31 Janvier : 4° dimanche Parler avec autorité, c’est à dire pour faire grandir !

31 janvier 2021 2 Par Père Roger Hébert

Je ne suis pas « de service » ce dimanche, donc je n’ai pas à préparer d’homélie, mais je sais que pour certains qui ne peuvent pas forcément aller à la messe cette nourriture hebdomadaire compte, donc je vous livre une homélie « réchauffée » !

HOMELIE

         Est-ce que vous savez pourquoi le Bon Dieu nous a donné 2 oreilles et une seule langue ? C’est pour que nous écoutions deux fois plus que nous ne parlons ! Heureusement qu’il en est ainsi ! Si nous avions deux langues, il faudrait que nous allions nous confesser deux fois plus souvent car nous dirions deux fois plus de mal des autres ! C’est bien pour cela qu’on l’appelle le Bon Dieu : ce qu’il a fait, il l’a bien fait en y mettant toute sa bonté. Ainsi donc, il est deux fois plus important d’écouter que de parler. Certes, il faut faire attention à ne pas écouter n’importe qui, n’importe quoi. Jésus nous met d’ailleurs en garde dans l’Évangile : prenez garde à la manière dont vous écoutez nous dit-il dans le sermon sur le montagne. Et s’il y en a un qu’on peut écouter sans modération, c’est bien Jésus. 

         Avez-vous remarqué dans l’évangile comme il nous est souvent dit ou montré que les foules aimaient écouter Jésus ? Parfois, il est obligé de monter dans une barque pour que sa Parole puisse être mieux entendue par ceux qui se sont massés auprès du rivage. D’autres fois, il monte sur une colline afin de trouver comme un amphithéâtre naturel qui permettra au plus grand nombre de profiter de sa Parole. On pourrait se demander : mais pourquoi donc les gens aimaient tant écouter Jésus ? En effet, sa parole était parfois vigoureuse, il n’avait pas l’habitude de caresser les gens dans le sens du poil ! Je crois que la réponse nous est donnée dans l’Évangile que la liturgie nous a offert ce dimanche. Les gens aimaient écouter Jésus car il parlait avec autorité. Ce mot d’autorité se retrouve deux fois dans l’Évangile d’aujourd’hui pour qualifier l’enseignement de Jésus.

         Qu’est-ce que ça veut dire ? Evidemment, il ne s’agit pas de laisser entendre que Jésus aurait été tellement sévère qu’il faisait peut et que les gens se retrouvaient bien obligés de l’écouter. Non, ça, c’est une perversion de l’autorité, c’est l’autoritarisme qui fait que quelqu’un se sert de sa position dominante pour écraser les autres. Autorité, ça vient du latin « augere » qui signifie faire grandir. Quand on dit que les parents doivent avoir de l’autorité sur leurs enfants, ce n’est pas pour dire qu’ils doivent leur crier dessus sans arrêt, ils ont autorité, ça signifie que leur mission est de faire grandir les enfants qui leur ont été confiés. Il en va de même pour les professeurs ou les éducateurs, l’autorité qu’ils reçoivent correspond à la mission qui leur est propre de faire grandir ceux qui leur sont confiés.

         Eh bien, l’Évangile nous dit que si les foules aimaient écouter la Parole de Jésus c’est parce que sa parole était prononcée avec autorité, c’est à dire qu’elle faisait grandir tous les auditeurs. Mais comment parvenir à parler avec autorité ? Je crois que la réponse n’est pas très compliquée : seul celui qui ne se contente pas de parler parviendra à parler avec autorité. Quelqu’un qui ne fait que parler, il ne fait pas grandir les autres, il les saoule ! 

         Jésus ne saoulait pas car il ne faisait pas que parler. Sa parole était toujours accompagnée d’une action déterminée en faveur de ceux à qui ils s’adressaient et c’est ce qui donnait de l’autorité à sa Parole. Cela on peut le comprendre très facilement, des parents qui diraient à leur enfant de ne pas rester scotchés devant leur smartphone et qui le consulteraient eux-mêmes sans arrêt ne seraient pas crédibles, leur parole n’aurait aucune autorité car elle n’aiderait pas leur enfant à grandir. 

         Une parole qui n’est pas accompagnée d’actes n’a aucune autorité, elle ne fait pas grandir. Au procès de canonisation du curé d’Ars, un paysan dira de J.M. Vianney : « notre curé, il faisait ce qu’il disait. » Quel beau compliment ! Voilà décrit en une toute petite phrase l’autorité du curé d’Ars qui a su faire grandir tous ceux qui ont été confiés à son ministère. Tous ceux qui ont une quelconque autorité, et finalement, nous en avons tous, connaissent maintenant le secret de l’autorité, justement exercée.

         Revenons à l’évangile d’aujourd’hui pour voir comment s’exerce cette autorité de Jésus. Il est dans la synagogue de Capharnaüm en train de prêcher quand arrive un homme tourmenté par un esprit mauvais qui se met à crier, à entrer en convulsion. Jésus ne dit pas aux responsables de la synagogue : est-ce qu’on pourrait sortir cet homme pour que je puisse finir de dire ce que j’ai à dire ? Non, il voit cet homme possédé, c’est à dire qui a perdu sa liberté, il va agir. Alors, évidemment, ces exorcismes de l’Évangile nous mettent souvent mal à l’aise. On les explique en disant, et ce n’est pas faux, qu’à l’époque de Jésus toute maladie était expliquée par l’action d’un esprit mauvais. Cet homme avec les symptômes qu’il a, il est sûrement épileptique, on explique la maladie en disant qu’il est possédé. C’est vrai qu’on procédait de cette manière, mais c’est un peu juste comme explication. Puisqu’on a deux oreilles et une seule langue, n’allons pas trop vite pour donner des explications et cherchons à entendre ce qui nous est dit. En effet, il y a tellement d’exorcisme dans l’Évangile qu’on est obligé de les prendre au sérieux.

         C’est vrai qu’il y a plusieurs dizaines d’années, on parlait sans arrêt du diable. Aujourd’hui que nous sommes devenus des hommes raisonnables, nous n’en parlons plus ! Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est conforme à la Révélation ? L’Écriture parle quand même très souvent d’un adversaire de l’homme, tellement souvent que si on ne veut plus en parler, il va falloir déchirer bien des pages de nos Bibles ! Vous voyez le drame, c’est que nous, on a essayé de se le représenter et ce sont ces représentations qui nous laissent entendre que ce n’est pas très sérieux de parler du diable. La Bible s’interdit toute représentation, mais elle décrit son action en lui donnant des noms très évocateurs : il est le menteur et même le prince du mensonge, le malin, le mauvais, le diviseur, j’en passe et des meilleurs.

         Oui, en l’homme, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. St Paul l’a brillamment explicité en disant : je ne fais pas toujours le bien que je voudrais faire et trop souvent je fais le mal que je ne voudrais pas faire. Voilà l’œuvre du Mauvais en nous, il nous fait perdre notre liberté, une liberté encore bien plus précieuse que celle qui a fait défiler tant de personnes après les attentats. Cette liberté-là, cette liberté fondamentale, nous en sommes tous plus ou moins privés, de manière plus ou moins fréquente, mais personne n’ira jamais défiler pour la défendre ! C’est trop personnel, le reconnaître, c’est déjà avouer son péché et, dans notre société, le péché a été relégué avec le diable dans les placards de l’obscurantisme ! Et voilà comment le Mauvais peut agir tranquillement et accomplir son œuvre de mort. 

         Comme il est bon d’entendre dans cet Évangile qu’il y en a un qui ne baisse pas les bras, qui ne baissera jamais les bras, c’est Jésus. Il est venu pour que les hommes puissent retrouver leur liberté, il est donc prêt à affronter en duel aussi souvent que ça sera nécessaire l’auteur du Mal. Le Malin cherche à nous voler cette liberté fondamentale qui était l’un des plus beaux cadeaux que Dieu nous avait fait en nous créant à son image, Jésus a décidé qu’il n’aurait pas le dernier mot. Et il va mettre toute son autorité dans ce combat. Et je vous annonce une Bonne Nouvelle, il a emporté la victoire. Il a fallu qu’il paie cher, très cher, puisqu’il a payé de sa vie, mais en Jésus le Mal a été vaincu, jamais le Malin n’a pu lui faire perdre cette liberté. Et vous savez quand on gagnait une victoire dans l’Antiquité, on mettait une couronne de lauriers sur la tête du vainqueur. Jésus n’a pas voulu que cette couronne de lauriers soit mise sur sa tête, il a voulu qu’elle soit mise sur nos têtes à nous comme pour nous assurer que sa victoire devenait la nôtre. Ce qu’il a fait dans la synagogue de Capharnaüm un jour de sabbat, il veut et il peut le faire pour toi aujourd’hui. Certes, tu connaitras, et moi avec toi, des rechutes, mais ne désespère pas, ces rechutes ne remettent pas en cause le fait que la victoire est acquise. A chaque fois que tu retombes, cours te jeter dans ses bras ! Le mieux serait d’ailleurs que tu coures te jeter dans ses bras quand tu sens que tu vas rechuter, car le Malin sera bien en peine de lutter contre l’autorité de celui qui a donné sa vie par amour pour Toi.