5 octobre : samedi 26° semaine : connaitre Dieu autrement que par ouï-dire … comment connaître la joie parfaite ?

Nous parvenons au dénouement de la grande aventure de Job, ce livre que nous avons lu tout au long de cette semaine. Je vous redis que ce livre n’est pas un récit historique mais un écrit de sagesse, un conte qui a été écrit pour nous inviter à réfléchir à cette épineuse question de l’injuste souffrance du juste. Job n’a donc pas existé ou plutôt, il y a des millions de Job qui ont existé puisque ce livre est la réflexion d’un sage sur le redoutable mystère du mal, de l’homme confronté au mal injuste qui peut s’abattre sur lui. La méditation de ce livre de Job est vraiment d’une richesse extraordinaire pour ceux qui sont confrontés à la souffrance, et nous y sommes tous confrontés un jour ou l’autre. Elle est aussi d’une richesse extraordinaire quand nous accompagnons des personnes en grande souffrance, cette méditation pourra nous aider à trouver les attitudes justes.

La lecture entendue comportait deux parties, la 2° nous donnait la conclusion du livre de Job, une conclusion qui ressemble un peu à la conclusion des contes de fée qui se terminent toujours par : ils se marièrent et eurent beaucoup de beaux enfants ! Le passage qui précède cette conclusion est beaucoup plus intéressant puisqu’il nous permet de mesurer le chemin parcouru par Job.

Relisons donc ces paroles de Job. « Je sais que tu peux tout et que nul projet pour toi n’est impossible. Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ? De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien. C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu. C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre. » Job fait donc cette confidence si belle de vérité et d’humilité : j’ai parlé sans comprendre, c’est par ouï-dire que je te connaissais. Finalement Job reconnait qu’il a un peu trop répété bêtement ce qu’il avait entendu dire sur Dieu, c’est bien ce que signifie cet aveu : ce n’est que par ouï-dire que je te connaissais.

Dans un très beau petit livre commentaire sur Job, « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu » Marie-Noëlle Thabut montre bien le problème qui entachait la connaissance de Dieu, c’était la théorie de la rétribution. De quoi s’agit-il ? C’est tout simplement le principe qui était communément admis : Dieu devait récompenser les justes et punir les méchants. Les amis de Job vont défendre mordicus ce principe en disant à Job : Dieu n’a pas pu se tromper, s’il t’a puni, c’est que tu as commis des péchés, cherche bien, tu les découvriras. Et en se défendant, finalement, Job invoquait les mêmes arguments : je suis juste, donc je méritais d’être récompensé.

Il lui faudra un long cheminement pour accepter de quitter tous ces raisonnements qui lui donnaient l’impression de pouvoir comprendre comment et pourquoi Dieu agissait en direction des hommes. Mais ce n’était pas simple d’oser laisser tomber tous ces raisonnements parce que, d’un certain point de vie étaient rassurants, même si, finalement, ils étaient inopérants puisqu’ils ne rendaient pas compte de la réalité. Les laisser tomber, c’était prendre le risque de s’engager sur un chemin pas très bien balisé où l’on ne projette plus sur Dieu des théories fabriquées par les hommes mais où, humblement, patiemment et dans la confiance, on accepte d’accueillir ce que Dieu veut bien révéler de lui-même. C’est ce que Job exprimait dans ces paroles pleines d’humilité : j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien. C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu.

N’est-ce pas, finalement, le chemin que nous avons tous à faire ? Etre chrétien, ce n’est pas écouter des prédicateurs, plus ou moins bons, parler de Dieu et de son action en direction des hommes. S’en tenir là, c’est s’en tenir à une connaissance de Dieu uniquement par ouï-dire. Par contre, il s’agit de faire l’expérience d’une rencontre toujours nouvelle, toujours à renouveler avec le Seigneur. En effet, pour Dieu, ce qui compte, ce ne sont pas les idées que nous avons sur Lui, ce qui compte, c’est ce que nous vivons avec Lui. Et quand nous vivons avec lui, un certain nombre de nos idées acquises par ouï-dire vont tomber et ce qui restera, c’est l’amour confiant qui nous permettra de dire, à la manière de Job : avec ce que j’ai expérimenté de Toi, Seigneur, même si je ne comprends pas tout, je veux vivre dans la confiance parce que je crois, comme le disait St Paul que tu fais tout concourir au bien de ceux qui t’aiment. Rm 8,28

C’est aussi une belle parole qui nous était adressée dans l’Evangile. Elle est belle la joie de ces 72 disciples qui, à leur retour de mission, disent à Jésus : C’était super, Seigneur, même les démons nous étaient soumis quand nous prononcions ton nom. Je crois que Jésus s’est réjoui de leur joie, la preuve, il leur dit : par l’exercice du ministère que je vous avais confié dans cette mission, j’ai vu, moi-même, Satan tomber du ciel comme l’éclair ! C’est-à-dire que le bien que faisaient ces disciples se voyait à des kilomètres à la ronde ! Avouez qu’il y a de quoi se réjouir ! 

Pourtant, Jésus va apporter une petite mise au point salutaire : Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. Voilà comment je comprends cette parole de Jésus, il me semble qu’il dit aux 72. Il les met en garde en disant : si vous ne pouvez être dans la joie que lorsque vous réussissez, que lorsque tout marche bien pour vous, vous risquez de traverser de longues périodes sans jamais pouvoir vous réjouir ! Non, le sujet de notre joie, ce qui nous tiendra dans la joie de manière permanente, quels que soient nos échecs ou nos réussites, c’est de savoir que nos noms sont gravés dans les cieux, ou comme le disait Isaïe que Dieu a gravé nos noms dans la paume de ses mains, c’est-à-dire qu’il ne nous oubliera jamais. C’est sans doute le message essentiel que Jésus a voulu transmettre à Ste Faustine que nous fêtons aujourd’hui.

Par son intercession et celle de Notre Dame de Laghet, demandons de ne jamais l’oublier !

Cette publication a un commentaire

  1. Wilhelm Richard

    Dieu a réalisé un magnifique travail sur Job.

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