12 janvier : lundi 1° semaine temps ordinaire. Quand Jésus donne le cadre de toute prédication.

Ce matin, je ne parlerai pas de la 1° lecture, l’histoire de Samuel dont nous commençons la lecture, j’aurai l’occasion d’y revenir dans les jours qui viennent. Concentrons-nous donc sur l’Evangile que nous accueillons comme un beau clin d’œil de la Providence en ce début de retraite. En effet, le texte, en nous rapportant l’appel des premiers disciples, nous invite, aujourd’hui, à faire mémoire de notre appel pour raviver en nous « le don de Dieu que nous avons reçu par l’imposition des mains » de notre évêque. Chacun de nous pourrait, au cours de cette journée, par exemple relire l’Evangile qui avait été choisi pour le jour de son ordination. D’ailleurs, au cours de cette retraite, peut-être serait-il fécond de méditer, à un moment ou à un autre, sur le dialogue que nous avions eu avec l’évêque au cours de la liturgie de l’ordination.

Pour nos frères et sœurs qui nous rejoignent pour partager l’Eucharistie avec nous, je précise que, tout au long de cette retraite, nous allons monter sur les épaules des grands évangélisateurs que le livre des Actes nous présente. Cette expression imagée signifie que nous allons nous mettre à l’école des premiers disciples-missionnaires pour recueillir d’eux le secret d’une évangélisation féconde. Mais, bien évidemment, le premier à l’école de qui nous devons nous mettre et rester toute notre vie, c’est Jésus. Et, justement, l’Evangile d’aujourd’hui, nous fait entendre sa toute première prédication que nous pouvons accueillir comme la norme de toutes nos prédications à nous. Que dit Jésus ? Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. 

Dans la première phrase, les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche, c’est comme si Jésus affirmait sa légitimité à prêcher, je ne la commenterai pas. C’est la deuxième qui m’intéresse beaucoup plus : Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. Cette invitation, nous la connaissons bien puisque nous la redirons à tous ceux à qui nous imposerons les cendres dans un peu plus d’un mois. Cette parole de Jésus, je l’ai un peu mieux comprise grâce à un excellent commentaire du père Cantalamessa, l’ancien prédicateur de la maison pontificale.

Jusqu’à la lecture de son commentaire, quand j’entendais cette parole, je comprenais que Jésus nous invitait à mettre en œuvre deux actions complémentaires : 1/ il fallait se convertir et 2/ il fallait croire en l’Evangile. En fait, ce petit mot « et », « kaï » en grec, il y a deux manières de le comprendre et donc de le traduire. Quand je dis : j’ai acheté des pommes et des poires, le petit mot « et » signifie « en plus ». Mais quand Jésus dit : Convertissez-vous et croyez à l’Évangile dans ce cas, le mot grec, traduit par « et » ne veut pas dire « en plus », mais il devrait plutôt être traduit par « c’est-à-dire » : convertissez-vous, c’est-à-dire, croyez. Le père Cantalamessa est spécialiste du grec et du latin en raison de son étude approfondie des Pères de l’Eglise, alors puisqu’il affirme que dans ce cas, il faut traduire « kai » par « c’est-à-dire » et non pas par « et » je lui fais entièrement confiance.

Et, de fait, ça change considérablement la compréhension de cette parole de Jésus qui n’évoque pas deux actions successives et complémentaires, se convertir et croire, mais il explicite ce que signifie « se convertir » : « convertissez-vous », c’est-à-dire, croyez. Très bien, mais qu’est-ce que ça change concrètement ? Eh bien, c’est comme si Jésus nous disait : Vous vous convertirez quand vous vous mettrez à croire. Jésus ne dit pas : vous serez convertis quand vous aurez fait suffisamment d’efforts, mais il dit : la grande conversion de votre vie, c’est de croire. Oui, mais alors, une question nous brûle immédiatement les lèvres : c’est quoi croire ? Si la grande conversion à laquelle nous sommes appelés, c’est de croire, qu’est-ce que croire ?

Croire ce n’est pas adhérer intellectuellement à des vérités dogmatiques. J’aime bien citer une femme qui avait prêché une retraite qui a beaucoup compté dans ma vie, Georgette Blaquière, elle aimait dire : croire, ce n’est pas croire que Dieu existe, et elle se justifiait en disant que, même les démons croient que Dieu existe, or ils ne sont quand même pas des modèles de croyants ! Croire, ce n’est pas croire que Dieu existe, mais c’est croire que moi, j’existe pour Dieu ! Cette définition de la foi est tellement belle ! 

J’existe pour Dieu, je suis tellement important qu’il a fait pour moi, mais aussi pour chacun de vous, ce truc inouï : il a envoyé son Fils pour venir me, nous sauver. Croire, c’est croire, selon les mots de Paul, lui-même, que « le Fils de Dieu m’a aimé et qu’il s’est livré pour moi » … je rajoute tout de suite : pour moi qui suis pécheur et donc qui ne le mérite pas. C’est inouï, « le Fils de Dieu m’a aimé, et il s’est livré pour moi ! » Ga 2,20. 

Est-ce que je le crois vraiment ? Est-ce que je crois ou est-ce que je crois que je crois ?! Oui, que Dieu m’aime quand je suis aimable, ça, je peux le croire, mais que Dieu continue de m’aimer quand je ne suis plus aimable, c’est plus difficile à croire et pourtant c’est bien la réalité ! Croire, c’est donc croire en cet amour inconditionnel de Dieu à mon égard, c’est croire en l’entêtement de Dieu.

Quand je me mets à croire en cette réalité, forcément, ça change ma vie. Dans l’expérience amoureuse, on dit que l’amour donne des ailes, tellement cet amour va booster celui ou celle qui le reçoit ! Là, nous découvrons que Celui qui nous aime, c’est le Seigneur tout-puissant, alors, ça devient extraordinaire ! Chers frères, c’est cette bonne nouvelle que nous avons à prêcher à la suite de Jésus. C’est pour cela que je disais que cette 1° prédication devenait la norme de nos prédications. Interrogeons-nous donc : est-ce que dans chacune de mes prédications, c’est bien cette bonne nouvelle que ceux qui me sont confiés peuvent entendre ?

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons cette grâce de pouvoir accueillir pour nous-mêmes cette bonne nouvelle afin de mieux la faire faire entendre dans nos prédications et par notre manière d’exercer notre ministère.

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