Elle était vraiment étonnante cette 1° lecture. D’abord le Seigneur annonce au roi Ezéchias que la maladie qu’il a contractée va le conduire à la mort. Pour comprendre cette annonce, il faut se rappeler qu’à l’époque, quand quelqu’un mourait, on était sûr que c’était Dieu qui l’avait décidé. Il faudra encore un peu de temps, notamment le livre de la Sagesse pour entendre ces paroles si importantes : Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. (Sg 1,13 ; 2,1) Ce n’est donc pas Dieu qui décide de la mort du roi Ezéchias, comme il ne décidera pas de la nôtre. On peut dire tout au plus qu’il la permet, c’est tout. Vous allez me dire que, souvent, on dit : Dieu a rappelé à lui telle personne. C’est une formule malheureuse ! Pour moi, il n’y a qu’une seule manière de la comprendre, c’est de dire que la mort allait tenir dans le néant une personne et que, Dieu a tiré cette personne de ce néant pour l’appeler à partager son éternité.
Mais il y avait un autre point étonnant dans cette lecture, je ne veux pas parler du gâteau de figues utilisé comme emplâtre pour apporter la guérison, mais du fait que Dieu exauce immédiatement la prière du roi et lui accorde tout de suite un sursis de 15 ans. Quand on entend ça, on est habité par un double sentiment : de la reconnaissance et de l’incompréhension.
- Reconnaissance parce qu’il est toujours bienfaisant d’entendre que Dieu répond aux prières que nous lui faisons.
- Mais incompréhension aussi parce que nous avons tous des prières bien légitimes et très importantes qui n’ont pas été exaucées.
Alors pourquoi Dieu est-il intervenu en faveur d’Ezéchias et qu’il n’intervient pas toujours et qu’ainsi, nous assistons douloureusement à la mort si injuste d’enfants, de jeunes, de parents alors que, parfois, une grande chaine de prière s’est constituée. C’est un bien grand mystère devant lequel, moi aussi, je reste bien démuni. Quand on me demande de prier pour une personne malade, de donner le sacrement des malades, je le fais toujours en y mettant tout mon cœur, toute ma foi, demandant au Seigneur qu’il intervienne. Quand, ensuite, il m’arrive d’apprendre que la personne pour qui j’avais prié est décédée, je ressens toujours une vraie souffrance. Mais, je demande toujours au Seigneur de fortifier ma foi, pour que je puisse croire que ma prière n’a pas été vaine et qu’il a visité cette personne, qu’il lui a donné sa force, qu’il lui a tenu la main et qu’il l’a fait aussi pour son entourage. Voilà ce que je peux dire sur ce sujet bien compliqué que je ne voulais pas éviter dans cette homélie.
Quant à l’Evangile, il me semble qu’il y a deux niveaux de lecture possibles : un niveau de simple bon sens et un niveau plus théologique.
- Au niveau du bon sens, Jésus a bien eu raison de ne pas condamner ses apôtres qui avaient enfreint de manière si minime la loi du Shabbat. Arracher quelques épis de blé, les froisser pour en recueillir les grains et les mâcher comme un trompe-faim, ce n’est pas si grave que ça ! Aurait-il été préférable qu’ils soient tous victimes d’un malaise ? Jésus rappelle que le roi David avait déjà agi ainsi et ce qu’il avait fait était même plus grave puisqu’il avait distribué à ses soldats les pains réservés aux prêtres. Mais, là encore, le bon sens devait l’emporter sur la règle. C’était vrai au temps de Jésus, ça demeure vrai aujourd’hui.
- Mais il faut évidemment faire aussi une lecture plus théologique de ce texte, même si la lecture de bon sens a toute sa valeur et garde toute sa pertinence ! En refusant de condamner le geste de ses disciples et, en plus, en affirmant que le Fils de l’Homme est le maitre du sabbat et que, en sa personne, il y a plus grand que le Temple, Jésus veut clairement affirmer sa divinité. Le Sabbat est un commandement, seul Dieu peut en dispenser, en le faisant, Jésus affirme clairement qui il est.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de ne pas nous rebeller devant ce que nous ne comprenons pas et de ne jamais nous enfer dans la légalisme.
