20 août : 20° dimanche temps ordinaire Jésus est-il venu sauver tous les hommes ?

J’imagine qu’un certain nombre d’entre vous étaient aux JMJ et vous savez qu’au cœur de ces JMJ le pape François a fait une escapade jusqu’à Fatima. Je ne sais pas si vous avez eu connaissance des paroles qu’il a prononcées là-bas. Evidemment, il a pas mal parlé, mais il y a une de ses paroles qui a particulièrement retenu l’attention des journalistes et que j’ai aimé reprendre pour mon homélie du 15 août. Cette parole lui a été inspirée par le lieu à partir duquel il devait parler aux pèlerins de Fatima. On l’avait installé dans une chapelle sans porte, c’était donc très pratique, puisqu’il n’y avait pas de porte, il pouvait voir tout le monde et tout le monde pouvait le voir. Du coup, il a rêvé que l’Eglise avec un « E » devienne aussi une institution « sans porte », c’est pourquoi il a martelé ces paroles : Tous, tous, tous, sans exclusion doivent pouvoir trouver leur place. C’est un thème qui lui est cher et il n’arrête pas de dire aux prêtres qu’ils ne doivent pas être des douaniers, vous savez les douaniers, ils vérifient tout et malheur à vous s’il vous manque un tampon, vous ne passerez pas ! Le pape demande donc aux prêtres de ne pas jouer aux douaniers parce qu’il veut que tous, tous, tous, sans exclusion puissent trouver leur place. 

Je suis sûr qu’en célébrant la messe ce matin, il a été heureux de lire la conclusion de la 1° lecture : ma maison s’appellera maison de prière pour tous les peuples ! Le père du ciel, lui aussi, dans cette lecture martèle, à son tour, avec ses propres mots les paroles du pape : tous, tous, tous, sans exclusion doivent trouver leur place dans ma maison de prière. C’est une vraie bénédiction pour nous d’avoir ce point d’insistance avant que les jeunes n’arrivent ! Dans ce camp Zion, tous, tous, tous, sans exclusion devront pouvoir trouver leur place et c’est particulièrement à vous les animateurs que reviendra cette belle et grande mission de veiller à ce qu’il n’y ait personne qui se retrouve marginalisé, qui n’ait l’impression de ne pas avoir sa place. Tous, tous, tous, sans exclusion ont leur place dans le cœur de Dieu, cette semaine Zion va battre au rythme du cœur de Dieu, notre bon Père du ciel, donc restons bien vigilants !

Quand je parle du Père du ciel, j’ai l’habitude de dire : tel Père, tel Fils. D’ailleurs Jésus fera, un jour cette confidence : tout ce que je fais, je l’ai appris auprès de mon Père. Jn 5,19. Mais là ça ne semble pas le cas, mais alors pas du tout le cas ! Vous avez entendu comment il a traité cette pauvre femme, une étrangère, venue le supplier de faire quelque chose pour sa fille ? D’abord, il commence par l’ignorer, ce qui est une manière radicale de lui montrer que ce qu’il ne s’intéresse pas à elle ! C’est pas sympa, sympa ! Le texte le disait explicitement : il ne lui répondit pas un mot ! Voyant cela, les apôtres, qui n’en ratent pas une, au lieu d’inviter Jésus à changer d’avis, lui proposent de l’aider à la virer et avec eux, on peut être sûr qu’elle ne reviendra plus jamais demander quoique ce soit ! C’est alors que Jésus sort de son silence parce qu’il sent bien que ça pourrait tourner au vinaigre. Il explique pourquoi il n’a pas répondu à cette femme : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Autrement dit, avec cette parole, Jésus veut calmer ses apôtres, il ne nie pas la légitimité de la demande de cette femme, mais ce n’est pas le bon moment pour répondre parce que « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Cette parole a dû être difficile à comprendre pour les apôtres et il faut bien reconnaître qu’elle l’est pour nous aussi. 

Pour moi, je peux vous le dire, cette parole est restée longtemps énigmatique jusqu’à ce que je tombe sur le commentaire d’un dominicain qui m’a beaucoup éclairé. Le Saint-Esprit aime passer par les autres pour nous éclairer. Il nous faudra prier pour qu’il puisse passer par la bouche des différents prédicateurs qui prendront la parole cette semaine ! Ce dominicain expliquait donc la vérité suivante : Jésus est venu sauver tous les hommes, ça, ça ne fait aucun doute ! Plusieurs fois dans l’Evangile, il rappellera que c’est la mission reçue du Père du ciel, il a été envoyé pour qu’aucun homme, aucune femme, aucun jeune, aucun enfant, ne se perde. Ayant posé ce principe de base, il posait une bonne question : quand on veut sauver tous, tous, tous, sans exclusion, on commence par qui ? Très bonne question ! Parce que, pour que tous puissent être sauvés, il va bien falloir commencer avec certains ! Eh bien, Jésus ne s’est pas compliqué l’existence : il est né juif, au milieu du peuple juif, c’est donc par les juifs qu’il va commencer. 

De fait, cette explication, permet de comprendre cette parole qui pourrait nous choquer : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Très bien, mais il y en a une que ça n’arrange pas, c’est cette femme qui a une fille très perturbée ! Si elle doit attendre que tous les juifs soient sauvés avant que Jésus ne s’occupe d’elle, sa fille va rester encore longtemps tourmentée ! Alors, elle se fiche pas mal de ce grand principe que Jésus vient de poser et qu’elle a très bien entendu. Le texte nous dit qu’elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Et vous savez ce qu’on dit : ce que femme veut, Dieu le veut ! Mais il ne va pas le vouloir encore tout de suite ! Il lui répond encore : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Jésus persiste et signe, il lui explique que ce n’est pas le moment, pour l’instant, il nourrit les enfants d’Israël ! Mais dans sa réponse, il y a encore quelque chose qui peut nous gêner, c’est l’association entre étrangers/païens et chiens. Cherchons à comprendre parce qu’il serait quand même très étonnant que Jésus soit raciste !

Pour parler des juifs, Jésus a choisi de parler des enfants, sous-entendu, les enfants d’Israël. Il aurait pu utiliser n’importe quel autre mot, par exemple : « Il n’est pas bien de prendre le pain des fidèles et de le jeter aux infidèles » ou encore : « Il n’est pas bien de prendre le pain des juifs et de le jeter aux païens. » Non, volontairement, il parle des enfants et des petits chiens. Or, nous le savons les enfants sont toujours de connivence avec les petits chiens, un enfant, il est attiré par le petit chien et très vite, il va s’en occuper. S’il est à table, même si on lui a dit qu’il ne devait pas nourrir le petit chien, l’enfant va lui faire passer des tas de petits trucs sous la nappe ! Eh bien, la femme saute sur l’image : ok, ce n’est pas mon tour, je l’entends, mais si toi et tes amis, vous êtes de véritables enfants de d’Israël, de véritables enfants de Dieu, eh bien, comme tous les enfants, tu ne peux rester insensible au petit chien que je suis et qui réclame ! Elle le formule en disant : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Et alors, entendant cette réponse, l’Evangile nous dit que Jésus fut dans l’admiration, répondant : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. Qu’est-ce qui provoque cette admiration de Jésus, en quoi sa foi est-elle si grande ? Je crois qu’il y a au moins deux raisons qui peuvent nous parler :

– La 1° c’est qu’elle n’a rien lâché ! Jésus avait posé une fin de non-recevoir, elle a continué à demander. Jésus passait par là, peut-être qu’il ne repasserait pas de sitôt, il fallait en profiter et ne rien lâcher ! Jésus va passer à Zion, ne le laissons pas passer sans lui demander ce dont nous avons besoin et même mieux sans lui demander qu’il donne aux autres ce dont ils ont le plus besoin. Cette femme n’a rien demandé pour elle, elle a demandé pour sa fille. Devenons des intercesseurs dans ce camp, intercédons pour les autres animateurs, les jeunes, les responsables, les prédicateurs. Jésus passera, ne lui lâchons pas la grappe !

– La 2° raison, c’est que, dans sa réponse, la femme ne dit pas tout à fait ce que je disais, à savoir : les enfants nourrissent toujours les petits chiens. Non ! Elle dit : les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle ne demande finalement pas grand-chose, des miettes de l’amour de Jésus suffiront largement à guérir sa fille. C’est dire combien sa foi est grande : des miettes de l’amour de Jésus suffiront tellement l’amour de Jésus est infini. Oui, avec sa fille, elles sont bien prêtes à se contenter de miettes car elle sait que l’amour de Jésus est infini et des miettes d’infini, c’est très largement suffisant ! Peut-être qu’il nous arrive de regretter de ne pas être suffisamment présent à la messe, emportés par nos distractions, de même quand nous allons à l’adoration. Au final, à cause de ces distractions, nous ne récoltons que quelques miettes de ce merveilleux banquet ! Ne nous désolons pas trop des miettes d’un amour infini, c’est largement suffisant. Evidemment, ce n’est pas une raison pour chercher à entretenir nos distractions, je dis juste cela pour que nous ne nous désolions pas trop. 

Maintenant attention, si, cette semaine, nous ne donnons que des miettes de notre attention, de notre présence bienveillante aux jeunes, là ça ne suffira pas car nous ne sommes pas Jésus ! Nourrissons-nous, dans cette messe, d’autant de miettes que nous pouvons pour mieux nous donner entièrement.

Cette publication a un commentaire

  1. Jean Marc

    Exelante homélie! Merci saint Esprit d’avoir donné à Roger toute cette inspiration… C’est plus que des miettes ! C’est un Pain complet qui sera fractionné ce matin à la messe.
    Que Dieu bénisse cette semaine avec les jeunes. L’église a besoin de tous tous tous les jeunes !
    Maranatha !

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