28 avril : mardi 4° semaine de Pâques : fête de St Pierre Chanel. La fécondité de la vie donnée.

Aujourd’hui, je ne commenterai pas les textes que nous venons d’entendre car je veux parler de St Pierre Chanel que nous fêtons et qui est un saint originaire de mon diocèse. Pour vous le présenter, je vous propose un voyage 16500 km ! Pierre Chanel est né en 1803, soit 17 ans après J.M. Vianney, dans un petit hameau, Cuet, à une quinzaine de kilomètres de Bourg-en-Bresse. Comment en étant originaire d’un trou perdu peut-on finir Saint Patron de l’Océanie ? On peut dire que ça fait partie des itinéraires absolument improbables que Dieu aime tant imaginer et réaliser ! 

A l’image de Jean-Marie Vianney, qui devait tout à son maître, l’abbé Balley, Pierre Chanel devra tout au curé Trompier, homme très instruit, curé d’un petit village proche du hameau où il habitait. En allant se confesser, le curé Trompier passait devant la ferme des parents Chanel, il a fini par remarquer ce garçon à qui il a posé la question de la vocation. Comme ça se faisait à l’époque, il le prendra dans son presbytère avec d’autres garçons pour les préparer au séminaire. Ce prêtre très instruit recevait « les lettres édifiantes et curieuses » qui étaient les récits que les missionnaires jésuites écrivaient pour raconter leur vie en espérant lever des fonds pour leurs missions. 

Pierre va se passionner pour cette lecture et très vite rêver de devenir missionnaire, on sait même de manière assez précise quand il a eu cette idée pour la 1° fois. Quand il était sur l’ile de Futuna, Pierre Chanel parlera un jour avec le frère Marie Nizier qui était venu avec lui. Le frère est bien plus jeune que lui et Pierre Chanel lui demande en quelle année il est né. Le frère lui répond en 1817, Pierre lui dit alors : c’est l’année où pour la première fois j’ai pensé aux missions. Retrouvant cette confidence, le père Rozier historien mariste, a fait des recherches pour savoir ce qui avait bien pu se passer cette année-là dans la vie de Pierre Chanel. Et il découvre que c’était l’année de sa première communion. Il a fait sa 1° communion assez tard, mais c’était la coutume à l’époque. 

La lecture des lettres édifiantes avait éveillé en lui le goût de l’aventure, sa 1° communion va le faire aller encore plus loin. Il reçoit le Christ et ne veut pas garder ce don extraordinaire pour lui. C’est une belle illustration de cette affirmation de Jean-Paul II dans Novo millenio ineunte n° 40 : « Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l’annoncer. »

Je passe sur les détails, Pierre Chanel devient prêtre, il va être nommé vicaire à Ambérieu-en-Bugey où j’ai moi-même été. Parce qu’il rêve de devenir missionnaire, il demande à son évêque de l’envoyer en mission, mais l’évêque a besoin de lui pour une paroisse où il y a de gros problèmes, il ira et laissera un très bon souvenir grâce à sa bonté.

Comme son appel missionnaire se précise, Pierre demande à entrer chez les maristes, jeune congrégation qui a reçu la mission d’évangéliser l’Océanie. La veille de Noël 1836, après des semaines d’attente d’une météo favorable, il embarque au Havre sur un bateau avec un certain nombre de maristes qui ne savent pas où ils vont sinon en Océanie ! Après 11 mois de navigation, le 8 novembre 1837, Pierre Chanel est débarqué à Futuna, une toute petite ile, 40 km de tour, 1000 habitants ! Vous vous rendez compte 11 mois de voyage pour convertir 1000 personnes, quelle ardeur missionnaire ! 

On imagine la difficulté que représentait l’apprentissage de la langue quand il n’y a personne pour vous l’apprendre ! Mais pour évangéliser, il faut la connaître le plus vite possible. A Futuna, Pierre Chanel ne fait rien d’exceptionnel, la vie dans sa mission ressemblait à la vie dans toutes les missions avec la préoccupation première de pouvoir, le plus vite possible, célébrer une 1° messe pour que Jésus se rende présent sur cette terre. Pour essayer de se faire adopter par les gens, il faisait ce que tous les missionnaires faisaient, c’est-à-dire : rendre de multiples services d’infirmier, de coiffeur par exemple. On peut dire sans risque de se tromper que, s’il n’était pas mort martyr, aujourd’hui, on n’entendrait plus parler de lui ! Il a quand même eu un bel apostolat. A son arrivée, l’ile était sans arrêt en guerre car, sur ce territoire minuscule, il y avait deux royaumes qui s’affrontaient sans cesse pour avoir la suprématie sur l’ensemble de l’ile. A force de patience et d’amour, il réussit à installer la paix ce qui lui vaudra le surnom d’homme au bon cœur.

Son influence est grandissante, mais on peut dire qu’il n’a encore pas eu la joie d’accueillir une vraie conversion et ça devait être bien difficile pour lui après 3 ans ½ de voir que le désert ne fleurissait pas. Il y a quand même un bel espoir car le fils du roi devient de plus en plus assidu à fréquenter les enseignements du père Chanel. Du coup, le gendre du roi se met à avoir peur : si le missionnaire arrive à convertir le fils du roi, il va avoir de plus en plus d’importance et lui, il finira par être écarté. Il monte le roi contre les missionnaires qui leur coupe les vivres. Et finalement, le gendre du roi prend une décision terrible : « Que meure la religion avec celui qui l’a apportée ! » Le 28 avril 1841, il monte un guet-apens, il arrive dans la case du père Chanel en lui faisant croire qu’il vient de se blesser et qu’il a besoin de soins, étant entré, il se saisit d’un outil et fracasse le crâne du père Chanel qui meure en disant, en futunien : Malié Fuaï, Malié Fuaï … ce qui signifie : c’est bien quand même ! Il meurt à 37 ans après seulement 3 ans ½ de mission sans avoir vu de vraies conversions et il dit : c’est bien quand même ! Quelle foi en la fécondité d’une vie donnée !

Et il a eu raison de dire : c’est bien quand même, aujourd’hui, Futuna est le seul lieu au monde où il y a 100% de catholiques pratiquants ! Et, désormais le meurtrier qui s’est converti, lui-aussi, est enterré dans l’enceinte du sanctuaire érigé sur le lieu du martyr pour mieux manifester la fécondité d’une vie donnée. Cette fécondité, j’ai pu la constater quand j’y suis allé pour un merveilleux pèlerinage avec un groupe du diocèse. Ce 1° pèlerinage de compatriotes de Pierre Chanel était très attendu là-bas car le fait que personne n’était jamais venu était interprété comme le signe que nous n’avions pas accordé notre pardon à ceux qui étaient responsables de la mort du père Chanel.

Que l’ardeur missionnaire de Pierre Chanel ravive notre propre ardeur et que sa foi en la fécondité de sa vie donnée nous encourage à donner la nôtre. C’est ce que nous demandons pas l’intercession de Notre Dame de Laghet.

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