Avec la 1° lecture, nous continuons la lecture de la Lettre aux Hébreux, commencée, hier et qui nous occupera durant un mois. Je rappelle que plus qu’une lettre, il s’agit d’en enseignement sur le sacerdoce du Christ ; la lecture de cette lettre tombe donc à point nommé pour accompagner le groupe des prêtres du diocèse de Lyon qui passent une semaine de retraite dans notre sanctuaire.
La lecture d’aujourd’hui commençait par nous demander de reprendre conscience de la grandeur de l’homme que Dieu a voulu juste en-dessous des anges. Pourtant, même en dessous des anges, c’est aux hommes et non aux anges que Dieu a voulu soumettre toute la création. Dans le mystère de l’Incarnation, que nous avons médité ces dernières semaines, la grandeur de l’homme nous avait été réaffirmée : en prenant notre nature humaine, le Fils de Dieu lui a donné une dignité incomparable. Le célèbre sermon de Noël de St Léon le redit avec force. Ces versets de l’épitre aux hébreux réaffirment donc cette grandeur de l’homme et, du coup, dans ces versets, il y a le fondement de toutes les déclarations de l’Eglise en faveur du respect des hommes, de tous les hommes et de tout l’homme depuis sa conception jusqu’à la fin naturelle de sa vie.
Je voudrais surtout souligner l’une des dernières paroles de la lecture qui souligne que Jésus n’a pas honte d’appeler les hommes « ses frères ». Comme j’aime cette parole ! Dans une famille, quand on a un frère qui a bien réussi, on est heureux de pouvoir se présenter comme étant son frère, sa sœur. En revanche s’il y a un membre de la famille qui a défrayé la chronique de manière sordide, c’est plus compliqué et on le comprend bien. Eh bien, nous qui sommes des pécheurs endurcis, Jésus n’a pas honte de nous appeler ses frères. Quand j’étais aumônier de prison, c’est une parole que jamais citer : Jésus n’a pas honte de toi, certes, comme toi, il a honte de ce que tu as fait, mais il ne te réduit pas à ce que tu as fait, c’est pourquoi il n’a pas honte de t’appeler, de te reconnaître comme son frère. Quelle consolation !
Quant à l’Évangile, vous avez entendu par deux fois le mot autorité pour qualifier l’enseignement de Jésus. Je cite : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité. » et « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà, un enseignement nouveau, donné avec autorité ! » Mais qu’est-ce qui donne cette autorité à l’enseignement de Jésus ? Et qu’est-ce que l’autorité ?
L’autorité, c’est la capacité de faire grandir les autres. Vous le savez, c’est ce que suggère l’étymologie de ce mot qui vient du latin « augere » qui a donné augmenter, donc faire grandir. Tous ceux qui reçoivent une autorité, dans une famille, dans une école, dans la société, dans l’Eglise, reçoivent, en fait, cette mission dans le but de faire grandir ceux qui leur sont confiés. On entend encore bien cette définition dans l’utilisation de l’expression « élever ses enfants. » Il faut visualiser ce verbe « élever » il s’agit bien de faire grandir.
Hélas, l’autorité, dans la société comme dans l’Eglise est parfois dévoyée, ceux qui l’exercent se servent au lieu de servir. Tous les abus commis dans l’Eglise nous ont obligé à le reconnaître humblement. Il est clair que Jésus a su exercer cette autorité que le Père lui avait confiée sans jamais se servir des autres, sans jamais les écraser. Il a toujours cherché à faire grandir ses apôtres et tous ceux qu’il rencontrait. Il a résumé cela en disant : je suis venu pour servir. Et c’est intéressant de voir que, à propos de cette autorité, l’évangile que nous avons entendu, explique que Jésus n’enseignait pas comme les scribes. Et l’Evangile conclura que c’était précisément ce qui lui donnait une véritable autorité. Or, on le sait, dans le judaïsme de l’époque, ce qui donnait autorité à un enseignement, c’est le fait qu’il était appuyé sur la Tradition. C’est-à-dire qu’il fallait prouver que le grand maître rabbi Untel le disait déjà et qu’il le tenait lui-même de rabbi Untel.
Il fallait donc pouvoir mettre sous le patronage des rabbis les plus prestigieux ce que l’on disait et c’est ainsi que sa propre parole pouvait avoir de l’autorité. C’est, en tout cas, ce que faisaient les scribes. Jésus, lui, il n’a jamais cité tel ou tel rabbi et pourtant, ses auditeurs sont admiratifs devant l’autorité de sa Parole. Alors qu’est-ce qui donne cette autorité à sa Parole ? C’est sans doute son côté performatif, c’est-à-dire qu’elle fait ce qu’elle dit. Jésus est venu pour apporter la libération annoncée par Dieu, il ne se contente pas de le dire, il agit en conséquence comme nous le montre cet évangile. L’autorité, elle est accordée, reconnue à ceux chez qui on voit une cohérence entre paroles et actes. Au procès de canonisation du curé d’Ars, un de ses paroissiens dira : « notre curé, il faisait ce qu’il disait ! » Voilà ce qui donne autorité à une parole et c’est ainsi que nous pourrons faire grandir tous ceux que sont confiés.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que nous soit accordée cette grâce de l’autorité, c’est-à-dire de faire grandir ceux qui nous sont confiés, grâce de cohérence entre nos paroles et nos actes.
