Jeudi 18 février … après les Cendres … CHOISIR

18 février 2021 0 Par Père Roger Hébert

Le mot que je voudrais retenir de ces lectures, c’est l’impératif que nous avons entendu dans la 1° lecture : Choisis !

« Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance. »

Il me semble que cet impératif résume bien ce que doit devenir ce temps du Carême : vivre le Carême, c’est choisir la Vie et je rajouterai semer la Vie car, nous l’avons entendu, les choix que nous aurons à faire auront des conséquences non seulement pour nous, mais aussi pour ceux qui nous entourent et ceux qui viendront après nous : « Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance ! »

C’est important de reprendre conscience que, comme le dit le Pape François dans Laudota Si, « tout est lié »et nous pourrions ajouter que nous sommes tous liés. C’est-à-dire que ce que je vais choisir de vivre dans ce carême n’aura pas seulement des conséquences pour ma sanctification personnelle, mais ça aura aussi un impact bien plus large que je ne l’imagine. 

Pour bien le comprendre, on peut se référer à cet aphorisme que les rabbins aiment bien raconter. Des personnes sont dans une barque pour traverser un très grand lac et voilà qu’au milieu de la traversée, l’un des passagers sort de son sac une perceuse et commence à faire un trou juste en-dessous de son banc. Tous les autres passagers, craignant de se noyer, cherchent à l’en empêcher et lui leur répond : j’ai bien le droit de faire ce que je veux puisque c’est sous mon banc que je fais ce trou ! Oui, mais voilà, tout est lié !

Cela nous permet de reprendre conscience des enjeux de ce temps du carême : au terme de ces 40 jours, il dépend pour une part de mon engagement que le monde, l’Eglise, la communauté du Foyer soient un peu plus fraternels ou un peu moins ! Encore une fois, ce n’est pas juste ma sanctification personnelle qui est enjeu.

Alors choisis ! Et nous le savons, choisir, c’est forcément renoncer. Oui, bien sûr, Thérèse de Lisieux disait : je choisis tout ! Mais elle voulait dire qu’elle choisissait tout ce qui était bon, grand, digne d’amour ce qui exigeait donc qu’elle renonce à ce qui ne lui permettrait pas de devenir, au cœur de l’Eglise, l’Amour. Choisir, c’est forcément renoncer. De ce point de vue, nous le savons, le temps du carême est un temps favorable pour voir plus lucidement ce à quoi il nous faut renoncer. Renoncer, non pas pour finir sur l’une des marches du podium du championnat de mortification ! Renoncer pour choisir la vie, comme le dit le texte du Deutéronome en nous rappelant que nos choix auront des conséquences puisque tout est lié !

Mais choisir, ce n’est pas aussi simple que cela ! En effet, choisir suppose que nous soyons libres. Dans les pays totalitaires, là où il n’y a pas de liberté, les gens n’ont rien à choisir ! Choisir suppose donc la liberté et c’est en énonçant ce principe que commencent les problèmes car nous ne sommes pas toujours aussi libres que nous le pensons, que nous le voudrions. Je vais citer trois éléments qui viennent perturber notre liberté et donc amoindrir notre capacité de choisir.

Le 1° élément, il semble banal, mais il est de loin l’élément auquel nous sommes confrontés à longueur de journée et qui vient amoindrir notre capacité de choisir, c’est l’habitude. Il y a tellement de choses que nous faisons par habitude sans que nous ne les choisissions vraiment. Alors, c’est vrai, il n’y a pas que des mauvaises habitudes, il peut aussi y avoir de bonnes habitudes comme de faire un signe de croix dès qu’on a les deux pieds en dehors du lit ou de se rendre à la chapelle après le petit déjeuner ou de prier avant et après les repas et tant d’autres bonnes habitudes. Mais le Seigneur attend plus de nous, il ne souhaite pas être seulement aimé par habitude. Les autres attendent aussi plus de nous, ils ne veulent pas être seulement l’objet d’une considération polie acquise par l’habitude. Puisque le temps du carême nous est offert pour reconquérir notre liberté intérieure, demandons la grâce de sortir de l’habitude qui finit par devenir routine pour poser de véritables actes d’amour choisis à l’égard du Seigneur ou à l’égard des autres.

Le 2° élément qui vient perturber notre liberté et donc notre capacité de choisir, ce sont nos blessures. Il y a telle personne dont je m’éloigne systématiquement, il y a tel ou tel propos que je ne peux pas entendre parce qu’ils me rappellent, consciemment ou inconsciemment, tellement de mauvais souvenirs. Là encore, puisque le temps du carême nous est offert pour reconquérir notre liberté intérieure, demandons la grâce de nous engager sur un chemin de guérison car elle ne nous viendra jamais toute cuite. La guérison est offerte au terme d’un chemin exigeant dans lequel nous acceptons de voir en face ce que nous avons tendance à enfouir pour moins souffrir.

Enfin le 3° élément qui vient amoindrir notre liberté et donc notre capacité de choisir, c’est plus qu’un élément puisqu’il s’agit du Malin qui s’y connait pour rendre désirables les fruits défendus et ainsi perturber notre jugement en nous faisant choisir ce qui ne conduit pas à la Vie. Puisque le temps du carême nous est offert pour reconquérir notre liberté intérieure, demandons la grâce de voir lucidement notre péché et particulièrement ce péché qui est souvent à la racine de tous les autres, celui que nous ne voyons pas forcément, que nous ne confessons pas toujours, pas tout de suite. Parce que, là encore, le Malin sait comment s’y prendre pour braquer le projecteur sur un péché qui peut nous obséder mais qui est rarement le plus essentiel. En braquant le projecteur sur un péché second, il laisse dans l’ombre ce dont il faudrait pouvoir nous débarrasser en premier.

« Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance. » Je vous laisserai méditer vous-mêmes sur l’Evangile qui nous inspire deux choix essentiels : 

  • Renoncer à soi-même, c’est-à-dire choisir de ne pas être toujours au centre de tout. Il y a bien des années une chanson nous faisait entendre ces paroles terribles : parlez-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse ! Ce n’est pas un chant de carême !
  • Prendre sa croix, évidemment, il ne s’agit n’est pas de se complaire dans la souffrance. Jésus a transformé la croix, ce terrible instrument de supplice, en machine à transformer la haine, l’injustice, la violence en amour salvateur. Prendre sa croix, c’est choisir de tout vivre dans l’amour.

Evidemment, tous ces choix, à cause de notre liberté blessée, ne sont pas possibles sans l’assistance du Saint-Esprit. Alors, choisissons-le comme coach de carême, c’est-à-dire, toujours selon les mots de la 1° lecture : écoutons Sa voix, attachons-nous à Lui, c’est ainsi que nous aurons une vie comblée de bénédictions !