21 janvier : le Salut apporté par notre grand-prêtre n’est pas entaché d’une obsolescence programmée !

20 janvier 2021 0 Par Père Roger Hébert

Je le disais hier qu’avec la destruction du Temple, tous les juifs se demandaient ce qu’ils allaient devenir. Ce qu’ils regrettaient, ce n’était pas d’abord la disparition du monument, même s’ils y étaient attachés et légitimement fiers de sa splendeur. Ce qui les inquiétait c’était que, sans Temple, il ne pouvait plus y avoir de sacrifices. Et s’il n’y avait plus de sacrifice, comment entrer en contact avec Dieu ? Je vous rappelle qu’à cette époque, on pensait que si ce n’était pas forcément la seule manière d’entrer en contact avec Dieu, c’était, en tout cas, la voie la plus directe, la plus sûre. Et, comme on croyait aussi que c’est en retour des sacrifices qui lui avaient été offerts que Dieu agirait en accordant ses bénédictions, dans ces conditions, on comprend bien que la destruction du Temple était une catastrophe.

C’est donc là que l’auteur de la lettre aux Hébreux va intervenir pour dire : non, ce n’est pas une catastrophe parce qu’il y a Jésus qui est grand-prêtre et, comme je le disais aussi hier, vous n’allez pas y perdre au change. Et c’est là que nous entrons dans le message de la lecture de ce matin.

La grande différence énoncée et qui établit la supériorité de Jésus, c’est ce qui était affirmé dès le début de la lecture : « Jésus est capable de sauver d’une manière définitive. » Jésus, comme grand-prêtre, ne se contente pas d’offrir des sacrifices pour que vous puissiez recueillir des bénédictions proportionnées aux sacrifices que vous avez offerts. Jésus, lui, il sauve et il sauve de manière définitive. Cette lecture est parsemée de ces mots qui indiquent que ce que Jésus nous obtient c’est définitif. Les sacrifices, pensait-on, il fallait les renouveler sans cesse pour obtenir de nouvelles bénédictions. Avec Jésus ce n’est pas pareil, c’est pourquoi, il y a ces mots qui reviennent sans cesse : toujours, désormais, une fois pour toutes, pour l’éternité … 

Du coup, ce qui fait la différence avec l’ancien culte, c’est qu’il n’y a plus besoin d’offrir sans arrêt des sacrifices. Lui, Jésus n’a pas besoin de faire comme les grands-prêtres qui devaient offrir des sacrifices pour se purifier et ensuite offrir les sacrifices pour ceux qui voulaient obtenir des bénédictions. Il s’est s’offert lui-même, il a offert sa vie et ce sacrifice-là rend désormais inutile tout autre sacrifice. Je relis le verset qui l’affirmait : « Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. »

Jésus n’a pas offert, comme le faisaient les prêtres, une bête, il s’est offert lui-même et il a voulu faire du don de sa vie le plus grand des sacrifices qui ferait retomber sur tous les hommes la plus grande des bénédictions, c’est-à-dire le Salut. La lecture disait : « Tout grand prêtre est établi pour offrir des dons et des sacrifices ; il était donc nécessaire que notre grand prêtre ait, lui aussi, quelque chose à offrir. » Parce qu’il fallait que Jésus, notre grand-prêtre ait quelque chose à offrir, il a offert sa vie parce que, nous le savons, sa vie, personne ne lui a pris, puisqu’il l’avait offerte avant qu’on ne la lui prenne. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ! » Ainsi donc, désormais, nous n’avons plus besoin de médiateurs pour accéder à Dieu comme le disait l’ancien système, ou plutôt, Jésus est le médiateur permanent qui ouvre pour nous le cœur de Dieu afin que nous puissions recueillir sans cesse une pluie de bénédictions. Nous aurons l’occasion d’approfondir cela dans les jours qui viennent.

Comme la 1° lecture, l’Evangile nous invite à contempler la puissance de Jésus. Dans la 1° lecture, il est le Grand-Prêtre qui est capable de sauver tous ceux qui s’avancent vers Dieu, dans l’Evangile, nous le voyons apporter la guérison à tous ceux qui viennent vers lui et ils sont nombreux, venant de partout. Le drame, c’est qu’il semble bien que ce soient les démons qu’il expulse qui sont les premiers à reconnaître qui il est vraiment : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Ceux qui ont été guéris n’ont pas ou en tout cas n’ont pas tous cette profession de foi qui monte de leurs lèvres. Pour un certain nombre, Jésus est celui qui vient régler leurs problèmes. Certains iront jusqu’à dire qu’il est le Messie, mais cette confession de foi a toujours semblé ambigüe pour Jésus. En effet, il y en avait trop qui attendaient un Messie puissant pour nettoyer le territoire de la présence des romains et redonner à leur pays sa splendeur passée. Cela Jésus le savait et il expérimentera souvent que lorsqu’il faisait des miracles, les gens se mettaient à rêver que c’était lui le Messie tant attendu, que c’était lui qui allait accomplir ce coup de force. Alors, souvent il fuyait dans le désert pour échapper à ce qu’on attendait de lui. On en a un brillant exemple avec la multiplication des pains.

Eux, les démons, ils ne disent pas que Jésus est le Messie, du moins, dans ce passage, ce n’est pas ce qu’ils disent, ils disent que Jésus est le Fils de Dieu, ils ont compris son identité réelle, ils ont compris quel était le sens de sa mission et ça les perturbe considérablement. Si Jésus endossait les habits du Messie puissant, finalement, ça les arrangerait bien parce que ça pourrait faire grandir l’orgueil chez tout le monde et ça ferait leurs affaires. Mais ils savent que Jésus n’endossera pas ces habits, qu’il n’est pas venu pour cela. Il est le Fils de Dieu, ils savent que le Fils de Dieu s’est fait homme pour que les hommes puissent devenir Fils de Dieu et ça ils n’en veulent pas. Ils ne peuvent pas supporter que les hommes se rapprochent de Dieu. Par un coup du diable, l’harmonie entre Dieu et les hommes avait été rompue et de cela ils en étaient contents tous ces petits démons qui, depuis, en profitaient pour perturber la vie des hommes. Mais voilà que Jésus arrive et que lui, le Fils de Dieu, il s’est fait homme pour rétablir cette harmonie en permettant aux hommes de devenir Fils de Dieu.

Mais alors, on pourrait se demander pourquoi Jésus cherche à les faire taire ! Puisque, eux, ils disent la vérité, pourquoi ne pas leur permettre de la dire haut et fort cette vérité ? On peut sûrement donner plusieurs raisons. La première, c’est que ce serait quand même un comble que ce soient les démons qui deviennent les premiers évangélisateurs. La deuxième raison, c’est que les démons, il ne faut jamais leur faire confiance. Ils commencent à dire des choses vraies pour faire tomber votre méfiance et quand ils voient que vous ne vous méfiez pas, ils vont vous jouer un sale tour !

C’est donc à nous qui savons qui est Jésus, à nous qui savons pourquoi Jésus est venu de répandre la Bonne Nouvelle que Jésus est le Fils de Dieu que lui et lui seul est capable d’apporter cette harmonie que tous les hommes cherchent et que cette harmonie se trouve dans la communion avec Dieu. Ne laissons pas le champ libre aux démons qui s’incrustent partout où ils trouvent un peu de place pour séduire et conduire les hommes à leur perte.