12 juillet : samedi 14° semaine ordinaire : pardon et providence demandent quelques idées claires.

Dernier épisode dans la grande saga de Joseph qui a nourri notre méditation tout au long de la semaine. Décidément, les frères de Joseph auront été roublards jusqu’au bout puisqu’ils vont inventer un pseudo testament de leur père Jacob. Oui, ils sont roublards parce que le seul testament de Jacob concernait le lieu de sa sépulture. Il n’avait rien dit au sujet d’un pardon définitif que Joseph devrait donner à ses frères. Mais les frères inventent ce pseudo-testament pour être sûrs que la disparition de leur père ne vienne pas perturber Joseph et ne le fasse pas revenir sur son attitude si miséricordieuse à leur égard. Mais Jacob n’a pas eu besoin de dire quelque chose sur ce pardon que Joseph devrait donner de manière définitive parce qu’il n’avait aucun doute sur ce qu’allait faire son fils Joseph.

Jacob avait une confiance totale en son fils Joseph, il était habité par cette certitude qu’il ne reviendrait jamais sur la miséricorde donnée. Dans cette histoire, nous le comprenons, les frères de Joseph, vont être un très beau miroir qui nous renvoie notre propre image. Ils ont du mal à croire en la miséricorde de leur frère Joseph, comme nous, nous avons du mal à croire que Jésus puisse nous faire miséricorde toujours et pour tout. Dès que le Malin fait resurgir le souvenir d’un péché passé, que nous avons confessé, nous pouvons venir à vite douter : ai-je vraiment été pardonné ? Oui, en faisant resurgir le souvenir de péchés passés, pourtant pardonnés, le Malin aime semer le doute, en nous suggérant que Dieu n’est pas si bon que ça, que ce que nous avons fait est trop mal pour qu’il nous pardonne, ou encore que nous ne méritons pas le pardon puisque nous recommençons sans cesse. Nous sommes bien comme les frères de Joseph qui ont du mal à croire en la puissance et en la gratuité de la miséricorde. Mais les frères de Joseph, eux, ils ont des circonstances atténuantes, Joseph n’était qu’une préfiguration de Jésus, nous, par contre, nous savons tout ce que Jésus a fait pour nous. Mais il y a tellement de choses que nous savons et qui restent dans notre tête sans descendre dans notre cœur ! 

Venons-en à l’Evangile que nous venons d’entendre. Je voudrais juste souligner une parole de Jésus, mais hélas cette parole a été très mal traduite. Je ne suis pas un spécialiste du grec, mais j’en ai assez fait au séminaire pour comprendre et surtout, j’ai un Nouveau Testament avec le texte grec et la traduction française sous chaque phrase grecque, on appelle ce livre un Nouveau Testament interlinéaire, c’est un outil absolument génial ! Pour nous assurer de l’importance que nous avons aux yeux de Dieu, Jésus dit : « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. » Et il rajoute : « Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » Je vous avoue que ça fait des années que ce texte me chagrine, alors j’ai pris le temps d’aller regarder le texte grec. Oui, ça me chagrinait d’entendre que les moineaux tombaient quand Dieu l’avait décidé : « Pas un seul moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. » Ce n’est pas que j’ai une tendresse particulière pour les moineaux, mais ça laisserait entendre que Dieu décide de tout, qu’il tire toutes les ficelles, ce qui est exactement le contraire de la définition de la Providence ! Certaines traductions ont essayé d’arranger ça en disant qu’aucun moineau ne tombait sans que le Père ne le sache. Mais ce n’est guère mieux ! A quoi sert un Dieu qui sait qu’il m’arrive du malheur et qui ne fait rien.

En allant voir le texte grec, on découvre qu’il n’y a pas de verbe. Il n’est pas dit que Dieu sait ou que Dieu veut que les moineaux tombent, il est dit : aucun moineau ne tombe sans votre Père ! C’est la traduction littérale et elle est tellement belle que je me demande pourquoi les traducteurs se sont sentis obligés de rajouter un verbe. « Aucun moineau ne tombe sans votre Père ! » ça veut dire que Dieu accompagne les moineaux qui tombent. Je le dis encore autrement : il ne laisse aucun moineau tomber seul, il a trop peur que cette chute ne lui apparaisse comme une descente aux enfers, alors il l’accompagne ! Du coup, nous comprenons mieux l’extraordinaire promesse qui est derrière cette parole : si Dieu accompagne la chute des moineaux pour qu’ils ne se fracassent pas, nous qui valons tellement plus que les moineaux, puisque Dieu garde en mémoire même le nombre de nos cheveux, nous n’avons pas d’inquiétude à avoir ! Nous ne tomberons jamais trop bas, tellement bas que les bras de Dieu ne pourraient plus amortir la chute !

Je termine en formulant la remarque qui vous vient peut-être à l’esprit en entendant cela : oui, c’est très beau, mais ce qui serait encore mieux, c’est que Dieu fasse en sorte que nous ne tombions pas ! Mais, ça Dieu ne le peut pas ! En effet, tous les actes que nous posons ont des conséquences sur nous et sur les autres, des conséquences positives ou négatives selon les actes posés. Dieu ne tire pas les ficelles du destin, il ne court pas derrière nous pour réparer les conséquences de nos actes mauvais. En effet, Dieu nous a fait le cadeau de la liberté, un cadeau certes risqué, mais nécessaire puisqu’il est amour et que l’amour exige la liberté. Nous sommes donc libres de poser ces actes qui nous font chuter, les autres sont libres de poses ces actes qui nous entraineront dans leur chute. Pour autant, Dieu ne nous abandonne pas et c’est bien ce que disait le texte.

Jésus affirmait que la Providence divine nous accompagnera toujours et que nous ne tomberons pas sans Lui, c’est-à-dire qu’il ne nous abandonnera pas en nous disant : bien fait, tu l’avais cherché ou dommage mais je n’y peux rien ! Nous ne tomberons jamais trop bas pour ne pas tomber dans ses bras qui sont déjà prêts, où que nous tombions, à nous enlacer dans une accolade de miséricorde. Et c’est cette miséricorde qui nous permettra de nous relever et de repartir. Ceci dit, je n’ai parlé là que des chutes qui sont conséquences de nos actes mauvais ou des actes mauvais des autres qui auront des conséquences sur nous. Reste toute la question de la maladie, du handicap de tout ce qui est lourd et inexplicable qui peut aussi nous faire tomber sans que nous n’y soyons pour rien, mais là c’est le grand mystère du mal et de la souffrance. Comme le disait Claudel Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance mais habiter notre souffrance par sa présence pour que nous n’ayons jamais à la subir, à la traverser en étant désespérément seuls.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons qu’en ce jour, notre foi en la Providence se trouve raffermie.

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