19° dimanche ordinaire : La délicatesse de Jésus !

Je ne vais pas refaire le coup de la communication par texto que j’expliquais la semaine dernière, vous vous rappelez la leçon ! Ne jamais lire les Evangiles avec la culture texto qui ne s’intéresse pas aux détails … ceux qui n’étaient pas là, pourront regarder cette homélie sur le site du sanctuaire dans la rubrique « prier ». Ce dimanche, encore, il y a une introduction sur laquelle il ne faut pas trop vite passer. Je la relis : Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Avant de se précipiter sur le passage qui raconte concerne Pierre, il convient de s’arrêter sur cette introduction qui peut déjà apporter du grain à moudre pour notre méditation.

Avez-vous remarqué que c’est Jésus seul qui va renvoyer la foule ? Cette foule la semaine dernière, nous l’avions évaluée à 20 ou 30.000 personnes puisqu’il y avait, à coup sûr, 5.000 hommes. Faire évacuer un lieu où il y a 30.000 personnes, c’est à dire la contenance d’un stade de foot de moyenne importance en ligue 1, ce n’est pas une mince affaire ! Pourquoi Jésus a-t-il obligé les apôtres à partir, car c’est le terme qu’utilise l’Evangile ? Pourquoi ne les a-t-il pas gardés auprès de lui pour l’aider ? Si on se réfère au texte de la semaine dernière, les apôtres, dépassés par la situation, auraient aimé renvoyer tous ces gens bien plus tôt alors qu’ils n’avaient rien à manger ! Jésus avait insisté pour qu’ils restent et pour que les apôtres soient actifs dans le miracle qu’il allait réaliser.

Du coup, Jésus a flairé le problème ! Il s’est dit : ils voulaient les renvoyer avant que je ne fasse le miracle, maintenant que le miracle a été fait, ils risquent de les renvoyer sans ménagement pour vite se retrouver tranquilles ! Alors, gentiment, mais fermement, Jésus oblige ses apôtres à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive du lac où il promet de les rejoindre. De cette manière, il pourra rester seul avec tous ces gens. Ainsi, il n’aura pas à gérer la délicatesse de ses apôtres qui, à certains moments, ressemblait à celle d’éléphants, entrés par mégarde dans un magasin de porcelaine ! Jésus a déjà fait le coup d’autres fois, par exemple, en arrivant au puits de Samarie, pressentant qu’il allait faire une rencontre extraordinaire mais difficile avec une femme, il avait trouvé le prétexte de les envoyer acheter à manger pour être sûr d’être seul avec cette femme.

Alors, on peut imaginer la délicatesse de Jésus avec ces gens qui partaient, passant de groupe en groupe, saluant, bénissant, prenant des nouvelles des enfants et des personnes âgées pour savoir si ça allait. Ne ratons jamais un passage qui nous permet de voir ou d’imaginer la délicatesse de Jésus à l’égard des personnes. Si tout le monde pouvait être convaincu de cette délicatesse, plus personne n’aurait peur de se présenter devant Jésus et plus personne ne pourrait se passer de lui ! Quand les deniers sont partis, Jésus a besoin de prier ; pas pour évacuer le stress de cette journée bruyante, mais pour continuer à accompagner de sa prière ces gens rentrés chez eux. En partaient, certains avaient dû s’arrêter devant lui pour lui confier ceci et encore cela. Alors, Jésus entre en prière, le cœur plein de tous ceux qu’il a vus, de tous ceux qui se sont confiés à lui, demandant au Père du ciel de les bénir, de les accompagner de sa tendresse et au Saint-Esprit de les fortifier. Parce que, dans sa prière, Jésus tenait son cœur contre le cœur du Père, sa prière ne l’éloignait pas des hommes.

La preuve, c’est qu’au bout d’un moment, il perçoit, depuis le lieu de sa prière, que ses apôtres sont en difficulté. Oh, ce n’est pas une tempête effrayante, mais le vent est contraire et ils ne peuvent plus avancer. Alors, c’est la seule fois qu’il le fera, Jésus met sa puissance à son service pour rejoindre au plus vite ses apôtres. La ligne droite étant le chemin le plus court, il les rejoint en marchant sur les eaux ! Vous voyez encore la délicatesse de Jésus qui ne veut pas laisser ses apôtres trop longtemps en difficulté. Oui, mais il n’avait pas mesuré les conséquences de son choix ! Les apôtres qui n’avaient pas eu peur des vagues, quand ils voient cette forme marcher sur les eaux, ça les effraie totalement, ils pensent même à un fantôme. Jésus, toujours dans sa grande délicatesse cherche à les rassurer, il leur adresse la parole parce qu’on reconnait toujours plus facilement une personne au son de sa voix. Confiance, c’est moi, n’ayez plus peur ! Oui, c’est bien lui, c’est sûr !

Mais Pierre, qui reçu la charge de veiller sur le groupe apostolique, veut quand même vérifier. Alors, il fait cette demande complètement folle : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ! Ni une ni deux, Jésus lui dit : chiche, viens ! Là, Pierre a dû beaucoup regretter sa bravoure… mais il ne peut plus se dégonfler ! Sûrement pas très rassuré, il sort de la barque et se met à marcher sur les eaux. Délicatesse de Jésus encore qui n’a pas dit à Pierre : je te dis que c’est moi, ça devrait te suffire ! Non, ! Tu veux marcher sur les eaux ? Eh bien, viens ! Il a donc marché, quelle merveille ! Oui, mais le texte nous dit : voyant la force du vent, il eut peur. On comprend ce que ça veut dire : Jusque-là Pierre était tellement peu assuré en marchant sur les eaux qu’il devait avoir ses yeux fixés sur ceux de Jésus comme pour lui dire : tu ne me lâches pas des yeux ! Et, dans sa grande délicatesse, Jésus n’a pas lâché Pierre des yeux, mais c’est Pierre qui a lâché le regard de Jésus. Le texte nous dit qu’il s’est mis à regarder la force du vent, à regarder les vagues, à regarder ses pieds, bref, il a lâché le regard de Jésus et ce qui devait arriver, arriva : il s’est mis à couler !

Les vagues, elles étaient bien là depuis le début, mais Pierre choisit de regarder les difficultés plutôt que de regarder Jésus et c’est pour cela qu’il coule. Il en sera toujours ainsi dans nos vies : quand nous lâcherons le regard de Jésus pour ne regarder plus que les difficultés, nous coulerons ! Mais, si nous coulons, Jésus aura la même délicatesse à notre égard que celle qu’il a eue à l’égard de Pierre. En effet, il ne dit pas à Pierre : Bien fait pour toi, tu vas boire la tasse, ça t’apprendra ! Non, vite, il répond à l’appel de Pierre et lui tend la main pour le saisir, vous voyez, c’est Jésus qui fait tout le travail pour le sauver ! Il en sera de même, avec nous, quand nous crierons vers lui, il fera tout le travail. Mais pour qu’il puisse nous sauver, encore faut-il que nous acceptions de crier vers lui et que nous reconnaissions que nous avons lâché son regard. Alors, il nous tendra la main, nous saisira pour nous empêcher de boire le bouillon !

Quelle expérience vécue par les apôtres ! On comprend qu’ils se prosternent et fassent cette belle profession de Foi : vraiment, tu es le Fils de Dieu ! C’est tout à la fois dans sa puissante délicatesse, son puissant amour d’intercesseur, sa puissante miséricorde que Jésus s’est révélé vrai Fils de Dieu. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que la grâce nous soit donnée de vivre, nous aussi en vrais fils de Dieu en intensifiant notre délicatesse, notre intercession et notre miséricorde. Amen

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