Vous avez peut-être entendu parler de certains spectacles inter-actifs. Par exemple, on joue le procès d’un homme et au moment du verdict, les acteurs s’arrêtent un moment et on fait voter la salle pour savoir si l’homme doit être condamné ou pas. Et la pièce reprendra avec un scénario qui tiendra compte du choix de la salle. Ce qui fait que le même spectacle, joué deux fois de suite peut être fort différent en fonction du choix des spectateurs. On aurait presque pu faire la même chose avec l’évangile d’aujourd’hui ! Et j’aurais pu vous interroger pour savoir si, à la place de Dieu, vous auriez rendu Zacharie muet. Parce que je vous avoue que, pendant des années, j’ai trouvé que la sanction était sévère. On pourrait rêver d’une autre fin : Zacharie sort et, dans la joie, il annonce ce qu’il vient de vivre et ce que le Seigneur lui a annoncé. Spontanément, on pourrait penser que ça aurait été une meilleure fin pour cette histoire !
D’autant plus que Marie, elle aussi, elle a posé une question à l’ange : comment cela va-t-il se faire ? Et elle n’a pas été rendue muette pour autant ! Alors quelle différence y a-t-il entre ces deux questions pour qu’elles conduisent à une réaction sans commune mesure de la part de Dieu ? En méditant, un peu plus longuement sur cette annonciation à Zacharie, il me semble qu’il est possible de comprendre pourquoi Zacharie est devenu muet et pas Marie. Marie, elle, elle n’avait rien demandé et voilà que l’ange lui annonce qu’elle va enfanter un enfant, cadeau de Dieu non seulement pour elle, non seulement pour le peuple, mais pour toute l’humanité. Face à cette promesse, elle ne pose qu’une question : comment cela va-t-il se faire ? Et on comprend bien qu’elle pose cette question qui ne remet pas du tout en cause le projet de Dieu. Elle demande juste comment ça va se passer, comment elle va pouvoir être intégrée dans ce projet si étonnant de Dieu. En fait cette question de Marie, ainsi formulée, signifie qu’elle a déjà dit oui puisqu’elle en est déjà aux modalités pratiques. Sa question est donc une manifestation de sa foi.
Avec Zacharie, c’est tout autre chose ! Si Marie n’avait rien demandé, Zacharie, lui, avec sa femme Elisabeth, ils avaient dû prier et prier encore, offrir des sacrifices pour demander à Dieu de se montrer favorable en leur accordant cet enfant qu’ils espéraient tant. Et voilà que l’ange vient le voir pour lui dire : ça y est, vos demandes ont été exaucées … et ce n’est pas n’importe quel enfant qui va voir le jour dans votre couple, puisqu’il va être revêtu de la puissance du prophète Elie, qui était sans doute considéré comme le plus grand des prophètes. Vous vous rendez compte, c’est un ange, en personne et pas n’importe quel ange, Gabriel lui-même, qui vient lui faire cette annonce et, cette annonce, il la fait dans le Temple, au cours du service de Zacharie comme prêtre comme pour bien l’aider à comprendre qu’il n’est pas dans un rêve. Dieu vient lui parler par l’ange dans le Temple qui est le lieu de l’habitation divine, c’est du solide, cette apparition.
Tous les ingrédients étaient réunis pour que Zacharie soit fou de joie : sa prière et celle de sa femme si souvent répétée va enfin être exaucée et de quelle manière ! En plus, c’est Dieu, par l’un de ses plus grands anges qui le lui annonce dans le Temple, au cœur de son service de prêtre. Oui, il y avait tout pour que Zacharie écourte son service afin de pouvoir annoncer cette bonne nouvelle inouïe. Et lui, au lieu de ça, il commence quasiment par réclamer une preuve pour être sûr que c’est sérieux et puis, il a l’air de dire que c’est trop tard, Dieu n’avait qu’à y penser avant, avec Elisabeth, ils se sentent trop vieux pour accueillir un enfant maintenant !
Je pense que vous comprenez maintenant de manière très claire qu’il n’y a aucune commune mesure entre la question de Marie et la question de Zacharie. Mais quand même, vous pourriez penser que Dieu reste sévère en le rendant muet. Moi, je me suis dit que c’était peut-être un cadeau de la miséricorde de Dieu. Puisque Zacharie n’arrivait pas encore à se réjouir de cette bonne nouvelle, Dieu allait lui laisser du temps pour comprendre. Mais, pour être sûr qu’il ne perde pas son temps en bavardages inutiles, en questions stériles, pour être sûr qu’il utilise ce temps pour réfléchir, prier, méditer, il lui fait ce cadeau du silence. En le rendant muet, Dieu ne le punit pas, il lui fait le cadeau du silence pour qu’il puisse, avec le temps qui lui sera nécessaire, s’ajuster au projet de Dieu.
Comme c’est beau de découvrir que le silence est l’un des plus beaux cadeaux que Dieu puisse nous offrir dans notre monde si bruyant, dans nos vies pleines de bavardages. Chaque fois que nous avons la chance de pouvoir faire une retraite, je pense que nous goûtons aux bienfaits du silence. Ici, il y a souvent beaucoup de bruit, notamment dans le cloitre qui devrait vraiment devenir un lieu de recueillement car des pèlerins viennent en cherchant ce recueillement. Certes, il est essentiel de pouvoir échanger, partager, mais bavarder et, pire, faire des commérages, c’est toxique !
Qu’en ces jours du temps de l’Avent qui nous restent à vivre, nous sachions ménager des espaces de silence pour nous préparer à goûter comme il se doit le grand mystère que nous nous apprêtons à célébrer : Dieu vient parmi nous, il se fait l’Emmanuel ! C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
