De ce texte que nous avons entendu en 1° lecture, il ne faudrait évidemment pas faire trop vite d’actualisations hasardeuses en encourageant au silence tous ceux qui ont été victimes des agissements de personnes ayant, elles aussi, reçu l’onction du Seigneur. D’ailleurs, vous aurez remarqué que David ne se tait pas, il dénonce les mauvais agissements de Saül et il attend que la justice divine se prononce. Mais au temps de David, l’organisation de la justice n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, il était donc impensable d’attaquer le roi en justice.
Si, dans ce texte, il y a quelque chose à retenir pour nous, aujourd’hui, c’est tout autre chose. Vous avez entendu que lorsque les hommes de David découvrent, stupéfaits, qu’une occasion en or se présente d’éliminer Saül qui se comporte si mal à l’égard de David, ils lui disent : « Voici le jour dont le Seigneur t’a dit : “Je livrerai ton ennemi entre tes mains, tu en feras ce que tu voudras.” » Il est pas possible que David, dans un 1° élan, ait été tenté de leur obéir. Quand il sort son épée, peut-être que, dans un 1° élan, il avait imaginé se débarrasser de Saül, et puis, il ne le fera pas. Avec son épée, il ne tranchera pas la gorge de son ennemi, mais il tranchera juste un pan de son manteau. C’est-à-dire qu’il a refusé d’écouter la voix de ceux qui l’encourageaient à la violence, ou cette petite voix mensongère en lui qui l’encourageait à la vengeance, il a renoncé à écouter ces voix pour mieux écouter la voix de sa conscience qui lui disait qu’il devrait plutôt compter sur la justice de Dieu.
Voilà donc la question qui nous percute : aujourd’hui, quelles sont les voix que nous choisirons d’écouter ? Est-ce que ce sont les voix du monde, la voix de l’Adversaire avec un A majuscule, c’est-à-dire toutes ces voix qui nous poussent à agir en fonction de nos états d’âme, de l’air du temps ou est-ce que nous choisirons d’écouter la voix de notre conscience ? La conscience, vous savez, c’est ce sanctuaire sacré en nous, que Dieu habite et à partir duquel il nous inspire de faire ce qui est juste ? Chaque matin, à l’office de Laudes, dans le psaume invitatoire (94), nous entendons d’ailleurs le Seigneur nous poser la question : Aujourd’hui écouterez-vous ma Parole ? Le Seigneur nous interroge : est-ce à ma Parole, à ma voix, jaillie de ta conscience que tu seras attentif aujourd’hui ou est-ce à toutes les voix du monde et celles des puissances des ténèbres que tu accorderas ton attention ? Bonne question que nous avons bien besoin de réentendre chaque matin !
L’Evangile nous rapporte l’appel et l’institution des apôtres. Je fais juste 2 petites remarques :
1° remarque : Jésus a appelé ceux qu’il voulait, c’est ce que nous dit le texte. Personne ne l’a influencé, personne n’a fait de pression sur lui. Après avoir prié, Jésus a choisi ceux qu’il voulait. Le mot est très fort car c’est le même que dans la prière du Notre Père : « que ta volonté soit faite. » J’insiste fortement parce que ça veut dire que Jésus ne s’est trompé sur aucun d’eux, Jésus ne se trompe jamais quand il appelle ! Il ne s’est pas trompé en appelant Judas qui va le trahir, il ne va pas se tromper en appelant Pierre qui va le renier. Il ne se trompe pas non plus en appelant les autres qui l’abandonneront tous, comme le précise l’Evangile de Marc après l’arrestation à Gethsémani. Certes, Jean se reprendra vite, Pierre aussi, mais il y a eu un moment où ils l’ont tous abandonné. Eh bien, j’ose affirmer que, malgré tout, Jésus ne s’est pas trompé en les appelant. Après leur appel, les apôtres auront parfois des comportements tordus, mais, lui, Jésus, quand il les a appelés, il ne s’est pas trompé.
Je peux dire exactement la même chose en parlant de nous. Jésus ne s’est pas trompé en nous appelant. Après notre appel, nous aussi, nous pouvons avoir des comportements tordus, nous pouvons même, en certaines circonstances, nous montrer tordus. Mais lui, Jésus, il ne s’est pas trompé en nous appelant. Et, comme pour les apôtres, il ne regrettera jamais de nous avoir appelés. C’est pour cela qu’il nous proposera toujours de transformer nos chutes, nos coups tordus qui nous humilient tant et qui font du mal autour de nous, en autant d’occasions de plonger dans l’humilité, cette humilité qui lui permettra de déployer toute sa puissance dans notre faiblesse pour réaliser pour nous et par nous des merveilles.
2° remarque : La mission des apôtres, dans cet Evangile, elle est résumée dans ces deux expressions : être avec lui et annoncer l’Evangile. « Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle. » Voilà ce qui définit un disciple de Jésus : il passe du temps avec Jésus et il annonce l’Evangile, pas seulement avec des paroles, mais aussi par sa manière de vivre. C’était vrai pour les 12, ça demeure vrai pour nous aujourd’hui ! Il n’y a pas grand-chose à rajouter !
Ce qui fait l’identité d’un disciple, c’est le fait qu’il vit un réel compagnonnage avec Jésus et qu’il déploie un réel enthousiasme pour évangéliser. C’est ce que le pape François résumait sous le mot de disciple-missionnaire, il lie toujours les deux mots par un trait d’union. Disciple, c’est être avec Jésus, missionnaire, c’est annoncer l’Evangile. Après, nous pourrons le vivre de bien des manières selon notre état de vie, selon nos charismes, selon nos missions, selon les défis qui s’imposent à nous. Mais l’identité profonde du disciple-missionnaire reste la même, quels que soient les lieux, les cultures et même les états de vie : pour vivre en disciples-missionnaires, il nous faudra toujours conjuguer ces deux attitudes fondamentales ; être avec Jésus et évangéliser.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons d’être profondément renouvelés dans cette identité de disciple-missionnaire et de la vivre dans une joie rayonnante en ne cessant d’écouter la voix du Seigneur.
