Le rendez-vous dominical a ceci de bon : il nous oblige à nous poser la question : où en suis-je de mon carême ? Parce qu’évidemment, il ne faudrait pas que je me contente de dire : il va falloir que je m’y mette … oui, mais tout en restant encore sur la ligne de départ ! Il va falloir que je m’y mette, oui, sans doute, mais que je me mette à quoi ? Je lisais un commentaire pour le mercredi des Cendres qui m’a bien inspiré, commentaire dans lequel le prêtre expliquait qu’il y avait deux types de jardinier : ceux qui étaient obsédés par les mauvaises herbes et ceux qui aimaient faire pousser légumes et fleurs. Alors, bien sûr, pour que légumes et fleurs puissent pousser, il faut bien veiller à ce qu’ils ne soient pas étouffés par le chiendent, mais ces jardiniers-là, ne passent pas tout leur temps à s’occuper des mauvaises herbes, ce qui finit par devenir déprimant car elles reviennent sans arrêt. Quel jardinier serons-nous durant ce carême ? Celui qui est obsédé par les mauvaises herbes de ses défauts et qui se fixera finalement des objectifs inatteignables pour espérer de les éradiquer ? Ou celui qui est passionné par les légumes et les fleurs que peuvent représenter ses qualités, ses charismes et ceux des autres et qui décidera de leur faire prospérer en espérant qu’ils seront tellement abondants qu’ils finiront par ne plus laisser de place aux mauvaises herbes ? A nous de choisir, mais il me semble savoir ceux que le Seigneur préfère !
Pour ce dimanche, il me semble que nous pourrions retenir 2 points, un dans la 1° lecture et un dans l’Evangile, pour progresser sur notre chemin de carême.
Le 1° point tiré de la 1° lecture, c’est d’entendre, nous aussi l’invitation que lançait Dieu à Abraham : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Quitte et va ! Mais avant cet impératif : Quitte, il y a deux mots qui ont été sautés dans la traduction liturgique. Le texte dit : Toi, va, quitte ton pays … Rachi, un maitre spirituel du judaïsme du 11° siècle qui vivait à Troyes en Champagne proposait de traduire : Va pour toi, quitte ton pays… Drôle de tournure allez-vous me dire ! Ce que Rachi voulait mettre en valeur avec cette traduction, c’est que Dieu agissait en faveur d’Abraham quand il lui demandait de quitter ses bases et de partir à l’inconnu. C’est comme si Dieu disait : Va, c’est pour toi, pour ton bien que je te le demande.
Vous comprenez que la précision est intéressante pour nous qui voulons recueillir cette invitation, aujourd’hui. Quitter, abandonner, telle ou telle chose, telle ou telle habitude, parfois même, telle ou telle relation, ça nous semble souvent bien difficile, tellement difficile qu’en fin de carême, on n’a pas bien bougé, pas quitté grand-chose ou alors on les a vite repris ! Dans la perspective de la lecture de la Genèse, il ne nous est donc pas demandé de regarder ce qu’on aime bien et de décider de s’en priver pour plaire au Seigneur. Non ! On va chercher ce qui nous fait du mal ou au moins ce qui ne nous fait pas vraiment du bien et auquel nous restons pourtant attachés en disant : c’est cela que je veux quitter, c’est cela que le Seigneur m’invite à quitter et ça, c’est pour mon bien que le Seigneur m’y invite : Quitte, c’est pour toi que je te le demande pour ton bien et sans doute aussi pour le bien de ceux qui t’entourent. Il me semble que cette perspective va être plus dynamique et plus dynamique que de repérer ce que j’aime pour décider de m’en passer
Le 2° point est donc tiré de l’Evangile. Vous savez que dans les Evangiles, la voix de Dieu, le Père du ciel, ne se fait pas souvent entendre ! Il n’y a que 3 mentions dans les Evangiles : au Baptême de Jésus, ici, à la Transfiguration et juste au début de la passion, après l’entrée triomphale à Jérusalem, Saint Jean étant le seul à rapporter cette 3° mention. Puisque Dieu, le Père ne se répand en paroles, c’est une invitation à être très très attentifs quand il parle ! Que dit-il, ici, au moment de la Transfiguration ? « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Je n’ai pas le temps de commenter la totalité de la Parole, je ne garde que les deux derniers mots : écoutez-le ! Et voilà donc le 2° point que nous pourrions retenir pour progresser sur notre chemin de carême : Choisir d’écouter le Seigneur un peu plus, un peu mieux. Très bien, me direz-vous, mais comment fait-on pour écouter le Seigneur concrètement, parce que certains et même la plupart d’entre nous, nous pouvons faire l’expérience que le Seigneur ne semble pas bavard ! Je vais nous donner quelques pistes concrètes pour essayer de l’écouter.
Bien sûr, la 1° manière par laquelle le Seigneur nous parle, c’est précisément la Parole de Dieu. Est-ce que nous lisons les Ecritures ? Au moins les textes du jour ! Avons-nous une application sur notre smartphone qui nous permettra quel que soit le moment de la journée de le faire ? Et quand j’ai lu la 1° lecture, le psaume et l’Evangile, est-ce que je m’arrête pour me demander : qu’est-ce que je retiens comme étant ta parole pour moi aujourd’hui ? 2° manière par laquelle le Seigneur nous parle, c’est la prière : est-ce que je dégage chaque jour ne serait-ce que 10 minutes pour la prière, 10 minutes pendant lesquelles je ne récite pas des prières mais 10 minutes pendant lesquelles je me tais ! Quand on le fait, on est souvent étonné du résultat, même si on n’a pas vécu de grandes émotions, reçu de grandes paroles, on aura les idées plus claires sur ce qu’on doit faire, sur l’ordre de nos priorités, parfois-même sur l’urgence d’appeler telle ou telle personne. 3° manière pour le Seigneur de nous parler, c’est à partir de notre vie, à partir de petits signes qu’il nous envoie ou qu’il nous invite à relire comme pouvant grandement nous enseigner. Mais pour cela, encore faut-il s’arrêter de temps en temps, le soir, par exemple pour faire cette prière courte et simple : merci, pardon, s’il te plait ! Merci pour telle et telle chose vécue, telle ou telle rencontre, découverte ; pardon pour telle attitude, telle parole, telle omission ; s’il te plait, pour demain, en pensant à ce que sera ma journée, voilà ce que je te demande ! Si nous nous mettons à lire la Parole, à prier et à relire nos journées, nous serons étonnés de constater que le Seigneur peut se révéler bien plus bavard que nous ne l’imaginions !
Puisque, dans la 2° lecture, comme à son habitude, Paul a beaucoup parlé de la grâce, eh bien, nous disons au Seigneur que s’il veut que nous avançions, s’il veut avoir la joie de contempler tout ce qui aura poussé de bon, eh bien, nous comptons sur sa grâce parce que nous connaissons, les uns et les autres, toutes ces bonnes intentions qui nous animent et qui ne restent qu’au stade de bonnes intentions ! Que la Vierge Marie nous obtienne de devenir ces bons jardiniers de carême.
