18 janvier : Le grand-prêtre qu’il nous faut, c’est Jésus !

18 janvier 2021 0 Par Père Roger Hébert

Après une semaine de lecture de cette lettre aux hébreux qui était comme une introduction, nous allons commencer la grande réflexion sur le sacerdoce de Jésus. Je vous rappelle que c’est le thème central de cette lettre et que c’est pour cela que le grand spécialiste qu’est le cardinal Vanhoye propose qu’on l’appelle le sermon sacerdotal ou la prédication sur le sacerdoce du Christ. Puisque cette réflexion sur le sacerdoce du Christ va nous occuper pas mal de jours, il est préférable d’avoir quelques idées claires sur ce qu’est le sacerdoce dans la Bible ou, dit autrement, de quoi parle-t-on quand on parle de prêtre ou de grand-prêtre dans la Bible.

C’est important de réfléchir à cette question car nous, quand nous entendons le mot prêtre, que nous le voulions ou non, nous avons un peu le modèle des prêtres que nous connaissons qui vient à notre esprit. Mais la Bible, du moins le Premier Testament est loin, très loin de ce modèle et c’est d’ailleurs un véritable coup de force que l’auteur de la lettre aux Hébreux réalise en osant attribuer à Jésus ce titre de prêtre et même mieux de grand-prêtre. Quelques éléments pour mieux comprendre.

De tout temps et dans toutes les cultures, le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de tout homme. Certains trouvant ce désir bien encombrant ont cherché à le neutraliser en disant que Dieu n’existait pas. Mais on voit ce que ça a produit et ce que ça continue de produire dans les pays qui ont fait de l’athéïsme une véritable religion d’état. Pour tuer le désir de Dieu, il faut tuer une quantité d’hommes et même avec ces massacres, le désir de Dieu ne meurt pas. On l’a vu dans les Pays de l’Est, dès que la liberté de culte a été à nouveau possible, il y a une poussée spirituelle étonnante. Que ça plaise ou non, il faut le reconnaitre, le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme. St Augustin l’avait très bien exprimé en disant : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ! » 

Alors puisque ce désir de Dieu est inscrit si profondément dans le cœur de l’homme, il va falloir accompagner les hommes dans leur soif de trouver Dieu, d’être en relation avec lui. C’est ce que proposent toutes les religions et, dans toutes les religions, il va y avoir, sous des formes très différentes, des hommes qui vont devenir comme les spécialistes de cet accompagnement, ce seront les prêtres qui peuvent porter d’autres noms selon les religions, selon les lieux et les époques.

Le judaïsme a donc mis en place, lui aussi, une religion avec des prêtres qui auront mission d’accompagner les hommes dans leur itinéraire de foi. Ce qui fait la particularité du judaïsme, c’est cette conviction que Dieu est Saint, c’est-à-dire qu’il est, comme on dit, le Tout Autre, le Tout Puissant. Du coup, on le voit dans le Premier Testament, quand l’homme est mis en contact avec Dieu, il est pris de panique. Rappelons-nous la panique d’Isaïe dans le récit de sa vocation quand il est mis en présence de Dieu : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Il ne sera donc pas simple d’entrer en contact avec Dieu. Puisque Dieu est saint, il faudra soi-même s’imprégner de sainteté si on veut entrer en contact avec lui. Or, dans le Premier Testament, on estime que le peuple ne peut acquérir cette sainteté et pourtant il garde le désir de pouvoir être en contact avec Dieu, alors comment faire ? Le judaïsme a répondu en veillant à ce que l’une des tribus soit mise à part, la tribu de Lévi et, c’est de cette tribu, plus précisément de la famille d’Aaron que seront issus les prêtres. Ils recevront une consécration particulière, ils vivront toute une série de rituels permanents de purification, ils éviteront soigneusement tous les contacts avec les païens et toutes les personnes impures pour conserver cette sainteté qui les rend capable d’approcher Dieu. 

Du coup, on comprend que, seuls les prêtres appartenant tous à cette tribu, pourront approcher de Dieu dans le Temple, cet espace totalement saint, et offrir, au nom du peuple, les sacrifices qui mettront en lien Dieu et le Peuple.

Encore une question : pourquoi faut-il offrir des sacrifices pour rencontrer Dieu ? Eh bien, parce que le prêtre, même avec sa consécration, même avec ses rituels de purification, il reste un homme, il n’est pas totalement du côté de Dieu. Alors, on choisit un animal sans défaut et on va le sacrifier, c’est-à-dire qu’on va le faire passer du côté du sacré, c’est ça le sens du mot sacrifier, étymologiquement, ça signifie « faire du sacré ». Cet animal on le rend sacré pour qu’il passe du côté de Dieu en étant porteur de toutes nos intentions. Et en retour, celui qui offre le sacrifice par l’intermédiaire du prêtre espère recevoir une série de bienfaits de la part de Dieu.

Voilà, avec ces éléments, nous en savons assez pour plonger dans le message du sermon sacerdotal. Je disais au départ que l’auteur de la lettre aux Hébreux réalisait un coup de force en donnant à Jésus ce titre de prêtre et même de grand-prêtre. En effet dans l’Evangile, jamais ce titre ne lui est attribué et jamais Jésus ne s’attribue lui-même ce titre. En plus, il ne faisait pas partie de la tribu de Lévi et son ministère ne s’est pas concentré dans l’enceinte du Temple, ce lieu sacré, mais en Galilée, le carrefour des nations où rien ne pouvait être pur et saint en raison du brassage des populations. Pour attribuer à Jésus ce titre de Grand-prêtre et pour parler de sa mort comme un sacrifice, l’auteur de la lettre aux Hébreux va donc renouveler considérablement la conception du sacerdoce et des sacrifices. Nous aurons l’occasion de le comprendre dans les jours qui viennent, mais nous en avons déjà une première explication dans la lecture d’aujourd’hui et avec tout ce que je vous ai dit, vous comprenez le sens de la démonstration que fait l’auteur de la lettre aux Hébreux pour expliquer pourquoi il n’est pas illégitime de donner à Jésus ce titre de grand-prêtre.

Juste un mot sur l’Evangile. Nous sommes au tout début du ministère de Jésus, c’est seulement le chapitre 2 de l’Evangile de Marc et Jésus est déjà confronté à des problèmes. Il y en a déjà qui trouvent à redire sur son comportement ! Quand un homme politique arrive au pouvoir on parle souvent d’un état de grâce qui accompagne ses débuts que certains évaluent à une centaine de jours … après les difficultés commencent ! Eh bien, je ne sais pas si Jésus a bénéficié de cet état de grâce, on le voit ici, dans l’Evangile de Marc. Et, dans l’Evangile de Luc, c’est dès sa 1° sortie à Nazareth qu’on cherche à le faire mourir ! Voilà, nous sommes prévenus la vie chrétienne ne sera pas de tout repos parce que là où le bien cherche à triompher, l’esprit du mal se déchaine.

Ensuite, il y a cette finale de l’Evangile qui nous invite, si on veut être un bon chrétien, à ne pas se contenter de raccommodage mais à nous laisser renouveler profondément. Ce que le Seigneur nous demande, ce n’est pas de ne pas être trop mauvais, c’est d’être vraiment bon ! Evidemment, nous n’en sommes pas capables par nous-mêmes, c’est pourquoi, il nous faut accueillir au plus profond de nous-mêmes le vin nouveau de son amour. Mais comment pourrons-nous recueillir ce vin nouveau si nous avons des cœurs rafistolés ? A vin nouveau, outres neuves ! Le Seigneur nous invite à ne pas faire du bricolage, du rafistolage, du raccommodage, il nous dit que seul un renouvellement profond nous permettra de contenir le bon vin de son amour et de le distribuer généreusement. Et celui qui renouvelle, c’est l’Esprit-Saint, nous le chantons : ô Seigneur envoie ton Esprit, qui renouvelle la face de la terre. S’il est capable de renouveler la face de la terre, il sera capable de renouveler chacun de nos cœurs. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il ne le fera jamais si nous ne lui donnons pas carte blanche et si nous n’acceptons pas de renoncer à tous nos rafistolages en acceptant d’avance la nouveauté dans laquelle il veut nous faire entrer et que nous ne pouvons pas programmer !