27 septembre : 26° dimanche ordinaire : L’hypocrisie sera forcément dévoilée un jour !

Cette relique du cœur du Saint Curé d’Ars que nous accueillons tout ce week-end dans notre sanctuaire, j’avais eu la joie de l’emmener en Afrique, plus particulièrement au Burundi où je devais prêcher plusieurs retraites pour des prêtres. Mais les organisateurs de mon séjour avaient aussi prévu toute une pérégrination de la relique à travers le pays, permettant notamment à chacun des 4 grands séminaires du pays de vivre un temps fort de prière. A chaque fois, je faisais un enseignement sur la vie du Curé d’Ars et je me rappelle très bien ce qui s’était passé au séminaire Saint Jean-Marie Vianney de Bujumbura, séminaire de philosophie. J’avais expliqué que Jean-Marie Vianney avait été renvoyé du séminaire avec la mention « débilissimus » … « issimus » en latin, c’est le superlatif, donc inutile de traduire, vous comprenez ce que ça voulait dire !

A la fin de mon enseignement, il y a eu des questions et l’un des séminaristes m’a demandé comment on avait pu donner à ce séminaire de philosophie le nom de quelqu’un qui avait été renvoyé avec la mention « debilissimus ». Le supérieur m’a dit qu’il voulait répondre et il a expliqué que c’était un très bon choix car le curé d’Ars, finalement, était un grand philosophe puisqu’il savait qu’il ne savait pas. Et il en a profité pour dire à ce jeune arrogant : et toi, tu es un piètre philosophe puisque tu crois savoir alors que c’est loin d’être le cas au vu de tes résultats ! J’espère que ce séminariste, s’il est devenu prêtre, avec cette réponse si directe du supérieur, est devenu plus clairvoyant sur lui-même ! Nous avons souvent besoin des autres pour devenir clairvoyants, bien sûr, parfois ce qu’ils nous disent peut nous secouer, mais c’est salutaire !

Eh bien, dans l’Evangile que nous venons d’entendre, c’est exactement ce que Jésus a voulu faire vis-à-vis des prêtres et des anciens à qui il s’adressait. Et comme le supérieur du séminaire de Bujumbura, Jésus ne fait pas dans la dentelle en disant : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Les prêtres et les anciens, en raison de leurs responsabilités, avaient pris l’habitude de faire la leçon à tout le monde. Le problème, c’est que, ce qu’ils dénonçaient chez les autres, ils ne se rendaient pas compte qu’ils le pratiquaient eux aussi ou peut-être savaient-ils qu’ils n’étaient pas exemplaires, mais ils cherchaient à le cacher pour ne pas perdre la face en public.

C’est donc pour eux que Jésus raconte cette parabole d’un fils exemplaire en apparence, mais seulement en apparence ! Son père lui demande quelque chose, il répond tout de suite sans réfléchir, sans négocier : Oui, bien sûr, cher papa, je vais aller travailler à ta vigne. Et dès que le père a le dos tourné, il n’y va pas. Ceux qui ont juste assisté à la question du père et à la réponse du fils ont dû se dire : quelle chance, il a ce père d’avoir un tel fils ! Et ils ont pu d’autant plus le penser s’ils ont assisté à la suite quand le 2° fils refuse d’aller travailler pour son père. Oui, ils ont dû se dire : heureusement que ce père avait deux fils et que le premier n’était pas à l’image du second ! Voilà ce qui se passe chez ceux qui ne sont intéressés que par l’apparence qu’ils donnent : ils sont prêts à tous les mensonges pour qu’on les admire dans leurs belles déclarations généreuses quitte à ne rien mettre en pratique de ce qu’ils disent. Jésus dénoncera clairement cette hypocrisie.

Alors, Jésus est clair : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Au passage, je vous fais remarquer que Jésus ne dit pas que les publicains et les prostituées iront dans le Royaume et pas les prêtres ni les anciens. Non, il dit que les publicains et les prostituées précèderont prêtres et anciens dans le royaume de Dieu. Les prêtres et les anciens iront dans le Royaume parce que nous savons que Dieu ne veut en perdre aucun, mais ils iront moins vite, le purgatoire sera plus long pour eux ! Est-ce de la provocation de la part de Jésus ? Non, pas du tout ! 

D’abord soyons clairs, avec cette parole si dure, Jésus n’est pas en train de dire que les publicains et les prostituées iront dans le Royaume parce qu’ils sont publicains ou prostituées. Je vous rappelle que les publicains étaient des collecteurs d’impôts qui se servaient largement au passage et qui collectaient les impôts pour les occupants romains. Ce n’est donc pas le fait d’être des voleurs et d’affreux collabos qui les conduira dans le Royaume. De même pour les prostituées, ce n’est pas le fait de vendre leurs corps qui les conduira dans le Royaume, eux aussi passeront par le purgatoire parce que leurs vies n’étaient pas « cleen », mais ça durera moins longtemps ! Pourquoi ?

Tout simplement parce que, eux, ils n’ont jamais fait semblant d’être des gens bien. De toutes façons, vu leurs activités très publiques, tant les publicains que les prostituées, ils auraient eu beaucoup de mal à faire croire qu’ils étaient des gens bien. Leurs péchés, ils ne pouvaient les cacher. Eh bien dit Jésus, c’est moins grave de pécher en suppliant le Seigneur d’être miséricordieux que de laisser croire qu’on est sans péché alors que c’est loin d’être le cas. C’était exactement le sens de la parabole et comme Jésus avait peur que les anciens et les prêtres à qui elle était destinée ne comprennent pas, il a donné la leçon lui-même : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

Vous l’aurez bien compris, à travers cette parole, Jésus n’encourage pas à pécher, comme je le disais dimanche dernier, il ne donne pas une prime à la médiocrité. Non ! Le péché reste le péché et il est détestable, mais après, il y a deux catégories de pécheurs : ceux qui se reconnaissent pécheurs et entièrement dépendants de la miséricorde et ceux qui ne veulent pas se reconnaitre pécheurs, en tout cas, pas devant les autres et qui sont dans le mensonge et la dissimulation permanente parce que ce qui les fait vivre, c’est d’être admirés.

La Saint Curé d’Ars avait un cœur de pasteur accordé au cœur de Jésus. Comme Jésus, il était infiniment miséricordieux avec les pécheurs qui se reconnaissaient pécheurs, même vis-à-vis des grands pécheurs qui avaient pris l’habitude de venir se confesser à lui et qui se donnaient le mot entre eux. Evidemment, comme Jésus, il avait en horreur leurs péchés, et s’il leur prodiguait tant de miséricorde, ce n’était pas pour donner une prime à la médiocrité ! Comme Jésus, s’il détestait le péché, il aimait ces pécheurs parce qu’ils étaient humbles et contrits. 

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce, de faire la joie du Père en faisant de nos vies un vrai oui à l’amour, un oui protégé de toute hypocrisie. Finalement, c’est ce que le pape Léon n’a cessé de demander dans ses interventions depuis qu’il est en France.

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