Ce qui me frappe dans cette rencontre entre Jésus et Nicodème, c’est le décalage qui est mis en lumière : Jésus et Nicodème ne sont pas sur le même plan. Nicodème se situe dans le domaine du savoir. Hier, il abordait la rencontre en disant : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu. » Nicodème, comme tous les juifs, sait beaucoup de choses sur Dieu. Mais voilà que ce que lui dit Jésus vient perturber son savoir parce que Jésus l’emmène sur le terrain de l’expérience, il lui propose de vivre une expérience qui semble un peu folle puisque Jésus lui propose de naître à nouveau. Alors, Nicodème n’y comprend plus rien, c’est pourquoi, dans l’Evangile d’aujourd’hui, il demande des explications supplémentaires. Jésus le déplace encore en lui faisant remarquer qu’il sait sûrement beaucoup de choses mais qu’il ne connait pas grand-chose : Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Jésus ne parle pas de savoir mais de connaître et ce verbe est lié à l’expérience. Je peux savoir des choses sur une personne, mais la connaître, c’est tout différent de savoir, connaître, c’est vivre avec.
Ce déplacement auquel Jésus invite Nicodème, ce passage du savoir au connaître, ce passage du savoir accumulé à l’expérience à vivre, le père Cantalamessa l’a nommé d’une manière délicieuse. Il explique que c’est une invitation à passer du statut d’astronome à celui d’astronaute. L’astronome, il sait beaucoup de choses sur le ciel, il sait par cœur le nom des astres, des planètes, des étoiles, leur éloignement, les trous noirs. Les astronomes ont un savoir qui nous épate, mais ils ont un handicap terrible, finalement, ils parlent de ce qu’ils ne connaissent pas ! En effet, le ciel, ils n’y sont jamais allés ! Un astronaute, lui, il sait beaucoup moins de choses qu’un astronome, mais il parle de ce qu’il connait parce qu’il y est allé. Le plus célèbre des astronautes français, Thomas Pesquet, quand il parle du ciel, il en parle, et c’est bien le cas de le dire, avec des étoiles dans les yeux ! Alors, bien sûr, il ne faut pas durcir cette différence car Thomas Pesquet est bien content de pouvoir s’appuyer sur le travail des astronomes et je suis sûr que depuis qu’il monte régulièrement au ciel, il est encore plus avide de lire le travail des astronomes.
Ainsi en va-t-il pour la foi ! Ceux qui ont fait une expérience de rencontre avec le Seigneur, quand ils parlent de lui, ils en parlent avec des étoiles dans les yeux et leur témoignage éveille la soif de vivre une expérience semblable chez ceux qui les écoutent. Et, ceux qui ont fait cette expérience, deviennent avides de chercher pour comprendre afin de mieux croire encore. Alors, ils lisent les travaux des astronomes-théologiens ou astronomes-exégètes dont les publications ne sont pourtant pas toujours remplies d’étoiles à toutes les pages !
Evidemment, celui qui nous fera passer du statut d’astronome à celui d’astronaute, c’est le Saint-Esprit, c’est bien ce que Jésus explique à Nicodème. Tout le temps pascal vient donc raviver notre désir de nous laisser renouveler par la puissance du Saint-Esprit en nous orientant vers la fête de Pentecôte et le don du Saint-Esprit. C’est pour que nous passions de ce statut d’astronomes de la foi, de ce statut de celui qui sait des choses sur Dieu, sur Jésus, sur le St Esprit à celui d’astronautes, celui qui a des étoiles plein les yeux quand il parle du Seigneur. Les beaux discours des savants, on finit toujours par les oublier, par contre, ceux qui nous ont témoigné de leur foi avec des étoiles plein les yeux, leur témoignage reste gravé dans nos cœurs.
Réjouissons-nous donc de ce cadeau que représente le temps pascal ! Comme le carême nous préparait à Pâques, le temps pascal va nous préparer à la Pentecôte, au don du St Esprit, au renouvellement du don du Saint-Esprit. Et c’est tellement important que l’Eglise a rajouté 10 jours supplémentaires par rapport au Carême pour que cette préparation devienne vraiment féconde. En effet, passer du statut d’astronome à celui d’astronaute, ça représente un tel enjeu que 50 jours ne sont pas de trop pour nous faire désirer ce passage toujours à refaire, toujours à actualiser.
Passons aux Actes ! C’est une parole que j’aime bien : passons aux Actes ! Cette parole, nous l’avions choisie comme slogan dans mon diocèse quand nous avions lancé notre grande démarche d’évangélisation. En effet, le livre des Actes est le livre de l’évangélisation, lire les Actes, c’est se mettre à l’école des premiers évangélisateurs. Alors, passons aux Actes ! Dans cette belle et grande aventure de l’évangélisation apparait aujourd’hui, un grand, un très grand évangélisateur, Barnabé.
Pour la plupart des gens, Barnabé, ce nom évoque juste un dicton météorologique qui s’énonce de plusieurs manières : S’il pleut à la Saint-Médard (8juin), il pleut quarante jours plus tard sauf si Barnabé (11 juin) vient tout raccommoder ! Mais, bien plus qu’en météo, c’est dans l’évangélisation que Barnabé fait la pluie et le beau temps, son rôle a été essentiel !
Le point que je me contenterai de souligner aujourd’hui à propos de Barnabé concerne son nom. C’est assez rare, mais voilà un homme dont on a complètement oublié le nom, on ne se rappelle que du surnom qui lui a été donné. « Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres. » Et on apprend que ce surnom n’a pas été choisi au hasard, ce n’est pas un sobriquet, les apôtres lui ont choisi ce surnom entre tous, en effet, Barnabé veut dire : « homme du réconfort » certaines traductions disent « fils d’encouragement »et la suite du livre va nous montrer qu’il mérite bien ce nom ! En effet, qui se chargera d’accueillir Paul pour le lancer dans cette mission qui lui a été confiée par Jésus ? C’est Barnabé ! Mais tous les chrétiens ne seront pas forcément ravis de voir arriver l’ancien persécuteur, alors qui aidera Paul à se faire accepter et à surmonter les nombreux obstacles ? C’est encore Barnabé, le fils d’encouragement ! Quand il y aura une mission difficile, par exemple accompagner et soutenir la fragile et enthousiaste communauté d’Antioche, à qui on fera appel ? A Barnabé, précisément parce qu’il est le fils d’encouragement ! Bref, toutes les missions délicates lui seront confiées car les responsables de l’Eglise avaient compris qu’en cas de problèmes, les communautés et les personnes avaient plus besoin d’accueillir un fils d’encouragement qu’un accusateur, redresseur de torts.
Que le Seigneur nous envoie de nombreux Barnabé ! Qu’il choisisse parmi les cardinaux le meilleur des Barnabé pour nous le donner comme pape. C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
