6 juin : samedi 9° semaine ordinaire : Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager et nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir !

Jésus, s’étant assis vis-à-vis du tronc, regardait comment la foule y mettait de l’argent. Jésus avait un regard très aiguisé, très percutant. C’est ce qu’il regardait, ce qu’il observait qui est à l’origine de bien des paraboles : à partir d’un détail de la vie quotidienne, observé avec un regard de foi, Jésus en tirait toute une leçon de vie, une leçon de foi. C’est aussi ce qu’il regardait, ceux qu’il observait qui sera à l’origine de bien des miracles. Reprenez la plupart des récits de miracles et vous constaterez que tout a commencé par un regard de Jésus, un regard posé sur une personne et sa détresse, un regard qui, parce qu’il était directement relié à son divin cœur lui permettra d’agir en déployant sa puissance d’amour.

Ce jour-là, alors qu’il est en marche vers sa passion, Marc nous dit que Jésus a pris le temps de s’arrêter et de regarder comment les gens donnaient dans le tronc du Temple. C’est très intéressant parce que Jésus ne regarde pas d’abord ce que les gens donnent mais comment ils donnent. La 1° partie nous suggère qu’il a dû voir tous les dignitaires qui venaient et qui mettaient dans ce tronc en s’assurant que tout le monde avait bien vu ce qu’ils donnaient, pour que tout le monde puisse s’émerveiller de leur générosité. Jésus va faire deux remarques cinglantes à leur adresse et j’en rajouterai une 3° que Jésus n’a pas dit mais qui est essentielle.

  • 1° remarque : parmi eux, beaucoup sont hypocrites car ils agissent de manière à se faire remarquer. Ce n’est pas Dieu qu’ils honorent, c’est eux-mêmes, ils déploient un véritable culte de leur personnalité. Jésus le dit clairement : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. Chaque année, au moment où nous entrons en carême, nous lisons ce texte qui nous invite à croire que Dieu ne bénit que ce qui est fait dans le secret, dans la discrétion.
  • Et la 2° remarque est encore plus cinglante, Jésus fait remarquer que leur générosité a une valeur très limitée puisque ce qu’ils donnent, ils l’ont obtenu en dévorant les biens des veuves. Autrement dit, ils se sont enrichis parce qu’ils n’ont pas respecté la justice élémentaire qui consiste à ne laisser personne, parmi les plus fragiles, dans la détresse. Dans son encyclique, le pape Léon XIV, en rappelant les fondements de la doctrine sociale rappelle les 5 piliers essentiels de l’enseignement de l’Eglise tiré des enseignements de Jésus et parmi ces piliers, il y en a 4 qui sont directement en rapport : le bien commun, la destination universelle des biens, la solidarité et la justice sociale. Ceux qui semblent donner si généreusement et qui l’ont fait en ayant bafoué ces principes, pour reprendre les mots de Jésus seront d’autant plus sévèrement jugés.
  • J’ajoute donc une 3° remarque : j’ai dit qu’ils semblaient donner généreusement. Oui, peut-être que le don qu’ils mettaient dans le tronc était conséquent, mais en plus d’avoir été fait pour épater et pris sur les résultats de l’injustice, il doit être évalué avec une autre échelle. Ce qui permet de mesurer la générosité, ce n’est pas le montant de ce qui a été donné mais le montant de ce qui est gardé. Ce que je donne est-ce vraiment généreux au regard de ce que je garde ? Certes, il faut bien assurer l’avenir et ce n’est pas un péché de le faire, mais quand on entend le montant de certaines fortunes, il ne s’agit plus d’assurer l’avenir. Les très riches doivent s’interroger, mais nous pouvons tous, à notre niveau, nous interroger pour réévaluer les montants de ce que nous donnons au regard de ce que nous gardons.

Venons-en maintenant au regard que Jésus pose sur cette pauvre veuve. Je pense que s’il n’avait pas fait remarquer aux apôtres l’attitude de cette femme, ils n’auraient rien vu ! Par contre, ils auraient peut-être parlé longtemps du nombre de pièces d’or dont ils avaient reconnu le tintement ! Cette femme, elle n’aura jamais su que Jésus la regardait, mais il l’a regardée car son regard se posait prioritairement sur les petits, les pauvres, les pécheurs. Jésus l’a regardée et il a vu comment elle donnait. Ce don était nul en valeur absolue, deux leptes, nous dit le texte, c’est-à-dire l’équivalent de 2 centimes. Oui, mais ce don, le texte nous dit qu’il représentait tout ce qu’elle possédait. Elle n’a pas dit : puisque je n’ai plus rien, je suis dispensé de donner, elle voulait que son amour du Bon Dieu puisse se traduire concrètement. 

Mgr Rodhain, le fondateur du Secours Catholique a eu cette belle parole : Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager et il rajoutait : et nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir !

Ce que Jésus a vu, je l’ai indiqué au début de mon homélie, c’est dans une halte qu’il a faite avant d’entrer courageusement dans sa passion. On peut donc penser que le don de la veuve, la manière dont elle a donné, le cœur avec lequel elle a donné va être un encouragement puissant pour Jésus, tout au long de sa passion. Lui aussi se trouvera dans une situation de pauvreté extrême, alors qu’il était dépouillé de tout, il imitera le don de cette pauvre veuve en donnant tout ce qu’elle possédait, c’est-à-dire en se donnant lui-même. 

St Vincent Depaul aimait dire : les pauvres sont nos maitres. Ce texte illustre à merveille comment Jésus s’est laissé enseigner par cette pauvre veuve. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce d’avoir un regard suffisamment clair pour nous laisser enseigner par tout ce que nous voyons et particulièrement par tous les gestes d’amour posés de manière discrète.

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