25 février : jeudi 1° semaine de carême. Le drame de nos prières non-exaucées.

25 février 2021 0 Par Père Roger Hébert

« Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira ! » Il en a de bonnes Jésus ! Tous ceux qui font de l’écoute dans les retraites savent que l’une des grandes douleurs dans la vie de foi, l’un des éléments qui vient le plus attaquer la foi, ce sont précisément toutes les prières qui n’ont pas été exaucées. Et même ceux qui ne font pas d’écoute le savent parce que parmi les membres de leurs familles, de leurs amis certains leur ont crié leur souffrance : pourquoi Dieu n’a-t-il pas répondu à mes prières ?

Bien sûr, je ne parle pas de ces prières qu’on peut faire pour obtenir du beau temps le jour d’un mariage, certes, c’est légitime, mais le Bon Dieu refuse de se laisser enfermer dans le poste de pilotage d’une station météo céleste parce qu’il a mieux à faire. Mais alors, justement, s’il a mieux à faire, pourquoi n’a-t-il pas guéri cette maman atteinte d’un cancer pour laquelle une chaine de prière s’était constituée et qui a fini par mourir, laissant toute une famille dans un profond désarroi. Je ne veux pas passer en revue toutes les prières non-exaucées et qui demandaient pourtant des biens très importants. Il y a 25 ans paraissait, sur ce sujet, un livre au titre évocateur : Dieu mis en examen ! Je ne l’ai pas lu, mais le titre m’avait frappé parce que l’un des obstacles majeurs à la foi, c’est bien la question du mal et de manière conséquente toutes les prières non-exaucées demandant au Seigneur de nous épargner ou d’épargner ceux que nous aimons d’un mal destructeur. Puisqu’il est le Dieu de la vie, il devrait s’en occuper !

Peut-être qu’une des explications sur ce malentendu vient du fait que nous avons une écoute brouillée de ce texte d’Evangile que je viens de lire. Souvent, quand nous entendons : « demandez, on vous donnera » nous, nous entendons et on vous donnera ce que vous avez demandé ! Quand nous entendons : « cherchez, vous trouverez » nous, nous entendons et vous trouverez ce que vous cherchiez ! Quand nous entendons : « frappez, on vous ouvrira » nous, nous entendons et la porte à laquelle vous aviez frappé s’ouvrira ! Mais ce n’est pas ce que l’Evangile dit. Et Jésus avait bien imaginé que nous risquions de mal comprendre puisqu’il répète deux fois : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira ! »

Ce que Jésus affirme, c’est qu’il n’y a pas de prière qui se perdra dans le néant. Maintenant, la manière dont la prière sera exaucée, ça nous dépasse complètement. Pour autant, je n’aime pas dire que Dieu sait mieux que nous ce qui est bon parce que si une maman ou un papa ou encore pire un enfant meure alors qu’on a prié pour leur guérison, ça ne veut pas dire que, pour Dieu, leur mort serait préférable ! Affirmer cela c’est éloigner un peu plus de la foi ceux qui n’arrivent déjà pas à croire ou semer le doute dans le cœur de ceux qui croient déjà. Il y a des moments où nous devons avoir le courage de dire que nous ne comprenons pas mais que dans un acte de foi volontaire, nous voulons rester dans la confiance et croire que Dieu, parce qu’il est Dieu, ne peut pas se désintéresser de nous dans le drame que nous vivons. Nous voulons croire qu’il saura trouver les chemins par lesquels il nous visitera et nous restaurera.

Nous voulons croire en la vérité de la parole de cet Evangile qui disait : Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! » Sur ce sujet, je crois que la vie de Marthe nous permet d’entrevoir ce que ces paroles de l’Evangile veulent nous dire.

Marthe a prié pour être guérie, sa famille et ses amis ont prié, mais la guérison n’a pas été donnée ! Peu à peu Marthe a compris que sa vie allait être bien différente de celle qu’elle avait rêvé. Et si vous avez lu l’excellent dernier livre de Sophie, « Chemin vers le silence intérieur avec Marthe Robin », vous savez que c’est une phrase lue dans un livre trouvé dans le grenier de sa sœur en un temps de rémission de la maladie qui va être à l’origine de la réorientation de ses demandes dans la prière. Ce qu’elle lit peut nous surprendre et même nous révolter : « Pourquoi cherches-tu le repos, puisque tu es faite pour la lutte ? Pourquoi cherches-tu le bonheur, puisque tu es née pour la souffrance ? » Marthe n’entend pas cette phrase comme on peut entendre le verdict d’un médecin qui nous annonce une maladie incurable et dégénérative qui va bousiller notre vie. Elle entend cette phrase comme un cadeau de Dieu : Marthe ne rêve pas de repos, de tranquillité en espérant une très hypothétique guérison, la réalité, c’est que tu vas beaucoup souffrir, mais ne t’inquiète pas tu recevras un tempérament de lutteuse.

En lisant ces paroles, Marthe a compris qu’il lui fallait accepter de consentir au réel de sa vie sans rêver ou demander ce qui ne pourrait advenir. Je ne dis pas qu’il ne faille jamais demander de miracles, mais ce n’est pas de cette manière que Dieu intervient de manière habituelle, quotidienne, dans notre vie. Mais attention, il faut bien comprendre ce verbe « consentir » qui est un verbe extrêmement actif et non passif comme on l’imagine trop souvent. Consentir, ce n’est pas dire : puisqu’il ne peut pas en être autrement, je vais essayer de faire avec ! Non ! Consentir, c’est hisser sa volonté au niveau de la volonté de Dieu, c’est donc une démarche extrêmement active. Mais alors la question rebondit : est-ce à dire que c’est Dieu qui a voulu qu’elle souffre ? Est-ce Dieu qui veut que telle personne ne guérisse pas ? Evidemment non ! La maladie n’est pas un cadeau de Dieu, sinon, ça serait un véritable cadeau empoisonné ! D’ailleurs Marthe le disait volontiers et elle l’a écrit dans son journal : « La douleur et la souffrance ne viennent pas du ciel, mais le secours en vient, le bonheur en est. » C’est donc clair, Dieu n’envoie sur personne des catastrophes pour éprouver sa foi. Ce qu’il apporte, dit Marthe, c’est du secours, du réconfort, ce qu’il veut, précise-t-elle, c’est notre Bonheur. Alors elle poursuit en disant : « Jésus seul, l’ami véritable, l’ami cher, le bien-aimé peut nous soutenir efficacement dans toutes nos peines et nos difficultés. »

Marthe peut nous prendre par la main pour nous apprendre, à notre tour à consentir. C’est ce que nous devons demander dans la prière et si nous le demandons, c’est sûr que cela nous sera accordé. Consentir, c’est le maitre-mot de l’attitude spirituelle la plus juste, c’est la grâce à demander en tout temps et particulièrement dans ce temps du carême. J’aime cette parole du père Varillon qui disait : « On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie, mais par contre on peut toujours décider de vouloir ce qu’on fait ! » Oui, c’est bien vrai on ne fait pas toujours ce qu’on veut, il y a des moments où je rêve de promenade, de loisirs et je suis attelé à un service guère épanouissant. Si je passe tout le temps du service à gémir, le temps me paraitra long, le service ne sera pas bien fait et si ça se répète trop souvent, je vais finir par déprimer. Si, par contre, je décide de vouloir m’investir dans ce service en y mettant un maximum d’amour. Tout va changer ! Mais c’est à moi de le décider, c’est pour cela que je disais que « consentir » est un verbe extrêmement actif. Ensuite, mais ensuite seulement, je vais avoir besoin de la grâce pour que ça ne devienne pas de la méthode Coué mais un réel investissement de toute ma personne. Et c’est là que l’Evangile nous rassure : puisque je demande ce qu’il y a de meilleur, nul doute que le Père du ciel va me l’accorder. Je crois que c’est aussi l’exemple que nous donne la reine Esther dans la 1° lecture.

Apprenons à consentir aux petites contrariétés du quotidien pour que nous soyons prêts le jour où il y aura un consentement lourd à donner et n’oublions pas que pour accompagner les petits consentements comme les plus grands, sa grâce ne nous manquera jamais, elle nous suffira toujours car vous le savez, quand on parle de grâce, c’est de l’Esprit-Saint qu’on parle et nous savons par le passage parallèle à celui que nous avons lu, mais dans l’évangile de Luc, que l’Esprit-Saint est la bonne chose ou plutôt le do excellent que Dieu veut toujours nous donner.