2 septembre : mercredi 22° semaine ordinaire. Le poison de la comparaison qui conduit à la division … guéris pour servir !

Dans la 1° lecture, nous poursuivons la lecture de cette 1° lettre adressée aux Corinthiens. J’ai expliqué que cette communauté, Paul l’aimait vraiment, il était resté 18 mois au milieu de ces chrétiens, un temps très long pour cet apôtre qui ne tenait pas en place ! Il aimait cette communauté et, en même temps, elle lui en aura fait voir de toutes les couleurs ! Au fur et à mesure que nous lirons cette lettre, nous découvrirons les problèmes, les uns après les autres. Aujourd’hui, c’est le problème de l’autorité et de l’unité que Paul doit affronter pour aider ces chrétiens doués mais fragiles et souvent agités, un peu comme ces enfants qui ont été diagnostiqués HPI, très doués mais pas toujours bien cadrés !

L’une des difficultés à laquelle sera confrontée la communauté de Corinthe, c’est l’inculturation. L’implantation du christianisme dans la culture grecque, alors qu’il était né en milieu juif, ne sera pas toujours simple. On aura de nombreux échos de cette difficulté dans cette lettre qui, sous cet angle, se trouve d’une grande actualité. La question reste toujours posée : jusqu’où ne pas aller trop loin dans l’inculturation, que prendre de la culture ambiante en le christianisant et que rejeter parce que c’est radicalement incompatible avec la foi ? 

Dans le domaine de l’éthique, des mœurs, par exemple, nous sommes perpétuellement confrontés à ces questions. A Corinthe, les habitants étaient fascinés par la beauté des raisonnements philosophiques mais aussi par les manifestations extraordinaires que vivaient les adeptes des religions à mystère. Et, comme les chrétiens ne vivaient pas hors-sol, ils seront eux aussi fascinés, au moins certains d’entre eux. Du coup, ils se retrouveront comme des poissons dans l’eau avec tout ce que Paul leur enseignera de la vie charismatique, mais ils tomberont aussi dans certains excès que Paul devra gérer. Et c’est ainsi que, grâce à ces difficultés, nous pourrons recueillir, entre autres, 2 très beaux enseignements de Paul, l’un sur la prédication qui ne s’appuie pas sur le prestige de la sagesse humaine et l’autre sur l’excellence des charismes et leur nécessaire encadrement. Ces quelques mots complètent la présentation générale de cette épitre que j’ai déjà donnée il y a quelques jours.

Dans le passage d’aujourd’hui, il était question d’un certain Apollos et de la division qu’a entrainé sa présence dans la communauté. Après son passage, il y a eu ceux qui se réclamaient de Paul et ceux qui se réclamaient d’Apollos. Ce problème de division rend cette épitre d’une actualité, encore plus grande ; citez-moi une communauté, une paroisse, un diocèse qui soit à l’abri de ces problèmes de division, de clans ! 

Mais qui était cet Apollos ? C’est le livre des Actes qui nous en parle (Ac 18,24ss) en nous disant qu’il était originaire d’Alexandrie, l’une des capitales intellectuelles de l’époque. Le livre des Actes précise qu’il était éloquent et versé dans les Ecritures ; Apollos finira par arriver à Ephèse. Très vite conquis par le message de l’Evangile, Apollos mettra son don d’éloquence au service de l’évangélisation en prêchant. Priscille et Aquillas, envoyés par Paul dans cette même région, en entendant prêcher Apollos, vont se rendre compte qu’il y a un problème. En effet, la formation d’Apollos n’avait pas été très au point et il invitait encore les chrétiens à recevoir un baptême, ressemblant à celui de Jean-Baptiste. 

Ce couple admirable va donc parfaire la formation d’Apollos. Et, quand ils se rendent compte qu’Apollos est au point, ils décident de l’envoyer à Corinthe car ils savent que la communauté est tout à la fois enthousiaste et fragile et qu’Apollos avait un bon profil pour aider cette communauté. Apollos exercera, avec talent, son ministère de prédicateur. Mais voilà, très vite, la communauté va se diviser. 

Il ne semble bien que ce ne soit pas Apollos qui ait cherché à se constituer une cour, mais les chrétiens vont comparer Paul et Apollos. Apollos est brillant dans ses discours, Paul semblait l’être beaucoup moins. On a en effet cet aparté dans la 2° épitre aux Corinthiens qui nous dit que les lettres qu’il envoyait quand il était absent étaient exigeantes, sévères et que lorsqu’il était présent, il se révélait faible avec une parole pas brillante du tout ! (2Co10,10). 

Voilà donc le poison de la comparaison est à l’œuvre dans la communauté ! Vous avez compris que ce ne sont pas les prédicateurs qui se comparent et qui se mettent en compétition l’un contre les autres ; ça peut arriver, mais ce n’est pas le cas ici, ce sont les chrétiens qui comparent les prédicateurs. Ils leur décernent des médailles en fonction de leurs propres goûts au lieu d’accueillir ce que l’Esprit peut leur dire car l’Esprit-Saint parle autant à travers une prédication brillante qu’à travers une prédication pauvre pour peu que le prédicateur ait résolument voulu se laisser inspirer par l’Esprit-Saint. 

Paul, ayant eu vent de cela, va donc prendre le taureau par les cornes et dire ce qu’il pense de cette situation. Comprenons bien, il ne fait pas une crise de jalousie devant le succès d’Apollos ! Il veut juste remettre les choses d’aplomb : vous n’appartenez ni à Paul, ni à Apollos, mais au Christ ! Ce n’est ni Paul, ni Apollos qui ont versé leur sang pour vous sauver mais le Christ. Donc chacun à sa place, le boss, c’est le Christ, Apollos et Paul ne sont que des serviteurs ! Ceci dit, Paul affirme quand même que, par rapport à Apollos, il a une place particulière parce que c’est lui qui a planté. Paul n’hésitera jamais à revendiquer sa paternité, tout en reconnaissant sans difficulté que le boss, c’est le Christ. Mais il ne dira jamais, par fausse humilité, qu’il n’est rien, non, il tient sa place mais il reste à sa place.

Je n’ai plus le temps de commenter cet Evangile de la guérison de la belle-mère de Pierre et de tant d’autres guérisons. Retenons seulement que Jésus guérit cette femme de sa fièvre pour qu’elle aussi puisse tenir humblement sa place de service. De quelles fièvres avons-nous besoin d’être guéris pour tenir notre place et servir humblement et quotidiennement là ?

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que la lumière nous soit donnée. 

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