24 janvier : Homélie : Un menu copieux !

24 janvier 2021 0 Par Père Roger Hébert

Pour parler de la messe, nous parlons souvent du repas eucharistique, eh bien, je peux vous dire que ce dimanche, pour ce repas eucharistique, le menu est vraiment bien garni ! Ce qui est au menu d’une messe habituelle, ce n’est déjà pas rien puisqu’à chaque messe Jésus se donne, à chaque messe nous recevons en direct les grâces qu’il a voulues nous accorder en faisant le sacrifice de sa vie. Mais aujourd’hui, en plus, il y a deux intentions spéciales : c’est le dimanche qui tombe au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et c’est aussi le dimanche de la Parole. 

La semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous savons bien de quoi il s’agit puisque la première de ces semaines a eu lieu en 1930. Mais le dimanche de la Parole de Dieu, c’est que la 2° année que nous le célébrons. C’est une initiative du pape François qui a voulu offrir un dimanche par an où les catholiques reprendraient conscience de l’importance de la Parole de Dieu. Je dis les catholiques d’abord parce que le pape ne peut proposer que pour les catholiques, les autres Eglises chrétiennes ont leur propre hiérarchie et il ne viendrait pas à l’idée du pape de se comporter comme s’il était le chef de tous les chrétiens ! Mais je dis aussi que le pape offre aux catholiques ce dimanche de la Parole parce que, particulièrement nos frères protestants, eux, ils n’en ont pas besoin puisque la liturgie de la Parole tient la plus grande dans la célébration de la Sainte Cène. D’ailleurs, dans un certain nombre d’Eglises protestantes, on se réunit juste autour de la Parole et la Cène n’est célébrée qu’une fois par mois, parfois seulement une ou deux fois par an. 

Mais, nous catholiques, nous avons toujours besoin de nous rappeler l’importance de la Parole de Dieu. Les Pères de l’Eglise, ces premiers évêques qui ont peu à peu élaboré la foi de l’Eglise aimaient parler des deux tables de la messe : la Table de la Parole, la Table de l’Eucharistie. C’est-à-dire que Jésus a deux moyens pour nous nourrir de sa présence à la messe : la Parole et le Pain Eucharistique. Encore une fois, nous catholiques, nous sommes convaincus de l’importance de la nourriture du Pain Eucharistique que nous recevons en venant communier. Il ne viendrait à l’idée de personne, s’il n’est pas dans une situation compliquée, de venir à la messe sans communier. Pour nous, ce qui fait la grandeur de la messe, c’est la communion.

En instituant ce dimanche de la Parole, le pape François a compris qu’il devait aider les catholiques à redécouvrir l’importance de la Table de la Parole de Dieu. Le concile Vatican II nous a aidés à dans cette redécouverte, il a d’ailleurs repris cette expression « des deux Tables » empruntée aux Pères de l’Eglise pour parler de la messe. Mais, même si le concile date de plus de 50 ans, ce n’est encore pas évident pour tout le monde. Je le vois bien en constatant le retard avec lequel certains arrivent à la messe. La Table de la Parole est presque desservie quand certains arrivent ! Alors, je sais, certains viennent de loin et la route d’accès au Foyer est difficile, mais vous le savez aussi ! C’est vrai aussi que certaines fois, il y a des imprévus qui font qu’arriver à l’heure ce n’est pas possible, mais ce n’est pas tous les dimanches qu’il y a des imprévus ! Arriver en retard à la messe, c’est se priver des plats succulents que Dieu a préparés pour nous et qu’il dispose sur la Table de la Parole. Si vous étiez invités chez le Président de la République, vous prendriez toutes les dispositions pour être sûrs d’arriver à l’heure ! Eh bien, à la messe, celui qui vous invite, il est autrement plus important que le président puisque c’est le Bon Dieu lui-même ! Pensez-y en vous préparant dimanche prochain !

Mais peut-être que certains se demandent quand même un peu pourquoi on parle de Table de la Parole. Peut-être qu’il y en a qui n’ont encore pas découvert à quel point la Parole de Dieu pouvait être une nourriture agréable, bienfaisante et abondante. Pour le comprendre, faisons un parallèle avec les paroles humaines. Quand quelqu’un nous adresse une parole agréable, un compliment, une parole d’amitié, cette parole nous fait tellement de bien que nous allons la repasser dans notre cœur et dans notre tête. On peut vraiment dire qu’elle nous nourrit. A l’inverse, une parole peut nous faire mal quand elle est blessante ou quand il n’y a pas de parole du tout. Ceux qui vous ignorent vous blessent encore plus que ceux qui vous ont donné une parole méchante. Ces paroles blessantes, elles sont aussi une nourriture, mais une nourriture avariée ! Quand on a mangé quelque chose qui n’était pas bon, pas frais, ça nous remonte sans arrêt, ainsi en va-t-il des paroles blessantes qui remontent sans arrêt ! Si la parole des hommes a un tel pouvoir, on peut sans peine imaginer que la Parole de Dieu aura un pouvoir tellement plus grand. Et l’avantage avec la Parole de Dieu, c’est qu’il n’y a jamais de paroles que Dieu nous adresserait pour nous faire mal, pour nous humilier. 

Il y a des Paroles que le Seigneur nous adresse et qui peuvent être des Paroles qui nous remuent profondément, mais jamais il ne les a prononcées pour nous blesser. Quand le Seigneur nous parle, c’est toujours avec une infinie délicatesse et pour nous faire grandir. Par exemple aujourd’hui, on peut dire que la Parole qu’il nous adresse, c’est une Parole qui nous réveille puisque c’est une invitation à la conversion. C’est vraiment étonnant que la toute première Parole que Jésus adresse aux hommes, en tout cas c’est comme ça dans l’Evangile de Marc que nous lisons dans cette année liturgique, c’est un appel à la conversion : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Je voudrais faire 3 remarques à propos de cette Parole dans le contexte que nous entendons de ce dimanche de la Parole et de prière pour l’unité des Chrétiens.

1° remarque : Oui, c’est vraiment un cadeau de la Providence que d’entendre cet appel à la conversion en ce dimanche de prière pour l’unité des chrétiens. Parce que finalement, voilà bien quelque chose qui nous unit profondément. Certes, il ne faut pas oublier que tous les chrétiens, quelle que soit l’Eglise à laquelle ils appartiennent ont le même Credo, le même Baptême. Mais ce qui nous unit encore plus fondamentalement, c’est que nous avons tous à nous convertir ! En pensant à l’unité des chrétiens, j’aime beaucoup accueillir cette Parole de Jésus : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ! » Cette semaine, en France, il y a eu et il y aura encore ce dimanche, beaucoup de célébrations œcuméniques, enfin là où la situation sanitaire le permet ! J’imagine qu’au Sénégal, il y en a eu aussi, mais il y a peut-être moins de protestants que chez nous. Quand des protestants, des orthodoxes, des anglicans et des catholiques sont réunis, Jésus dit : je suis là au milieu de vous. Il ne dit pas : j’ai choisi mon camp, je suis avec telle Eglise et pas telle autre ! Non, il dit qu’il est au milieu. Cela signifie que pour le rencontrer nous avons tous un ou plusieurs pas à faire. Puisqu’il est au milieu, il nous faut tous bouger. Vous le voyez, c’est bien vrai : ce qui nous unit très profondément, c’est que nous avons tous à entendre l’invitation de Jésus à nous convertir. Malheur à l’Eglise ou à la communauté qui se croirait parfaite et qui jugerait les autres en les regardant de haut ! Gardons cette Parole gravée en nous : Jésus est au milieu, ce qui signifie que pour le rencontrer, nous avons tous à bouger, à nous convertir.

2° remarque : La Parole que Jésus nous adresse en ce dimanche, c’est « Convertissez et croyez en la Bonne Nouvelle. » Le problème, c’est que nous, nous comprenons souvent très mal cette Parole, nous pensons que Jésus envisage une réponse de notre part en deux temps : 1/ nous allons essayer de nous convertir 2/ avançant sur le chemin de la conversion, nous pourrons mieux croire. Non ! Ce n’est pas un scénario en deux temps. Parce que le petit mot grec qu’on a traduit par « ET » convertissez-vous ET croyez, en fait il signifie « c’est-à-dire ». Ce que Jésus dit, il faut donc l’entendre de cette manière : « Convertissez-vous, c’est-à-dire, croyez en la Bonne Nouvelle. » La grande conversion à laquelle nous sommes appelés, c’est de grandir dans la Foi. Ce que Jésus espère le plus, ce n’est pas que nous soyons des pratiquants, mais des croyants ! En disant cela, je ne veux pas dire que, pour Jésus, le fait que nous venions ou non à la messe n’a pas d’importance. Non, ce n’est pas ça ! Mais il ne veut pas que nous soyons juste des pratiquants du dimanche, que notre foi se résume au fait de venir à la messe le dimanche. Il veut que nous soyons des croyants au quotidien, à chaque instant de notre vie. Il veut que notre foi transforme notre manière de parler avec les autres, de travailler, d’accueillir. Il veut que notre foi change notre manière de nous situer dans notre rapport à l’argent. Il veut que notre foi change notre rapport à l’autorité : comment nous comportons-nous à l’égard des enfants dont nous sommes responsables dans la famille ? Comment nous comportons-nous avec les personnes avec qui nous travaillons, sur certaines de ces personnes, nous pouvons avoir une autorité, comment nous comportons-nous avec elles ? Comment traitons-nous les personnes qui travaillent pour nous ? « Convertissez-vous, c’est-à-dire croyez en cette Bonne Nouvelle que la foi peut devenir cette force qui transformera votre quotidien. » 

3° remarque : C’est la Parole qui nous est adressée, mais c’est aussi la Parole que nous devons proclamer cf. Jonas. Ce qui est merveilleux, c’est que cette Parole va vite porter du fruit, la proclamation de Jonas convertit Ninive en une journée … alors qu’il fallait 3 jours pour la traverser ! Mais si Ninive se convertit très vite, il y en a un qui se convertit moins vite, c’est Jonas. Il faudrait lire l’ensemble du livre ( 4 pages, pas long et si beau !) pour se rendre compte que Dieu va avoir beaucoup plus de mal avec Jonas qu’il n’en a eu avec Ninive. Et peut-être que l’histoire se continue aujourd’hui : Dieu a toujours autant de difficulté à convertir les évangélisateurs alors que les évangélisateurs obtiennent vite de belles conversions quand ils évangélisent. Je sais de quoi je vous parle, je vois bien comment Dieu s’en voit avec moi ! Et j’imagine que sur ce point, nous nous ressemblons bien !

Merci Seigneur de nous avoir rappelé que ce qui nous unit, nous les chrétiens, c’est que nous avons tous à nous convertir. Merci Seigneur de nous appeler à devenir de vrais croyants dont la foi transforme toute la vie. Merci Seigneur de nous préciser que cet appel à la conversion, il ne concerne pas seulement ceux qui l’entendent mais aussi ceux qui le font retentir.