30 août : 22° dimanche ordinaire : tenir sa place tout en restant à sa place !

Quand un metteur en scène fait répéter les acteurs qu’il a choisis pour jouer dans un film ou une pièce de théâtre, non seulement, il leur demande de déclamer le texte, mais il les guide sur les mouvements : d’où ils doivent arriver, où ils devront se diriger, dans quelle posture, ils diront leur texte. Rien n’est laissé au hasard ! En lisant les Evangiles, il nous faut parfois être attentif aux mouvements qui peuvent devenir porteurs de sens et c’est le cas aujourd’hui.

Ce texte fait immédiatement suite à celui de la semaine dernière. Jésus avait demandé aux apôtres ce que les gens pensaient de lui et ensuite, il leur avait posé cette question : pour vous, qui suis-je ? Rappelez-vous, c’était Pierre qui avait répondu en faisant une magnifique profession de foi : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! La question était posée à l’ensemble des apôtres et Pierre avait du s’avancer, se détacher du groupe pour répondre au nom du groupe : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Par cette attitude, Pierre ne se mettait pas en avant de lanière indue, il exerçait ce leadership, comme on dit aujourd’hui, que Jésus avait commencé à lui confier. Et la preuve que cette posture de Pierre plait à Jésus, c’est qu’il l’avait confirmé dans ce leadership en lui disant : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux.

Mais dans le texte que nous avons entendu, aujourd’hui, Pierre va changer de posture et ça ne va pas du tout plaire à Jésus et c’est là qu’il faut repérer les mouvements. A la suite de la Profession de foi de Pierre, énoncée au nom de tous les apôtres et de la confirmation de la mission spéciale confiée à Pierre, Jésus va expliquer la suite du programme pour qu’il n’y ait pas de malentendu. C’est ainsi que pour la 1° fois, dans l’Evangile de Matthieu, il va annoncer clairement sa passion. Pour écouter cette annonce, il est facile d’imaginer que Pierre s’est remis au cœur du groupe des apôtres, le texte nous disait, en effet, que c’était à tous les disciples que Jésus parlait. Pierre s’était détaché du groupe pour parler au nom du groupe, il réintègre le groupe pour écouter Jésus : ces mouvements sont chargés de symbole et nous laissent déjà entrevoir ce que doit être le ministère du successeur de Pierre : parler au nom de l’Eglise, mais, avec l’Eglise, écouter le Seigneur.

Seulement voilà, ça va se gâter car ce que dit Jésus ne plait pas du tout à Pierre ! Alors Pierre sort à nouveau du groupe, mais cette fois, ce n’est plus parler au nom du groupe des apôtres, c’est pour que le groupe n’entende pas ce qu’il va dire. Je n’invente rien, voilà ce que le texte disait : Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches Pierre prend Jésus à part et face à face, loin des autres, lui dit : tu dérailles ! Là encore, c’est très symbolique : quand Pierre ne s’exprime plus au nom des apôtres, mais qu’il dit ce qui lui passe par la tête, il risque bien de dire n’importe quoi. C’est d’ailleurs ce que Jésus lui fait remarquer par une parole très dure, mais toujours prononcée, face à face, car Jésus ne veut pas humilier Pierre devant les autres : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

On pourrait dire, en utilisant une expression bien connue, qu’avec ces paroles, Jésus remet Pierre en place ! Mais il le remet aussi très vite à sa place. Les reproches, comme je l’ai dit, Jésus les a faits en tête-à-tête parce qu’il ne veut pas humilier Pierre. Cependant, il fallait quand même que Jésus lui dise clairement, qu’avec de tels propos, il faisait le jeu de l’Adversaire, c’est le sens du mot Satan, qui, en hébreu, signifie adversaire. Si Pierre n’était pas sorti du groupe, il aurait risqué de se faire remettre en place par l’un du groupe qui lui aurait dit : mais tu te rends compte comment tu parles à Jésus que tu viens de déclarer Christ, Fils du Dieu vivant ? 

Juste après ces reproches, le texte nous dit que Jésus s’adresse à nouveau à tous les disciples pour prononcer ces paroles dans lesquelles il énonce les choix à opérer pour vivre en vrai disciple. Si Jésus s’adresse à tous les disciples, c’est qu’il a discrètement, mais fermement, demandé à Pierre de réintégrer le groupe des apôtres. Quand Jésus parle, tous les apôtres doivent écouter, Pierre y compris. Les paroles de Jésus sont claires : le disciple, c’est celui qui doit suivre le maitre pas passer devant le maitre pour lui dire le chemin qu’il doit prendre ! Cette attitude, annonce Jésus, exigera de nombreux renoncements, mais elle est la condition de fécondité du ministère.

Vous voyez finalement, la leçon est puissante et elle est très visuelle : quand Pierre tient sa place, quand il est à sa place, en parlant au nom du groupe, ce qu’il dit fait l’admiration de Jésus ; quand Pierre sort du groupe, tourne le dos au groupe, ce qu’il dit, le place dans le camp de l’adversaire. Tout ce que le concile Vatican II réfléchira bien plus tard sur ce qu’on appelle « la collégialité » se trouve énoncé et montré dans ce texte. Qu’est-ce que la collégialité, c’est ce principe qui demande au Pape de gouverner avec les évêques et par ricochet qui demande aux évêques de gouverner avec leurs prêtres et leurs diacres en associant le peuple de Dieu, aux curés de gouverner en associant, dans différents conseils, les paroissiens.

Pour autant, la collégialité n’est pas l’application pure et dure du principe de démocratie dans l’Eglise. La démocratie signifie que c’est le peuple, exprimant une majorité, qui commande, c’est le sens du suffrage universel. Dans l’Eglise, ça ne sera jamais le peuple qui commande, ni même la hiérarchie, c’est le Seigneur ! Et tous doivent être à son écoute. Certes, certains ont reçu un ministère qui les met en situation de devoir gouverner mais le principe de collégialité, si bien illustré par ce texte d’Evangile, montre que le bon gouvernement, c’est celui que le ministre ordonné, quel que soit son rang, effectue avec ceux qui lui sont confiés.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, instruits par l’exemple de Pierre, demandons que tous les membres de l’Eglise sachent tenir leur place tout en restant à la bonne place.

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