A propos des événements douloureux que nous vivons

10 mars 2019 2 Par Père Roger Hébert

Évidemment, nous sommes tous profondément bouleversés par ce que nous en sommes en train de vivre en Église en ce moment. Ecrire est difficile, mais se taire, c’est choisir la facilité. Or, j’ai essayé de ne jamais conduire ma vie (ou de me laisser conduire !) en choisissant la facilité ! Ces propos n’engagent que moi.

Faut-il énumérer les drames dont la liste augmente chaque jour ?

Des enfants et des jeunes adolescents(es) ont été abusés par des prêtres « prédateurs » dont certains sont devenus évêques et même cardinaux (et le plus terrible, c’est que cette marque de confiance n’a pas suffi à certains pour arrêter). Ils se sont servis de la confiance et de l’estime qui leur étaient accordées pour poser des gestes qui ont cassé ces vies qui ne demandaient qu’à s’épanouir tant sur le plan humain, affectif que spirituel. Nous nous rappelons tous la terrible parole de Jésus dans l’évangile : « ceux-là, mieux vaudrait qu’on leur attache au cou une de ces meules de moulin et qu’on les jette au fond de la mer. »  Mc 9,42 Oui, ils doivent répondre de leurs actes devant la justice des hommes, mais ils auront aussi à en répondre devant Dieu car il ne peut y avoir de miséricorde sans justice.

Des religieuses qui ont servi « d’esclaves sexuels » à des prêtres et même, semble-t-il à des évêques. Et parmi ces prédateurs, des grands noms à qui extérieurement, « on donnait le Bon Dieu sans confession », qui avaient leurs entrées à Rome. Là encore que de vies brisées chez ces jeunes femmes parties pour la grande et belle aventure de la vie religieuse, se réjouissant de devenir les épouses bien-aimées de Jésus et qui se sont retrouvées salies par ces relations forcées, arrachées bien souvent à coups de chantages spirituels odieux. Salies par des grossesses qui venaient briser leur projet de vie et qui se terminaient souvent en avortements financés par ceux-là mêmes qui les dénonçaient en chaire.

Une hiérarchie (évêques et supérieurs religieux) qui a trop longtemps refusé d’entendre le drame et d’en mesurer l’ampleur, cherchant à se convaincre qu’il ne s’agissait-là que de cas individuels que la bienveillance et la miséricorde guériraient.

Des confrères prêtres ou religieux qui savaient ou qui avaient entendu dire que… et qui se sont dits qu’ils n’avaient pas à juger et qui ont couvert des criminels par un silence embarrassé mais coupable.

Des parents, eux aussi, qui n’ont pu ou qui n’ont voulu croire aux horreurs que leurs enfants essayaient de leur raconter soit par des mots difficiles à dire ou par des comportements perturbés.

Résultat : tout le monde trinque !

Les évêques dont un bon nombre sont arrivés en fonction après tous ces drames plus ou moins bien gérés par leurs prédécesseurs sont tous montrés du doigt. Je ne voudrais pas être à leur place et je prie particulièrement pour eux ! Comment pourront-ils encore oser une parole de vérité dans les grands débats qui agitent notre société et dans lesquels se jouent l’avenir de l’humanité.

Des prêtres ne peuvent plus, ne veulent plus se sentir en communion avec certains de leurs évêques. Certains sont révoqués par le pape lui-même, d’autres poussés à la démission sans avoir été eux-mêmes directement impliqués si ce n’est par une gestion qui comme ils le reconnaissent, n’a pas été à la hauteur des souffrances endurées par les victimes.

Le peuple chrétien découvrant tout cela est profondément ébranlé. Jamais ils n’auraient pu imaginer cela de la part de ceux qu’ils admiraient pour avoir donné leur vie pour que, eux, affamés de l’amour du Christ puissent être nourris de sa présence.

Conséquence, c’est l’ensemble des prêtres qui se retrouve en situation de suspicion. Dans ce domaine, les médias s’en donnent à cœur joie cherchant à faire payer les bons pour les brebis galeuses.

Le pape avait raison, c’est l’Esprit du mal qui est par derrière ! Affirmer cela ce n’est pas minimiser la responsabilité des coupables. C’est, au contraire, affirmer que ceux qui s’étaient engagés à devenir les serviteurs de Dieu ont choisi de devenir des traitres en servant celui que l’Écriture appelle l’Adversaire, Adversaire de Dieu et Adversaire des hommes. Avec les quelques uns qui ont trahi, c’est l’ensemble qui risque de se retrouver discréditer et que certains sont trop heureux de voir condamnés au silence.

Tout ce que je dis là n’est pas une manière de minimiser la souffrance des victimes. Leur courage pour oser dénoncer tous ces abus est une bénédiction qui va permettre une grande purification. Le pape François le veut de tout son cœur. Le pape Benoit, sentant qu’il n’avait plus les forces nécessaires pour affronter cette période de grande remise en cause qui se profilait, a eu le courage de démissionner pour que cette purification soit rendue possible. L’Église va se retrouver pauvre, privée de son prestige, tant mieux ! C’est cette Église que Jésus voulait. Il a montré sur la croix, exposé quasiment nu, que, privé de tout prestige, c’est ainsi qu’on pouvait collaborer au Salut de la manière la plus féconde.

Mais il ne faudrait pas que découragés et, parfois manipulés, certains soient tentés de quitter le navire qui prend l’eau. Plus que jamais l’heure est à la fraternité, les bons ou du moins ceux qui essaient, avec la grâce de Dieu, de le devenir un peu plus chaque jour, doivent rester !

Permettez-moi de terminer par cette parole qu’avait cité le père Cantalamessa dans son enseignement à la maison pontificale le 4 avril 2003 (tout son enseignement est à relire en cette période troublée). A Luther qui lui reprochait de rester dans l’Église alors qu’elle était si marquée par le péché, Erasme a répondu : Je supporte cette Eglise en attendant qu’elle devienne meilleure à partir du moment où elle-même est obligée de me supporter en attendant que, moi aussi, je devienne meilleur. »

Père Roger Hébert, fils de l’Église à laquelle il doit tout et essaie à sa mesure de servir le Seigneur