Les anges ou les archanges ne sont pas une invention de l’Eglise. On les retrouve très présents dans les Ecritures, particulièrement dans le Premier Testament. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’ils occupent une place prépondérante dans le judaïsme, aujourd’hui encore. Dans la lecture du livre de Daniel que nous avons entendue, ils sont ces milliers de milliers qui servent Dieu, ces myriades de myriades qui se tiennent devant lui. Dans le Credo, nous professons qu’ils peuplent cet univers invisible créé par Dieu : Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible.
Je crois d’ailleurs que cette profession de foi, cette affirmation de l’existence d’un univers invisible peuplé d’anges, d’archanges et d’autres créatures célestes, les séraphins, les chérubins devrait nous obliger à un peu de modestie : nous ne pouvons pas tout comprendre dans l’existence parce qu’une une grande partie de la réalité nous échappe puisque nous, nous n’avons accès qu’au visible.
D’ailleurs, c’est l’existence de ce monde invisible qui va aussi projeter une lumière sur la terrible énigme du mal, cette énigme sur laquelle nous achoppons si souvent. Le problème se pose en ces termes : comment comprendre l’existence du mal alors que Dieu est bon et qu’il a tout créé par amour ? Eh bien l’existence de ce monde invisible nous permet de comprendre pourquoi, comme je le disais, nous ne comprenons pas, il y a une trop grande partie de la réalité qui nous échappe pour que nous puissions tout comprendre. Et c’est donc dans le monde invisible que tout s’est joué puisque Lucifer, l’ange de lumière créé bon comme tous les autres, s’est révolté en refusant d’accomplir sa mission de service, service de Dieu, service des hommes.
Ce n’est pas la théologie qui a fait cette élucubration intellectuelle, c’est la 2° lettre de Pierre (2,4) qui parle d’un « péché des anges », de certains anges qui, comme on pourrait le dire trivialement, ont décidé de faire l’eau bénite à leur compte ! Lucifer a entrainé dans sa révolte tous les autres anges qui, eux aussi, séduits par la proposition de Lucifer, ont préféré se servir eux-mêmes, plutôt que de servir Dieu et les hommes. C’est au 4° concile du Latran en 1215 que cette doctrine a été finalisée. La foi de l’Eglise affirme donc que Dieu est bon, qu’il n’a créé que du bon, que des êtres bons, et que ce sont certaines créatures du monde invisible qui sont à l’origine du désordre, de la dysharmonie du monde et de l’histoire. En effet, après leur chute, ils se sont empressés de chercher à séduire les hommes pour mieux les éloigner de Dieu. Ils sont devenus non seulement les adversaires de Dieu mais aussi ceux des hommes.
Toutefois, soyons clairs, le dernier mot ne reviendra pas aux anges révoltés et c’est précisément le sens de cette fête des archanges qui sera comme complétée par celle des anges gardiens le 2 octobre. Alors en quoi cette fête des archanges, complétée par celle des anges gardiens, viennent-elles réouvrir la porte de l’espérance que les anges déchus avaient essayé de fermer ?
Eh bien, la première chose que cette fête nous dit, c’est que le ciel est resté ouvert. Après le péché des anges et après le péché des hommes qu’ils ont entrainés à leur suite, Dieu n’a pas refermé la porte en disant : puisque personne ne mérite mon amour, je ferme la porte du ciel et nous vivrons la Trinité et les bons anges entre nous ! Jésus l’a affirmé à Nathanaël en reprenant cette fameuse vision qu’avait eu Jacob d’une échelle qui unissait le ciel et la terre avec des anges qui montaient et descendaient, assurant comme une liaison permanente entre Dieu et les hommes.
Voilà la première grande leçon que nous pouvons tirer de cette fête des archanges : le ciel n’est pas fermé et j’ai envie de dire heureusement ! Si le ciel était fermé, notre présence ici n’aurait aucun sens ! C’est parce que le ciel est ouvert que tant de pèlerins viennent dans ce sanctuaire, c’est parce que le ciel est ouvert que nous sommes là pour vous accueillir dans ce sanctuaire car on peut dire que les sanctuaires sont comme un bout de ciel sur la terre !
La deuxième leçon que nous pouvons tirer de cette fête des archanges, c’est que, non seulement Dieu a laissé le ciel ouvert, mais en plus, il a décidé de mettre le ciel à notre service ! C’est complètement fou !
Quand on reprend les grands récits mythologiques, on voit que les dieux se sont très vite fabriqués des serviteurs pour ne pas dire des larbins afin de vivre comme des pachas dans leur panthéon. Eh bien, notre Dieu n’a rien à voir avec les dieux païens ! Les psaumes, par exemple, ne cessent de chanter ce cri d’émerveillement : quel dieu est grand comme notre Dieu ? (Ps 76) C’est inouï, mais notre Dieu a décidé de mettre à notre service ses serviteurs, les anges et il n’envoie pas les derniers des anges pour nous rendre service, il envoie les tout premiers, les chefs, les archanges, Michel, Gabiel et Raphaël ! Oui nous pouvons reprendre le cri d’émerveillement du psaume : quel dieu est grand comme notre Dieu ?
St Bernard, dans le sermon entendu, ce matin, à l’office des Lectures, disait que le nom des archanges dit leur mission. Pour expliciter cela, en son temps, le pape François avait résumé le service qu’accomplissaient les 3 archanges par ces trois verbes : combattre, annoncer, accompagner. Il disait : Saint Michel nous aide à faire la guerre au diable, à le combattre lui qui cherche à nous faire tomber dans le péché. Saint Gabriel est celui qui annonce la bonne nouvelle du Salut. Et saint Raphaël, quant à lui, est notre compagnon de voyage, il nous accompagne, nous soutient. C’est vraiment formidable car chacun des archanges nous apporte le meilleur service dont nous ayons besoin : nous aider à combattre résolument, chaque jour ; nous annoncer des bonnes nouvelles pour maintenir en nous la lumière de l’espérance dont le pape Léon a tant parlé ces derniers jours et nous accompagner dans notre vie pour que nous ne nous sentions jamais seuls.
Qu’en cette fête, Notre Dame de Laghet nous obtienne la grâce de demander plus souvent leur intercession puisque, finalement, nous avons tant besoin d’eux.

Le dernier mot aux anges gardiens…2 fêtes d’anges qui nous veulent du bien qui encerclent la non fête d’anges qui nous veulent du mal. Vous avez bien vu, père Roger ! Et bien raison de nous exhorter à l’Espérance béate et non béate aussi en quelque sorte : le ciel c’est le repos, ici bas c’est quand même le combat !