5 juin : jeudi 7° semaine du temps ordinaire : Deux dons du Saint-Esprit, le plus subtil et le plus fécond !

Hier, dans la première lecture, nous lisions la 2° partie du discours d’adieu de Paul aux anciens d’Ephèse, ce bilan pastoral émouvant que Paul a voulu partager avec les responsables de cette communauté. Il leur avait dit qu’ils ne reverraient plus son visage, eh bien, la prophétie se réalise puisque le début de la lecture d’aujourd’hui nous dit qu’il a été arrêté. En fait, nous avons sauté deux chapitres pour passer directement du discours d’adieu à l’arrestation de Paul, mais la fête de Pentecôte arrivant, il faut accélérer pour pouvoir terminer la lecture du livre des Actes, en temps et en heures car après la Pentecôte, nous entrerons à nouveau dans le temps ordinaire qui proposera à notre méditation d’autres textes bibliques.

L’Esprit-Saint largement répandu sur les apôtres à la Pentecôte a été aussi largement répandu, par l’imposition des mains d’Ananie, dans le cœur de Paul quand il s’est converti. Et la 1° lecture d’aujourd’hui nous donne de voir l’un des effets, peut-être inattendu, du travail du Saint-Esprit dans le cœur de celui qui compte sur lui, ce qui a été le cas de Paul. Je dis effet inattendu car trop de personnes ont une mauvaise conception de l’action du Saint-Esprit. Parce que le mot Esprit est lié au mot spirituel, certains ont peur que le Saint-Esprit les rende un peu trop grenouilles de bénitier, leur faisant passer tout leur temps à l’église, les rendant mièvres, comme certains saints que les images sulpiciennes ne rendent absolument pas attirants !

Mais il n’en est rien ! Et la vie de Paul en est une brillante illustration. Lui, le fougueux, qui mettait toute son énergie à persécuter les chrétiens, le Saint-Esprit ne le rendra pas mièvre, il restera fougueux mais avec une fougue orientée positivement en direction de l’évangélisation. Et dans le texte d’aujourd’hui, nous voyons combien l’Esprit-Saint va le rendre habile, rusé, ce qui est un très beau don du Saint-Esprit, trop rarement mis en valeur. Paul, parce qu’il est juif, sait très bien, qu’au niveau de la doctrine, il y a un point de friction entre les pharisiens et les Sadducéens. 

Ce point de friction concernait la foi en l’au-delà : les Sadducéens refusaient de croire en la résurrection alors que les pharisiens y croyaient fermement. Il faudrait que je dispose de plus de temps pour expliquer pourquoi il y avait cette différence de foi entre eux sur ce sujet si important. Retenons simplement qu’ils s’opposaient sur ce point. Eh bien, c’est là que l’Esprit-Saint va rendre Paul rusé en lui suggérant de se servir de cette division pour essayer de se sortir de la mauvaise passe dans laquelle il se trouve. 

Paul est donc arrêté, l’officier romain qui doit l’entendre ne comprend rien à ces histoires de théologie de l’au-delà, il convoque les membres du grand conseil juif pour se faire expliquer où est le problème. Si les membres de ce conseil avaient été unis, Paul aurait été condamné immédiatement. C’est ce qui s’était passé pour le procès de Jésus ; d’ailleurs ce fut peut-être le seul moment où pharisiens et saduccéens avaient été capables de se mettre d’accord, ils s’étaient unis pour tuer le Fils de Dieu, quel drame ! Mais, là, comme ils ne sont pas unis, Paul va subtilement jouer sur cette division pour que les membres du conseil se querellent entre eux et s’intéressent un peu moins à lui. C’est pour cela qu’il lance le sujet de la résurrection des morts, il était sûr de son coup, ils allaient se chamailler entre eux et lui, il aurait un peu de répit !

Je vous avoue que j’aime beaucoup ce côté rusé de Paul. L’Esprit-Saint ne nous rend pas naïfs, au contraire ! Jésus avait dit à ses disciples : « Soyez rusés comme des serpents et purs comme des colombes. » Mt 10,16 On se demande souvent comment il est possible d’allier ces deux qualités qui nous semblent si opposées, eh bien, dans ce texte, Paul nous montre que c’est possible et que c’est l’action du Saint-Esprit en nous qui nous permettra, nous aussi, de devenir rusés comme des serpents et purs comme des colombes.

Quelques mots sur l’Evangile, je vais juste m’intéresser à ce que Jésus demande avec insistance au Père pour ses disciples : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Nous sommes encore loin de l’unité et je ne parle pas d’abord de l’unité entre chrétiens, mais de l’unité dans nos communautés, dans nos familles. Nous pourrions même parfois penser que l’unité, c’est mission impossible ! 

Du coup, nous aurions envie de dire à Jésus : Seigneur, mets la barre un peu moins haute ! On va déjà essayer de se supporter, et ça sera pas mal ! Seulement, si nous lui disons cela, Jésus nous répondra : vous cet objectif vous suffit peut-être, mais, moi, il ne me suffit pas ! En effet, lorsque Jésus prie pour que nous soyons unis, sa demande n’est pas que nous nous supportions mais que nous devenions supporter les uns des autres, ça s’écrit pareil, mais ça ne se prononce pas de la même manière et ça change tout ! 

Alors, si Jésus nous le demande, c’est que ça doit être possible ! Et, oui, ça sera possible, mais pas par nos propres forces. C’est d’ailleurs ce que suggère la manière dont Jésus a formulé cette demande. Quand Jésus dit : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Il est intéressant de s’arrêter sur le petit mot « comme ». En grec, il y a deux mots pour dire « comme », « os » et « kathos ». Il y a deux mots parce qu’en français, ce mot a deux sens différents. Soit il désigne l’imitation : j’aimerais grimper en montagne, comme le meilleur des alpinistes, je peux vous dire que ce n’est pas demain la veille ! Mais ce mot « comme » il peut aussi désigner un rapport de causalité : j’ai les yeux bleus comme ma mère, et c’est vrai, ma mère m’a donné ses yeux bleus, je n’ai eu aucun effort à faire, elle me les a donnés ! 

Vous avez déjà compris que lorsque Jésus prie en disant : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, Jésus n’utilise pas le comme d’imitation qui demande des efforts mais le comme de causalité qui évoque un don. C’est donc comme si Jésus disait : Père qu’ils accueillent l’Esprit-Saint qui nous unit et c’est lui qui les conduira à l’unité. Or il y a un très grand enjeu à vivre dans l’unité, à devenir supporter les uns des autres, c’est que le monde puisse croire. 

En ces jours qui nous séparent de la fête de Pentecôte demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet de compter chaque jour un peu plus sur l’Esprit-Saint pour grandir dans l’unité, pour devenir, à l’image de Paul, rusés comme des serpents et purs comme des colombes.

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