Le livre de Daniel que nous avons commencé hier et qui va nous accompagner toute cette dernière semaine de l’année liturgique est un livre un peu particulier. En effet, il semble être un livre prophétique, mais il ne l’est pas, du moins pas au sens où on l’entend habituellement. Mais avant d’expliquer ce que je veux dire par là, il est peut-être bon de redire ce qu’est un livre prophétique, ce qu’est une prophétie, ce qu’est un prophète dans la bible. Le prophète, ce n’est pas un devin qui prédit l’avenir ! Le prophète, c’est un homme que le Seigneur appelle pour mettre en garde le peuple à un moment compliqué. Le prophète, avec le regard et l’intelligence illuminés par le St Esprit qui l’assistent, il constate ce qui se passe dans le présent et se référant aux leçons de l’histoire passée, il met en garde pour l’avenir.
Par exemple, quand un prophète annonce une catastrophe, il ne le fait pas parce que Dieu lui aurait fait cadeau d’une boule de cristal ! Non, il le fait parce qu’il se rend compte que le peuple est en train de reproduire un comportement qui, dans le passé, a conduit à la catastrophe c’est pourquoi il dit que si on ne se convertit pas, si on ne revient pas au Seigneur, à l’Alliance, on va dans le mur. Le prophète ne cesse de ire : attention, à chaque fois qu’on oublie le Seigneur, ça nous a conduit à la catastrophe ! Attention, quand on tolère les idoles, elles finissent par nous faire de l’œil et on se laisse séduire, et ça on le paie toujours très rapidement. Attention quand on cherche des alliances avec les super-puissances, on finit toujours par se faire manger d’abord parce que les puissants ne se préoccupent pas des petits et ensuite parce que, rechercher la protection des puissants, c’est le signe qu’on a perdu confiance en Dieu.
Alors pourquoi le livre de Daniel qui semble prophétique et qui est classé parmi les livres prophétiques ne l’est pas vraiment ? Parce que ce livre a été écrit bien après les événements qu’il semble annoncer. Les faits évoqués, au moins dans la 1° partie du livre évoquent la période de l’Exil à Babylone sous le roi Nabuchodonosor. L’Exil a duré de 587 à 537 avant J.C. Mais en fait les exégètes semblent à peu près d’accord pour dire que le livre a été écrit vers le milieu du 2° siècle avant J.C. Alors, l’auteur va utiliser le procédé prophétique en faisant croire que le livre a été écrit au moment des faits qui sont décrits et que Daniel, analysant le présent et se référant au passé va annoncer une série de catastrophes. Mais, quand le livre a été écrit tout cela a déjà eu lieu et le livre est une relecture.
Par exemple le songe de Nabuchodonosor que nous n’avons pas lu et l’interprétation qu’en donne Daniel dans la lecture d’aujourd’hui, interprétation qui annonce une succession de différents empires, c’est déjà arrivé quand le livre est écrit. Peut-être que vous trouvez tout cela un peu compliqué, mais quand on est chrétien, il faut aussi faire marcher son intelligence ! En tout cas ce qui est clair, c’est que si tout ce qui est prédit dans le livre est arrivé tel quel, c’est parce que le livre a été écrit bien après les faits annoncés. Est-ce une supercherie ? Non ! Parce que, au moment où le livre est écrit, on est dans l’histoire qui était racontée la semaine dernière avec Antiocos Epiphane. Et c’est Antiocos Epiphane qui est jugé à travers la figure de Nabuchodonosor. Le procédé est subtil et il évite au prophète de dénoncer frontalement le dictateur du moment sans taire pour autant la vérité.
Quant à l’Evangile, je ne vais pas le commenter car, c’est ce même Evangile qui nous était donné à méditer le dimanche 16 novembre … je vous renvoie donc à l’homélie que j’avais pu faire ce jour-là ! Je fais juste remarquer que Jésus refuse de répondre à la question qui lui est posée : quand cela va-t-il arriver ? Tout le monde aimerait bien savoir quand ça sera la fin ne serait-ce que pour avoir le temps de se préparer ! Jésus évoque un certain nombre d’événements douloureux, dramatiques en prenant bien soin de dire que ça ne sera pas aussitôt la fin, c’est clair, il refuse de donner des indices précis. C’est une manière de nous dire que si nous ne voulons pas être pris au dépourvu, le mieux est de nous tenir prêts à chaque instant. Et si nous vivons dans l’amour, nous ne serons pas pris au dépourvu quand la fin viendra, la nôtre ou celle du monde. Demandons cette grâce par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
