons, le paralytique, lui ne s’étonne pas. Nous, nous nous étonnons que Jésus lui dise : tes péchés sont pardonnés, le paralytique ne s’en étonne pas et il ne dit pas à Jésus : mes amis n’ont pas pris tous ces risques, juste pour ça, on attend autre chose ! Non, il savait que ce qui le paralysait le plus, c’était précisément son péché. Ce qui signifie que le pardon c’est ce dont nous avons tous le plus besoin. Je lis un livre sur la vie communautaire écrit par une religieuse suédoise et elle a cette remarque pleine d’humour et en même temps tellement pertinente. « Dans une communauté, un membre qui ne se confesse pas régulièrement est aussi difficile à supporter que quelqu’un qui ne se lave pas régulièrement ! » Le péché, c’est ce qui finit par nous faire sentir mauvais. Et quand la crasse s’accumule, elle finit par paralyser et, dans une communauté, tout le monde finit par en souffrir.

Un autre détail que je veux souligner, c’est le fait que Jésus ordonne au paralytique de prendre son brancard et de se lever et il nous est dit que l’homme obéit : il prend son brancard et sort ! Pourquoi fallait-il qu’il prenne son brancard alors qu’il n’en avait plus besoin ? Il aurait pu le laisser, un peu comme on voit à la grotte de Lourdes : tous ceux qui ont été guéris ont laissé leurs béquilles et elles sont accrochées à la paroi de la grotte justement comme témoignage de reconnaissance de la part de ceux qui ont été guéris et qui n’en ont plus besoin. Des psychologues chrétiens vont lire cet évangile, je pense particulièrement à Françoise Dolto qui a écrit : « L’Evangile au risque de la psychanalyse. » 

En lisant ce texte, c’est sur ce détail qu’ils vont particulièrement s’arrêter en expliquant que la grande guérison que Jésus veut apporter à tout le monde, le grand don qu’il veut faire à tous, c’est la force de porter ce qui nous écrasait, ce qui nous empêchait d’avancer, de vivre. Certains, dans des lieux de pèlerinage sont guéris totalement et définitivement, cette guérison peut aussi survenir grâce à la prière des frères. Mais ça, c’est pour certains seulement. Par contre, ce que Jésus veut donner à tous, c’est la force de porter ce qui les écrasait, ce qui les empêchait d’avancer, de vivre. Oui, ça c’est pour tous : prends ton brancard, porte-le, je t’en donne la force ! Voilà ce que Jésus dit à tous.

De ce point de vue Marthe est un brillant exemple de cette guérison que Jésus veut donner à tous. Elle a beaucoup prié, on a beaucoup prié pour elle, mais jamais elle n’a été guérie. Pourtant, elle a bel et bien reçu la guérison la plus importante : la force de porter cette maladie qui aurait pu l’écraser. Et comme Jésus est très fort, non seulement il donne la force de porter, mais il donne la force de transformer cette épreuve en source de grâces. C’est ce que les psychologues appellent la résilience. Seigneur nous te bénissons pour cette guérison que tu ne cesses d’apporter à tous ceux qui te la demandent, merci de nous donner à nous aussi, aujourd’hui encore la force de porter notre brancard.