19 janvier : L’espérance, comme une ancre plantée dans le ciel !

19 janvier 2021 2 Par Père Roger Hébert

Je vous l’avais dit dans l’homélie d’introduction à la lettre aux Hébreux si cet écrit s’appelle lettre aux Hébreux, c’est parce qu’il fait appel à des coutumes, à des traditions qui étaient familières aux Hébreux. Le message de cette lettre ou plutôt de cette prédication est universel, mais il utilise donc des coutumes et des traditions qui sont familières aux Hébreux. Il ne faut donc pas s’étonner que l’auteur de la lettre aux Hébreux utilise aussi des raisonnements qui sont familiers aux Hébreux. Les rabbins avaient une manière bien particulière de commenter les Ecritures qui nous laisse souvent assez désemparés parce que ce n’est pas du tout notre manière de procéder ! 

Je vous dis tout cela parce que nous en avons une brillante illustration dans la 1° lecture d’aujourd’hui avec tout le développement autour du serment. La démonstration que veut faire l’auteur de la lettre aux Hébreux s’appuie donc sur la manière de faire des rabbins qui ne nous parle pas forcément ! Il arrive que, dans les Ecritures, nous tombions sur des passages compliqués ou ténébreux. On peut chercher à comprendre, lire des commentaires et prier le Saint-Esprit. Si, malgré tout, ça reste compliqué et ténébreux, il faut passer et s’arrêter sur ce qui va plus nous parler. A cause de ces passages, sur lesquels ils buttent, il y a trop de gens qui se découragent et qui finissent par dire : la Bible, c’est trop compliqué ! Oui, il y a des passages compliqués, mais tout n’est pas compliqué, alors passons sur ce qui est trop compliqué et arrêtons-nous sur ce qui peut nous parler. C’est ce que je vous propose avec cette première lecture qui semble faire une pause par rapport à la réflexion sur le sacerdoce du Christ. Mais ce n’est qu’une impression parce que la fin nous replonge dans le cœur de cette réflexion.

D’abord je souligne cette parole de consolation que nous avons entendue dans les premiers mots de la lecture : « Dieu n’est pas injuste : il n’oublie pas votre action, ni l’amour que vous avez manifesté à son égard, en vous mettant au service des fidèles et en vous y tenant. » Dieu oublie nos péchés au fur et à mesure que son pardon les plonge dans l’océan de l’oubli, mais il n’oublie ni nos actions, ni l’amour que nous manifestons à son égard en nous mettant au service des frères et en nous y tenant ! Il faudrait prendre beaucoup de temps pour commenter cette affirmation, je le fais rapidement.

Comme je l’ai dit, Dieu oublie toutes nos marques d’ingratitude. C’est le pardon sacramentel, quand nous le recevons, qui les plongera dans l’océan de l’oubli. Mais Dieu n’oublie pas notre action, il n’oublie pas que nous nous sommes fatigués parce que comme le dit St Paul au début le 1° lettre aux Thessaloniciens, la véritable charité se donne de la peine. Cela Dieu ne l’oubliera jamais ! Je crois vous avoir déjà partagé ce beau commentaire qu’il y a sur un album photo au Foyer de La Flatière, on voit les membres qui travaillent à la buanderie et il y a ce commentaire : Notre Dame des lessives sans fin, priez pour nous ! Oui, particulièrement dans le travail des membres de Foyer, il y a ces tâches parfois ingrates et en tout cas répétitives qui peuvent devenir éprouvantes au bout d’un moment. Eh bien, Dieu ne les oublie pas ! Mais il fait encore mieux, il en connait la valeur, il sait que ces actions répétées, vécues dans la fidélité sont notre manière de lui exprimer notre amour. Je vous relis le verset car il est vraiment magnifique : « Dieu n’oublie pas votre action, ni l’amour que vous avez manifesté à son égard, en vous mettant au service des fidèles et en vous y tenant. » Il y a une parole de Marthe que j’aime beaucoup, elle invitait à « vivre la fidélité à l’amour par l’exactitude dans l’accomplissement des petites choses. »

Pour Marthe ce qui manifeste notre amour à l’égard du Seigneur, ce ne sont pas que les heures passées à la chapelle en dévotion, c’est le cœur que nous mettons dans l’accomplissement de notre mission en veillant à ce qu’il soit bien fait jusque dans les détails : « La fidélité à l’amour par l’exactitude dans l’accomplissement des petites choses. » Eh bien, le cœur que nous aurons mis dans l’accomplissement des tâches répétitives, le Seigneur ne l’oublie pas. Quelle belle parole de consolation.

De cette lecture, je retiens aussi la fin. Demain, je parlerai de Melkisédek, mais là je veux retenir ces paroles qui concernent l’espérance : « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur. » L’ancre, vous le savez, c’est cette très lourde pièce de ferraille que les bateaux jettent en mer et qui va s’accrocher dans les fonds marins pour assurer la stabilité du bateau et empêcher qu’il ne dérive. L’auteur de la lettre nous dit que pour un chrétien, ce qui va l’empêcher de dériver, c’est l’espérance, elle est comme une ancre. Et c’est vrai que, dans cette situation de pandémie, par exemple, ce qui nous aide à garder le cap, c’est l’espérance. L’espérance nous invite à croire que nous sommes dans la main de Dieu et que donc, même si tout devenait encore plus catastrophique, nous n’allons pas vers le néant puisque nous venons de Dieu et que nous retournerons à Dieu. 

Mais l’auteur de la lettre aux Hébreux donne un détail intéressant concernant l’espérance qui est comme une ancre : elle doit être non pas plongée dans les profondeurs mais dans les hauteurs : « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur. » Ceux qui mettent tous leurs espoirs dans l’accomplissement de leurs désirs terrestres, très matériels seront inévitablement déçus, mais ceux qui vont planter leur espérance dans les cieux, en Dieu, eux ils ne seront jamais déçus. Puissions-nous être de ceux-là ! Et vous aurez remarqué que Jésus nous est présenté comme étant dans le sanctuaire, au-delà du rideau, là où seul le grand-prêtre pouvait enter. C’est une allusion discrète au sacerdoce du Christ, allusion confirmée par les dernières paroles qui parlant de Jésus disaient : « lui qui est devenu grand prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité. » Nous aurons l’occasion de mieux comprendre demain.

L’Evangile nous a permis d’entendre le bouleversement apporté par Jésus : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. » La loi n’est pas un absolu. La loi est bonne quand elle conduit au bien et quand la loi bloque tout, elle doit être interprétée. Par rapport à la loi, il y a deux dérives incarnées par deux groupes de personnes les progressistes d’une part qui se fichent pas mal de la loi et qui pensent que chacun a les ressources en lui pour bien penser et que l’essentiel, c’est que chacun soit cohérent avec ce qu’il pense. On voit tout de suite où ça peut mener, c’est vite l’anarchie, chacun fait ce qu’il veut, chacun est autonome, en grec ce mot signifie que chacun se fait sa propre loi ! Et de l’autre côté, il y a les légalistes, les intégristes qui ne cherchent pas à comprendre la loi, c’est la loi, il n’y a ni à réfléchir, ni à discuter. Jésus ne donnera jamais raison ni aux uns ni aux autres. Il n’est pas venu abolir la loi, il est venu l’accomplir, c’est-à-dire la mener à sa perfection et St Paul nous dira au chapitre 13 de la lettre aux Romains que « l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. » Puissions-nous garder dans nos cœurs cette conviction qu’il n’y a pas de manière d’être plus fidèle à la Loi que de pratiquer l’amour par l’exactitude dans l’accomplissement des petites choses.