Au sanctuaire de Laghet, nous vivons une veillée pentecostale comme il y a une veillée pascale ! Voilà mon homélie pour cette veillée
Ce soir, nous sommes, nous aussi au Cénacle, comme les apôtres y étaient, mais nous, ce n’est pas pour recevoir le Saint-Esprit, car c’est déjà fait et j’espère que nous croyons que l’Esprit-Saint est en nous ! Nous l’avons reçu à notre Baptême, notre confirmation, et moi, comme les prêtres en plus à notre ordination. Mais, si nous sommes venus participer à cette veillée, c’est que nous voulons laisser carte blanche au Saint-Esprit afin qu’il puisse déployer en nous tous ses dons, produire tous les fruits de son action. En effet, la cendre de nos médiocrités vient régulièrement étouffer le feu que le St Esprit a allumé dans nos cœurs. Nous avons donc besoin de ce violent coup de vent dont il sera question dans le texte de la Pentecôte en Ac 2 que nous entendrons demain matin. Oui, pour que les cendres de nos médiocrités soient balayées et que le feu soit ranimé, il faut que ces cendres soient balayées. C’est ce qui va se passer, au cours de cette veillée, si nous le désirons vraiment.
Mais, encore faut-il le désirer, et pour le désirer, encore faut-il être conscient de notre pauvreté. Ceux qui sont très satisfaits d’eux-mêmes, trop satisfaits, le Saint-Esprit ne pourra pas faire grand-chose car, Lui, il est le Père des pauvres ; ce qui signifie qu’il ne peut agir que dans les cœurs de ceux qui, conscients de leur fragilité, de leur pauvreté ne cessent de crier : Viens Saint-Esprit !
Mais revenons au cénacle et regardons qui était présent dans ce moment si décisif. Le livre des Actes nous le dit clairement (Ac 1,13-15), c’était la lecture de dimanche dernier. Relisons les versets 13 à 15 de ce chapitre 1 : À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes.
Il y avait donc 3 catégories de personnes :
- Tout d’abord les apôtres.
- Ensuite, le texte nous dit qu’il y avait des femmes, dont Marie la mère de Jésus, et également la famille de Jésus, ceux qu’on appelle « ses frères ».
- Enfin, il y avait bien d’autres personnes puisqu’à la fin, il était dit qu’ils étaient 120. Parmi ces 120, il y avait sans doute les 72 disciples mais ça ne suffit pas pour faire 120 ! Il y en avait d’autres encore. J’aime bien lire cette mention des 120 comme le signe qu’il y a de la place pour nous au Cénacle ! Chacun de nous peut trouver sa place dans ce temps de Cénacle parce que chacun de nous a besoin d’être renouvelé par le Saint-Esprit.
Et vous aurez remarqué que tous les états de vie étaient représentés ainsi que toutes les fonctions dans l’Eglise, du pape au simple fidèle ! Vous avez donc bien fait de venir, il y a une place pour vous, pour moi et, mis à part Marie, nous ne sommes ni meilleurs, ni pires que ceux qui y étaient !
Maintenant, j’aime bien dire que l’ambiance au Cénacle ne devait pas être une ambiance sud-américaine ! On ne devait ni danser la samba, ni exulter dans des chants de louange ! Le texte des Actes est très sobre, comme toutes les Ecritures d’ailleurs, mais je le pense fortement. Qu’est-ce qui me le fait dire ? C’est l’Evangile !
En Mt 28, 16-20, il nous est dit que sur le Mont de l’Ascension, le lieu où Jésus avait ordonné à ses disciples de se rendre avant qu’il ne disparaisse de leurs yeux, certains eurent des doutes. Cet Evangile est particulier à St Matthieu, en effet, dans cet Evangile de Matthieu, Jésus ressuscité n’apparait pas aux disciples. Cette rencontre que Matthieu raconte au moment de l’Ascension, c’est la 1° et la dernière rencontre de Jésus ressuscité avec ses disciples.
Or Matthieu prend bien soin de préciser qu’ils se prosternèrent devant Jésus mais que certains eurent des doutes. Est-ce qu’ils doutent de Jésus, est-ce qu’ils doutent que c’est vraiment Jésus qu’ils voient ? Je ne pense pas puisque tous se prosternent, or « se prosterner » ce verbe grec n’est utilisé que pour désigner l’attitude que l’on doit avoir devant Dieu.
Les apôtres croient donc bien que c’est Jésus, qu’il est vivant, qu’il est Dieu. Ce n’est pas à l’égard de Jésus qu’ils ont des doutes, mais c’est par rapport à eux qu’ils ont des doutes, ils doutent d’eux-mêmes. En effet, dans ce même Evangile de Matthieu, Jésus les a envoyés en mission mais une mission qui les dépasse totalement : faire de toutes les nations des disciples, rien que ça ! Ils ont des doutes sur leur capacité à pouvoir remplir cette mission car ils sont désormais trop conscients de leurs fragilités qui se sont exprimées au cours de la passion. C’est donc sur eux qu’ils ont des doutes, sur leur capacité à remplir la mission que Jésus leur confie.
Plus personne ne fanfaronne parmi les apôtres, ni Pierre qui se croyait toujours plus fort que tous, ni Jacques et Jean qui voulaient être à droite et à gauche … plus personne ne fanfaronne ! Et il faut bien se mettre à leur place, car leur culpabilité devait être encore très grande d’avoir lâché Jésus au moment où il avait le plus besoin d’eux. Vous voyez que nous avons bien notre place au Cénacle car, qui d’entre nous, peut prétendre être à la hauteur de la confiance que le Seigneur lui a accordée et ne cesse de lui accorder ? Qui d’entre nous peut prétendre être à la hauteur de la mission que le Seigneur lui confie ? Nous sommes bien comme ceux qui étaient au Cénacle.
Alors, il me plait de penser que Marie, au Cénacle, n’avait pas la tête dans les mains pour prier sans voir ce qui se passait ! Elle était attentive à chacun de ceux qui étaient là et particulièrement aux apôtres. Sur la croix, Jésus lui avait demandé de devenir leur mère, de veiller sur eux. Elle lisait sur leurs visages leur peur, leurs doutes. Je pense vraiment qu’elle passait de l’un à l’autre, les serrant chacun à son tour dans ses bras maternels, leur rappelant la promesse de Jésus : le Saint-Esprit viendra sur vous et, c’est lui qui vous rendra capables d’accomplir la mission qu’il vous a confiée. N’ayez pas peur, faites-lui confiance !
Et, ce soir, en ce lieu béni, Marie est encore avec nous ! Nous sommes venus parce que nous sentons bien que nous avons besoin du Saint-Esprit. Oui, il est en nous ; oui, nous l’avons reçu, mais nous le laissons encore si peu agir, nous le prions si peu. Alors, Marie passe auprès de nous et nous invite à nous ouvrir, à faire confiance. Elle nous dit que le Saint-Esprit n’a rien perdu de sa puissance, que ce qu’il a fait à la 1° Pentecôte, il peut encore le faire aujourd’hui. Il a transformé ce groupe de peureux désorientés en ardents disciples-missionnaires, il peut encore le faire, aujourd’hui.
Dans le texte d’Evangile que nous venons d’entendre, Jésus disait : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. Et St Jean a pris soin de rajouter : en disant cela, il parlait du Saint-Esprit. Si nous avons soif, l’Esprit-Saint peut faire couler dans nos cœurs des fleuves d’amour. Et c’est pour cela que, dans quelques instants, je vais prier sur vous en demandant au St Esprit de vous renouveler afin que ces fleuves d’amour coulent dans vos cœurs.
