8 mars : 3° dimanche de carême : Quand Jésus fait des détours !

Quel dommage que le lectionnaire ne nous ait pas proposé de commencer la lecture de ce texte d’Evangile 2 versets avant. Je vous les lis et c’est d’autant plus facile qu’ils sont extrêmement courts : Jésus quitta la Judée pour retourner en Galilée. Or, il lui fallait traverser la Samarie. Un petit cours de géographie sur la Terre Sainte s’impose maintenant ! Evoquer ce territoire est une invitation à beaucoup prier pour ceux qui habitent ce territoire, aujourd’hui, et ceux qui le gouvernent, c’est aussi une invitation à prier pour les chrétiens de Terre Sainte, souvent malmenés, particulièrement en période de conflits. En effet, les chrétiens sont pour la plupart des arabes et ils sont donc doublement mal vus : un, parce qu’ils ne sont pas juifs et deux, étant arabes, parce qu’ils ne sont pas musulmans. Que notre prière les rejoigne particulièrement en cette messe !

Mais revenons à la géographie, puisque c’était mon propos initial ! Le texte d’aujourd’hui aurait donc pu être introduit par ces mots : Jésus quitta la Judée pour retourner en Galilée. Or, il lui fallait traverser la Samarie. La Judée se trouve plutôt dans le sud du pays, c’est Jérusalem, Bethléem. La Galilée, c’est plutôt le Nord avec Nazareth et le fameux lac. Quand on veut aller de Judée en Galilée, la route la plus normale est celle qui longe le Jourdain. C’est la route qu’empruntent normalement tout juif sensé, justement parce qu’elle lui permet d’éviter de passer par la Samarie, ce territoire que les juifs ont en abomination parce qu’il est peuplé de ceux qu’ils n’hésitent pas à considérer comme des bâtards ! Un adage dit qu’il vaudrait mieux manger de la viande impure, c’est-à-dire du cochon, que d’avoir besoin de demander un service à un samaritain ! Aucun Juif ne traverse donc la Samarie de peur de se retrouver en situation difficile et d’avoir besoin de solliciter le secours d’un Samaritain ! Et puis, non seulement, la route le long du Jourdain est plus sûre, puisqu’elle évite la Samarie, mais en plus, elle est plus courte !

Oui, mais voilà, le texte nous dit que Jésus, lui, il lui fallait traverser la Samarie. Mais quelle est donc cette nécessité qui s’impose à lui, l’obligeant à faire un détour et à prendre des risques ? Eh bien, le texte qui suit nous l’explique : il y avait en Samarie, ce territoire de perdition, une femme encore plus perdue que ses compatriotes et c’est pour elle, pour la rencontrer, pour la sauver, que Jésus a fait ce détour et pris tous ces risques. Je trouve cela tellement extraordinaire ! Nous, bien souvent, quand nous faisons un détour, c’est pour éviter des personnes que nous ne voulons pas voir, Jésus, lui, quand il fait un détour, c’est pour rencontrer des personnes, souvent jugées infréquentables par les autres. Il lui fallait traverser la Samarie parce qu’il voulait rencontrer et sauver cette femme perdue.

C’est la mission que Jésus a reçue de son Père et qu’il a résumée par ces mots deux chapitres plus loin, dans ce même Evangile de St Jean : la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés ! Jn 6,39. Et c’est pour cela qu’il a sillonné ce pays de long en large et encore en travers, passant dans le moindre village, c’est donc pour accomplir la volonté du Père qu’il lui fallait traverser la Samarie, faire ce détour et prendre ces risques. Et, ce qui est extraordinaire, c’est que dans la prière que Jésus fera avant d’entrer dans la passion, il pourra dire : J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte. Jn 17,12 Evidemment, ces paroles ne peuvent que nous secouer ! 

Elles expliquent pourquoi les derniers papes ont tous cherché à réveiller notre vigueur missionnaire en appelant les chrétiens à s’engager dans la nouvelle évangélisation, leitmotiv du pape Jean-Paul II, ou en invitant tous les chrétiens à se transformer en disciples missionnaires, leitmotiv du pape François. Il fut un temps où l’Eglise s’est beaucoup engagée dans le social, le caritatif et elle devra toujours le faire, mais sans jamais perdre d’amour que l’évangélisation est aussi une manifestation de la charité : à la suite de Jésus, en son nom, aller chercher et sauver ceux qui sont perdus, c’est aussi un grand service que l’Eglise peut rendre à l’humanité. Benoit XVI a écrit un jour cette parole extraordinaire pour encourager les chrétiens à avoir une charité qui aille vraiment jusqu’au bout : celui qui ne donne pas Dieu, donne trop peu ! Vérifier notre ardeur missionnaire, la réveiller si besoin, peut sans doute être un effort de carême largement aussi profitable que de se priver de chocolat, surtout si cette privation nous rend désagréable !

Jésus connaissait la soif qui habitait cette femme de Samarie, elle avait déjà eu 5 maris et le 6° avec qui elle vivait n’était pas son mari. Quelle soif d’amour chez cette femme qui faisait la douloureuse expérience qu’aucun homme ne pourrait la combler. En effet, demander à un homme ou à une femme de combler la soif infinie d’amour qui nous habite ne peut que nous conduire à la déception et, au final, fera fuir tous ceux qui nous approchent ! Ils auront perçu que nous allons trop exiger d’eux et, de manière bien légitime, finiront par s’éloigner de nous en comprenant qu’ils ne pourront que nous décevoir. Que de malentendus, de conflits dans les couples quand on demande à l’autre d’apporter ce que Dieu seul peut donner. St Augustin disait : tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ! Ça ne veut pas dire que tout le monde doit devenir bonne sœur ou prêtre, mais ça veut dire que la soif infinie d’amour ne peut être étanchée que par Celui dont le cœur est infini. Jésus a perçu la soif infinie de cette femme et il est venu pour lui permettre d’ouvrir son cœur à Celui qui l’aimait infiniment. Et il me plait de penser qu’après, cette femme, a pu, après la rencontre avec Jésus, garder son mari et couler avec lui des jours heureux, ne lui demandant plus ce qu’il ne pouvait pas lui donner.

Le monde a toujours soif d’amour mais, hélas, comme il ne connait pas la source d’eau vive qu’est le cœur de Dieu ou, comme il s’en est détourné, il cherche à se désaltérer en buvant aux eaux trompeuses de tant d’expériences déstructurantes qui, loin d’étancher sa soif, lui laissent un arrière-goût très désagréables, le poussant à se perdre un peu plus pour chercher mieux. Le Seigneur attend que nous puissions, en son nom, dire à tous les assoiffés de la terre : Si tu savais, si tu connaissais le don de Dieu, ta vie serai transformée ! Seulement, voilà, pour que les assoiffés aient envie de connaître ce don de Dieu, encore faut-il que ceux qui leur en parlent, leur en parlent avec des étoiles dans les yeux et avec des cœurs inondés d’amour.

Charles et Frédéric, vous qui vivez ce 1° scrutin de carême qui vous prépare à recevoir le Baptême la nuit de Pâques, le Seigneur a vu votre soif d’amour, il a fait je ne sais quel détour pour vous rencontrer et ouvrir vos cœurs à l’amour infini de son cœur, devenez ces témoins capables de conduire ceux qui vous entourent à la source d’eau vive, et, avec tous les catéchumènes, réveillez l’ardeur missionnaire de votre communauté.

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