3 octobre : samedi 26° semaine ordinaire : ne pas répéter bêtement tout ce que tout le monde dit sur Dieu et bien comprendre où se situe la vraie joie !

La 1° lecture nous a permis d’entendre le dénouement de la grande aventure de Job, ce livre que nous avons lu tout au long de cette semaine. Il est important de redire que ce livre n’est pas un récit historique mais un écrit de sagesse, c’est-à-dire un conte qui a été écrit pour nous inviter à réfléchir sur cette épineuse question de l’injuste souffrance du juste. Job n’a donc pas existé ou plutôt, il y a des millions de Job qui ont existé, Job, c’est vous, c’est moi et tant de personnes confrontées, un jour ou l’autre, au mal injuste. La méditation de ce livre de Job est donc d’une richesse extraordinaire pour tous ceux qui se retrouvent face à la souffrance. La méditation de ce livre peut aussi nous aider quand nous accompagnons des personnes en grande souffrance, elle nous aidera à trouver les attitudes justes.

La lecture entendue ce jour comportait deux parties, la 2° nous donnait la conclusion du livre de Job, une conclusion qui ressemble un peu à la conclusion des contes de fée qui se terminent toujours par : ils se marièrent et eurent beaucoup de beaux enfants ! Cette conclusion, on peut la résumer avec la célèbre formule : tout est bien qui finit bien ! Mais, c’est le passage qui précède cette conclusion qui est le plus intéressant puisqu’il nous permet de mesurer le chemin parcouru par Job.

Relisons donc ces paroles de Job. « Je sais que tu peux tout et que nul projet pour toi n’est impossible. Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ? De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien. C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu. C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre. » Job fait donc cette confidence si belle de vérité et d’humilité : j’ai parlé sans comprendre, c’est par ouï-dire que je te connaissais. En utilisant l’expression « ouï-dire », Job confesse qu’il a un peu trop répété bêtement ce qu’il avait entendu dire sur Dieu et sur sa manière d’agir.

Dans un très beau petit livre commentaire sur Job, « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu » Marie-Noëlle Thabut montre bien le problème qui entachait la connaissance de Dieu, c’était la théorie de la rétribution. De quoi s’agit-il ? C’est le principe qui, à l’époque, était communément admis que Dieu devait récompenser les justes et punir les méchants. Ceux qui connaissent des épreuves sont donc punis par Dieu pour leurs péchés et ceux qui réussissent sont bénis par Dieu pour leurs comportements vertueux. Mais ça ne marche pas car nous connaissons tus des personnes abjectes qui réussissent et de très braves gens qui en bavent ! Les amis de Job, tout au long du livre vont défendre mordicus ce principe de la rétribution en disant à Job : Dieu n’a pas pu se tromper, si tu as eu des malheurs, c’est que tu méritais une punition pour tes péchés, cherche bien, tu les découvriras ! Le problème, c’est qu’en cherchant à se défendre, finalement, Job invoquait les mêmes arguments : je suis juste, donc je méritais d’être récompensé.

Il lui faudra un long cheminement que l’on peut suivre tout au long du livre pour accepter que, face au mal, il faut renoncer à comprendre. C’est ce que Job exprimait dans ces paroles pleines d’humilité : j’ai parlé, sans comprendre, de tout ce qui est hors de ma portée, dont je ne sais rien. C’est par ouï-dire, Seigneur que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu. Job décide donc d’arrêter de répéter bêtement tout ce que tout le monde dit sur Dieu et il ajoute : maintenant mes yeux t’ont vu ! Que veut-il dire ? Ça me parait assez simple, il a vu que Dieu n’était pas responsable du mal qui restera une énigme, mais il a vu, il a expérimenté que, dans son épreuve, Dieu ne l’avait pas lâché.

N’est-ce pas, finalement, le chemin que nous avons tous à faire ? Face aux épreuves, renonçons à entrer dans la machination que le diable aime mettre en route qui nous pousse à rendre Dieu responsable du mal qui nous arrive. Non, Dieu est notre allié, pas notre adversaire, l’accuser, lui tourner le dos, c’est nous priver de notre allié le plus précieux et c’est bien ce que cherche à faire le diable. Résistons-lui ! N’hésitons pas à crier vers lui car il n’est jamais aussi proche de nous que lorsque nous traversons des épreuves. J’aime tellement citer cette parole du livre de Ben Sira qui dit : les larmes de la veuve coulent sur la joue de Dieu. (35,18). Quand nous n’en pouvons plus et que nous pleurons à chaudes larmes, Dieu est tellement proche de nous que nos larmes coulent sur sa joue à lui ! Dans l’épreuve, rien n’est plus précieux que la proximité de ceux que nous aimons qui, sans rien dire, nous tiennent la main et ne la lâchent pas. C’est ainsi que Dieu agit, c’est ce que Job, au terme d’un très long cheminement va découvrir. Que l’Esprit-Saint nous aide à le découvrir !

De l’Evangile, je ne veux retenir que la joie de ces 72 disciples qui, à leur retour de mission, disent à Jésus : C’était super, Seigneur, même les démons nous étaient soumis quand nous prononcions ton nom. Jésus s’est réjoui de leur joie, la preuve, il dit : dans l’exercice du ministère que je vous avais confié, j’ai vu, moi-même, Satan tomber du ciel comme l’éclair ! C’est-à-dire que le bien que faisaient ces disciples se voyait à des kilomètres à la ronde ! Avouez qu’il y a de quoi se réjouir ! 

Pourtant, Jésus va apporter une mise au point salutaire : Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous plutôt parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. Voilà comment je comprends cette parole : Jésus met en garde les 72 en disant : si vous n’êtes dans la joie que lorsque vous réussissez, que lorsque tout marche bien pour vous, vous risquez de traverser de longues périodes sans jamais pouvoir vous réjouir ! Parce que c’est vrai, tout ne marche pas toujours bien, rappelons-nous Job ! Jésus va inviter les 72 à comprendre que ce qui doit nous tenir dans la joie, une joie permanente, qui ne dépendra pas de nos échecs ou de nos réussites, c’est de savoir que nos noms sont gravés dans les cieux, ou comme le disait Isaïe que Dieu a gravé nos noms dans la paume de ses mains, c’est-à-dire qu’il ne nous oubliera jamais. 

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de ne jamais oublier que nos noms sont inscrits dans les cieux et que, notamment quand nous sommes confrontés aux épreuves et aux échecs, c’est là que se situe notre grande consolation.

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