10 avril : vendredi octave de Pâques. Être là où Jésus nous envoie pour porter du fruit et chercher son regard de miséricorde.

Toute cette semaine, nous nous promenons d’un Evangile à l’autre pour suivre Jésus ressuscité dans les jours qui ont suivi sa résurrection. Ce passage d’un Evangile à l’autre peut nous donner l’impression d’être un peu perdu car les apparitions de Jésus ressuscité ne sont pas racontées dans le même ordre. Ces différences, nous pouvons les considérer comme un signe supplémentaire de l’authenticité des Evangiles. En effet, si tout avait été inventé, je peux vous assurer qu’on aurait inventé un truc béton dans lequel tout serait concordant. Ceux qui veulent fabriquer des preuves sont extrêmement attentifs pour que tout s’emboite parfaitement. Là, ce n’est pas le cas, chacun des évangélistes a cherché à raconter non pas tel que ça s’est rigoureusement passé, mais tel que les apôtres ont vécu les événements.

Aujourd’hui, c’est donc l’Evangile de Jean qui nous accompagne. Je vous retrace rapidement la chronologie post-pascale dans cet Evangile de Jean. Marie-Madeleine, de bon matin, va au tombeau, voyant la pierre roulée, elle n’entre pas mais court prévenir les apôtres. Pierre et Jean se rendent vite au tombeau, Jean arrivé le 1° laisse entrer Pierre qui ne voit rien, quant à Jean, devant ce qu’on pourrait une « absence réelle », il nous est dit : il vit et il crut… mais, retenons bien que ni l’un ni l’autre, ne voient Jésus. Marie-Madeleine retourne au tombeau et là, elle va rencontrer Jésus qui l’envoie annoncer la bonne nouvelle de sa résurrection aux apôtres, il ne nous est rien dit sur la manière dont les apôtres ont reçu cette annonce. Le soir venu, Jésus vient au milieu de ses apôtres, alors que les portes étaient fermées et il leur donne un acompte d’Esprit-Saint en les envoyant en mission. Problème, Thomas n’était pas là, la belle aubaine pour les 10 autres, comme Thomas insiste pour voir Jésus, il faut attendre cette apparition à Thomas ; ouf, ils ne sont pas obligés de partir tout de suite en mission, ça leur faisait tellement peur ! Ils attendent donc et ce n’est que la semaine suivante que Jésus viendra rencontrer Thomas, ça sera l’Evangile de dimanche. Donc, théoriquement, après cette rencontre entre Thomas et Jésus, plus rien ne devait les empêcher de partir en mission pour répondre à l’appel que Jésus leur avait lancé à la fin de la 1° apparition. 

Ils partent donc, oui, mais, vous avez entendu où ils partent, ils partent à la pêche au lieu d’aller en mission ! Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner qu’ils passent toute la nuit sans rien prendre ! Quand on n’est pas là où Jésus nous a envoyés, il ne faut pas s’étonner que nos actions ne portent aucun fruit, c’était comme ça pour les apôtres, ça reste encore comme ça pour nous aujourd’hui !

Dans cet épisode, il y a un autre avertissement pour nous. Les apôtres viennent de vivre des jours qui ont totalement bouleversé leur vie et au moment où, assistés par cet acompte d’Saint Esprit, il leur faudrait inventer une nouvelle manière de vivre, ils cèdent à la tentation de recommencer comme avant, de reprendre leur vie là où il l’avait laissée. Et c’est justement parce qu’ils n’osent pas prendre de risques pour s’engager dans une vie différente à inventer au jour le jour en suivant les inspirations du St Esprit qu’ils vont peiner toute une nuit sans rien prendre. 

Et, ce que je trouve vraiment formidable dans cet Evangile, c’est l’attitude de Jésus. Non seulement Jésus ne leur fait pas de reproches, non seulement il ne leur donne pas une leçon de morale mais il va accomplir un miracle pour eux : une pêche miraculeuse. Cette pêche miraculeuse, dans ce contexte, a un sens particulier. En effet, dans l’évangile de Luc, l’appel des 4 premiers disciples dont Pierre se fait après une pêche miraculeuse. Il est très fin, Jésus ! Il constate que ses apôtres, au lieu de partir en mission, étaient en train de retourner à leur vie d’avant, il comprend que ce départ à la pêche doit être interprété comme une démission, au sens étymologique, c’est-à-dire une fuite de la mission. 

Alors, que fait Jésus quand il les rejoint ? Jésus ne se transforme pas en super coach initiant une séance de re-motivation en utilisant les meilleures techniques de développement personnel ! Il fait bien mieux que tout cela ! En leur donnant cette pêche miraculeuse, il les renouvelle dans leur vocation première, il les ramène à ce jour béni où ils avaient décidé de tout quitter pour le suivre et c’était justement après une pêche miraculeuse ! 

Ce jour-là, ils avaient expérimenté que c’est en suivant Jésus que leurs vies deviendraient fécondes. Jésus leur donne donc de refaire cette même expérience, alors tout peut s’éclairer pour eux. Pierre reconnait qu’il n’y a que Jésus pour faire cela, c’est pourquoi il se jette à l’eau pour le rejoindre avant tout le monde. Il a besoin que Jésus pose sur lui son regard de miséricorde surtout après son triple reniement qui continue à le miner et après cette initiative stupide qu’il a eue d’emmener tout le monde à la pêche avec lui. Nous savons que c’est exactement ce qui va se passer dans la suite de cet épisode, même si nous ne l’avons pas lu. Pierre sera miséricordié dans ce grand dialogue d’amour et il sera confirmé non seulement dans sa mission d’apôtre mais aussi dans sa primauté.

Dans la 1° lecture, vous avez entendu cette parole si puissante que Pierre va prononcer quand il se justifie auprès des chefs religieux en disant : En nul autre que Jésus, il n’y a de salut. Peut-être que cette parole est montée dans son cœur quand Jean lui a dit : c’est le Seigneur. Pierre était encore empêtré dans sa culpabilité, alors quand il entend : c’est le Seigneur, le St Esprit fait monter cette parole dans son cœur : En nul autre que Jésus, il n’y a de salut. Du coup, Pierre comprend qu’il faut qu’il se jette à l’eau, qu’il aille en premier rencontrer Jésus parce qu’il a plus besoin que tous les autres de rencontrer Jésus puisque, en nul autre que Jésus, il n’y a de salut. Et cette parole va tellement se graver dans son cœur qu’il n’aura pas de mal à la ressortir quand il le faudra.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que, dans les moments difficiles de notre vie, le Saint Esprit fasse aussi remonter de nos cœurs, cette parole : il n’y a pas d’autre nom que le nom de Jésus qui puisse te sauver ! Que ces mots nous donnent courage et désir pour nous jeter à l’eau afin de rejoindre le regard de Jésus prêt à nous miséricordier. 

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