16 janvier : bis et plus !

15 janvier 2021 2 Par Père Roger Hébert

Hier, un des évêques de la Conférence était resté … il était donc normal qu’il préside et prêche ! J’ai donc recyclé la 1° partie de l’homélie d’hier en l’adaptant à la lecture du jour et rajouté un commentaire de l’Evangile !

Ce n’est pas très fréquent dans la liturgie qu’une épitre soit lue de manière quasi-continue en autant de temps. Cette lettre aux Hébreux dont nous avons commencé la lecture lundi sera proposée à notre méditation jusqu’au 6 février, c’est-à-dire qu’elle nous aura occupé 4 semaines pleines, ce n’est pas rien. Nous n’aurons pas la possibilité de l’entendre en entier, le lectionnaire a dû faire des choix et en plus, la lecture continue sera interrompue par quelques fêtes, la conversion de Paul et le lendemain, les fêtes de Timothée et Tite puis la fête de la Présentation au Temple. Ce qu’il faut nous dire, c’est que si l’Eglise nous propose de rester 4 semaines pleines sur cette lettre, c’est que le message qu’elle contient est de toute première importance. Alors, même si la lecture a déjà commencé depuis une semaine, puisque je reprends aujourd’hui, le cycle des homélies quotidiennes, je me propose de vous donner quelques éléments qui vous aideront à mieux accueillir le message de cette lettre.

Il y a un certain nombre d’années, pour désigner cet écrit, on parlait de la lettre de St Paul aux Hébreux. Un exégète qui ne manquait pas d’humour introduisait son cours sur cet écrit en disant : nous avons, au moins 3 certitudes à propos de cet écrit, 1/ Ce n’est pas une lettre 2/ Il n’est pas de St Paul 3/ Il ne s’adresse pas aux Hébreux ! D’ailleurs, vous l’aurez remarqué on ne dit plus : lecture de la lettre de St Paul aux Hébreux, mais lecture de la lettre aux Hébreux. Cet auteur, nous ne le connaissons pas, certains pensent que c’est Barnabé, d’autres que c’est Apollos. Rien dans cet écrit ne nous permet de l’identifier avec certitude. Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas St Paul, parce que lui, il commence toujours ses lettres en se désignant comme l’auteur de ce qui va suivre. Vous pourrez vérifier le 1° mot de toutes les épitres de Paul, c’est justement le nom de Paul, à chaque fois, il se présente comme l’auteur de la lettre. Rien de semblable dans cet écrit, il n’est donc pas de Paul. Il y aurait encore d’autres raisons pour le justifier.

Ce n’est pas une lettre non plus, c’est plutôt un exposé, le père jésuite Albert Vanoye, devenu cardinal, qui est le grand spécialiste de cet écrit aime parler « du sermon sacerdotal », de « la prédication sur le sacerdoce du Christ » parce que, justement, l’objectif fondamental de cet écrit c’est de montrer en quoi Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous fallait selon l’expression qui sera utilisée au v.26 du chapitre 7. Il n’y aura que les 4 derniers versets de cet écrit qui peuvent être considérés comme une lettre. Tout le reste, c’est une méditation très profonde, une prédication extrêmement bien réfléchie et parfaitement écrite.

Enfin si on parle d’un écrit qui s’adresse aux Hébreux, c’est précisément parce que, attribuant ce titre de grand prêtre à Jésus, il fait beaucoup référence aux pratiques sacerdotales, à la liturgie du Temple que les hébreux connaissaient bien. Toutefois, le cardinal Vanhoye regrette ce titre en disant que, tous ceux qui ne sont pas hébreux pourraient penser que le contenu de cette prédication n’est pas pour eux. Or, nous allons le voir, nous qui ne sommes pas hébreux, nous sommes vraiment destinataires de cette prédication sur le sacerdoce du Christ.

Le titre le plus pertinent, le plus accrocheur pourrait être : « Homélie pour des chrétiens désorientés. » En effet, cette prédication s’adresse à des personnes qui ont adhéré au Christ avec enthousiasme. Mais leur enthousiasme s’érode peu à peu avec le temps et la routine qui risque toujours de s’installer. Il y a, en plus, les difficultés dues aux conditions de vie des chrétiens, à l’opposition qu’ils rencontrent dans la société mais aussi les difficultés inévitables liées à la vie spirituelle, au combat spirituel. Cette prédication vise à relancer ceux qui perdent leur enthousiasme, elle veut leur donner de bonnes raisons de se remettre à la suite du Christ et les secouer un peu aussi, au passage.

C’est un peu ce que nous avions dans les textes de ces derniers jours qui nous proposaient des paroles vigoureuses pour commenter le psaume 94. Le grand risque pour ceux qui s’endorment, c’est qu’ils finiront par rater le train ! Dieu nous fait une très belle promesse, il nous invite à partager son repos, il nous invite à prendre des vacances avec lui, quelle promesse extraordinaire ! Oui, mais attention, il ne faudrait pas que nous restions endormis et que nous rations le train qui nous conduira à ce repos avec Dieu. La Parole nous réveille, elle veut pénétrer en nous, comme un glaive, nous l’avions entendu. Ce glaive, il devient comme le bistouri d’un chirurgien qui ira aussi profond qu’il le faut pour enlever toutes les tumeurs du mal qui finissent par nous faire mourir à petit feu. Ce sont toutes les Paroles de cette lettre aux Hébreux qui vont devenir comme un glaive ou comme un bistouri. Acceptons de nous laisser travailler par cette Parole, livrons-nous à son action bienfaisante même si le bistouri sera obligé de trancher.

Nous, purifier, nous réveiller, c’est donc l’objectif de cette prédication que l’Eglise nous donne à méditer tout au long de ces 4 semaines. La méthode choisie par l’auteur de cette prédication pour nous réveiller, pour nous purifier sera double. Il y aura quelques paroles vigoureuses mais il y aura surtout une invitation à approfondir notre foi, à en redécouvrir la beauté et la profondeur. C’est comme s’il disait : notre foi est tellement belle que vous ne pouvez pas passer à côté en vous contentant d’être moyen ! Il va donc nous faire plonger au cœur du mystère de la Foi, au cœur du mystère du Christ en nous montrant justement comment Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous faut, nous avons déjà entendu ce matin qu’il était le grand-prêtre par excellence. Dans la suite nous comprendrons mieux en quoi il est ce grand-prêtre par excellence. Voilà, je crois que nous en savons assez pour goûter comme il convient ce que cette prédication sur le sacerdoce du Christ va nous offrir et en tirer profit pour sortir de notre routine, pour nous laisser purifier.

Je voudrais juste dire quelques mots sur l’Evangile. Cet appel de Matthieu, on peut imaginer qu’il a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le groupe apostolique qui avait déjà commencé à se former. Matthieu le publicain, Matthieu la crapule, Matthieu qui cherchait à prendre le plus possible d’argent à ceux qui travaillaient durement et honnêtement, eh bien, c’est ce Matthieu que Jésus appelle pour l’incorporer au groupe des douze. Bien des films ou des romans qui présentent la vie de Jésus s’arrêtent sur cet épisode tellement il a dû être difficile à encaisser pour les autres apôtres. Certaines de ces présentations évoquent Pierre qui marche en avant du groupe et Matthieu qui l’interpelle parce qu’il a du retard dans ses impôts … c’est vrai que depuis qu’il s’est mis à suivre Jésus, il a moins le temps de travailler et ses dettes s’accumulent. On peut imaginer Pierre tenir une conversation vigoureuse avec Matthieu et voilà que Jésus arrive et sans se soucier du conflit quasi-permanent qui les oppose en raison de ces dettes d’impôts, il appelle Matthieu pour l’incorporer au groupe des 12. Jésus l’appelle pour le faire devenir compagnon de Pierre, à qui il a confié la responsabilité de ce groupe et tout cela Jésus le fait sans se préoccuper du fait que Matthieu et Pierre se regardent comme des ennemis ! Il a dû y avoir une sacrée ambiance dans le groupe quand Matthieu l’a rejoint ! Ce n’est pas que pour les scribes que Jésus dit : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Jésus le dit aussi pour ceux qui, dans le groupe apostolique, refusent le choix qu’il vient de faire en appelant Matthieu à les rejoindre. 

Et, avec cette parole, il rappelle à chacun que s’il a été appelé, ce n’est pas parce qu’il avait toutes les meilleures qualités du monde, chacun a été appelé en étant pécheur, Jésus connait le péché de chacun des 12. Le péché de Matthieu se voit comme le nez au milieu de la figure, le péché des autres est plus facile à cacher ! Mais tous sont pécheurs et c’est en le sachant très bien que Jésus les a tous appelés, Matthieu comme les autres.

Evidemment ce texte raisonne de manière particulière pour tous ceux qui ont fait le choix de la vie communautaire ! Dans toutes les communautés, il y a des personnes qui ne se seraient jamais choisies mais qui doivent vivre ensemble parce que Jésus les a choisies ! Voilà ce qui donne sa cohésion à une communauté, voilà ce qui peut aider à surmonter les incompatibilités d’humeur, c’est de nous rappeler cette évidence : le frère ou la sœur avec qui j’ai des difficultés le Seigneur l’a choisi tout comme il m’a choisi et quand il nous a choisi l’un et l’autre, il savait que, l’un comme l’autre, nous étions des pécheurs. Alors puisque c’est Jésus qui nous a choisis, seul Jésus peut être le ciment qui permet à une communauté de ne pas éclater sous la pression des conflits. Et c’est pour cela qu’il est bon de pouvoir célébrer la messe chaque matin.