24 mai : mardi 6° semaine de Pâques. Pourquoi avons-nous tant besoin d’un Défenseur ?

Je ne veux pas trop m’arrêter sur la 1° lecture parce que je voudrais avoir du temps pour commenter l’Evangile d’autant plus qu’hier, je m’étais beaucoup arrêté sur le livre des Actes avec cette belle figure de Lydie. De cette page des Actes, je ne retiens qu’un seul point : avant de profiter de la liberté que le Seigneur leur offre par ce coup d’éclat qu’il vient d’accomplir, Paul et Silas vont s’occuper de leur gardien. Ils auraient pu être pressés de quitter ce lieu glauque, mais ils voient que leur gardien est dans un état terrible, alors ils comprennent qu’ils ne peuvent pas partir sans s’être, auparavant, occupés de lui. Et ils ont bien fait d’agir ainsi puisque cet homme sera tellement impressionné par ces prisonniers pas habituels qu’il va demander le Baptême pour lui et les siens. 

Oui, ces prisonniers n’étaient pas habituels, d’abord parce que le gardien constate un fait peu habituel : ces prisonniers prennent soin de lui, le gardien qui les avait quand même maltraités en leur coinçant les pieds dans des entraves de bois.  Pour avoir été aumônier de prison, je peux vous dire que c’est assez rare de voir des détenus qui prennent soin des gardiens ! Et puis ce qui est encore moins habituel, c’est ce qui vient de se passer : ce violent tremblement de terre qui secoue les fondations de la prison, toutes les portes qui s’ouvrent et les liens de tous les détenus qui se détachent. Nous ne bénéficierons pas forcément de tels coups d’éclat du Seigneur pour que ceux que nous voulons évangéliser soient attirés vers lui, par contre, nous pouvons prendre soin, y compris, et particulièrement de ceux qui nous posent problèmes. Et nous pouvons croire que ce soin finira par faire poser des questions. Après ce n’est plus notre affaire, mais ce qui est en notre pouvoir, c’est de prendre soin.

Venons-en à l’Evangile qui pour le 2° jour consécutif donne à l’Esprit-Saint le titre de Défenseur ou de paraclet pour reprendre le mot qui a été forgé à partir du grec. Paraclet vient du grec para-kaleô qui signifie : être appelé auprès d’une personne. C’est bien la fonction d’un avocat : il est appelé auprès d’une personne en difficulté pour défendre cette personne. Eh bien, c’est très beau de voir que c’est le titre que Jésus donne à l’Esprit-Saint : « si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous. » C’est ce que nous avons entendu aujourd’hui et hier, nous entendions : « il viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père. » Mais pourquoi donc avons-nous tant besoin d’un Défenseur ? Pourquoi donc avons-nous tant besoin de voir le Saint-Esprit endosser ce costume de l’avocat de la Défense ?

Evidemment, il ne faudrait pas commettre un terrible contre-sens en imaginant que cet avocat plein de douceur et d’empathie viendrait nous défendre contre Dieu, qui serait dur et qui aurait à notre égard un jugement implacable ! Le temps n’est plus à cette méprise, mais parmi les plus anciens, il y en a qui ont reçu des représentations terribles de Dieu qui les handicapent aujourd’hui pour croire en la miséricorde que Dieu veut déployer à leur égard. Pourtant, s’il y a un avocat de la défense, c’est bien parce qu’il y a un accusateur, mais évidemment, ce n’est pas Dieu ! Nous le connaissons celui qui, dans le livre de l’Apocalypse, recevra ce titre d’accusateur (Ap 12,10), c’est celui que le curé d’Ars aimait appeler le Grappin. Un grappin, c’est un outil que les paysans utilisaient pour arracher les pommes de terre, le curé d’Ars donnait donc fort justement au diable ce nom de « grappin » parce qu’il voulait arracher les âmes au Bon Dieu. C’est donc lui l’accusateur, c’est contre lui que l’avocat qu’est l’Esprit-Saint veut nous défendre. St Irénée, le grand évêque de Lyon (mes études au séminaire St Irénée) disait : « Dieu a donné le Paraclet à l’Église pour que là où nous avons un accusateur, nous ayons aussi un Défenseur. » Comprendre que le St Esprit-Paraclet est un avocat qui nous défend contre l’Accusateur, c’est une découverte extraordinaire. Parce que, dites-moi, vous n’êtes jamais confrontés à l’Accusateur ? Si c’était le cas, il faudrait vous en inquiéter parce qu’il ne s’intéresse jamais aux tièdes, avec eux, il a déjà gagné, leur tiédeur est sa victoire ! 

L’accusateur, il vient de multiples manières accomplir son œuvre de destruction en nous, pour cela, il adapte sa stratégie en fonction de nos blessures, nos fragilités, c’est toujours par là qu’il nous attaque. Il attaque comme les voleurs, là où les ouvertures sont mal protégées et nos ouvertures mal protégées, ce sont nos fragilités … d’où l’importance de bien connaître ces fragilités pour que nous restions vigilants. Si ma fragilité, c’est la médisance, il va me servir sur un plateau doré de multiples occasions de médire dans une journée ! Si ma fragilité, c’est la paresse, il va me donner de multiples bonnes raisons de reporter au lendemain ce qu’il serait pourtant bon que je fasse aujourd’hui … Bref, à chacun de nous de connaître ses fragilités pour rester extrêmement vigilants et surtout pour faire appel au Défenseur quand je sens que je risque de me faire déborder.

Quand j’étais aumônier de prison, il m’est arrivé d’aller participer à des procès pour être aux côtés de certains détenus dans ce moment difficile. J’ai remarqué plusieurs fois que lorsque l’avocat général attaquait de manière trop violente, l’avocat de la Défense faisait signe au prévenu qu’il allait répondre pour lui. Nous devons agir de la même manière en faisant confiance au Défenseur quand nous sommes trop fortement attaqués par l’Accusateur, l’Adversaire. Ceci dit, ne nous mettons pas à trembler en imaginant le diable et tout ce qu’il imagine pour nous prendre dans son filet. Je peux souligner deux points importants pour nous rassurer.

  • Le 1° point c’est qu’il reçoit, dans les Ecritures, le titre de Béelzéboul. J’aime bien ce titre car, traduit littéralement, il signifie « Prince des mouches » ! Pour ceux qui ne cherchent pas à fricoter avec lui, le diable n’a pas plus de pouvoir de nuisance qu’une mouche ! Ceci dit, il faut reconnaître qu’une mouche, c’est sacrément pénible, très difficile à attraper, à neutraliser, du coup, vous la chassez mais elle revient sans arrêt. C’est ainsi qu’agit le Malin avec nous en venant nous agacer si souvent. Mais rappelez-vous bien que, pour ceux qui ne cherchent pas à entretenir de liens avec lui, il n’est que le Prince des mouches.
  • Autre point qui peut nous rassurer et qui est finalement lié au précédent, c’est qu’avec nous, il n’attaque jamais de manière frontale. Je l’ai dit ceux qui fricotent avec lui pourront connaître de gros problèmes, mais pas les autres. Enfin ce n’est pas totalement vrai, avec les pointures exceptionnelles, il a une stratégie plus élaborée, plus directe, utilisant plus d’armes de destruction massive. Quand on regarde la vie du curé d’Ars et de tant d’autres saints, on voit bien qu’ils ont été attaqués très fortement alors qu’ils ne cherchaient pas à fricoter avec lui ! 

Mais comme ni vous, ni moi, n’avons cette stature spirituelle exceptionnelle, nous ne risquons pas ces attaques inquiétantes si nous nous tenons à distance. Il agira contre nous avec ce titre de Prince des mouches ! Nous, nous subirons des attaques indirectes. C’est ce que je disais en parlant de nos blessures, de nos fragilités, il attaque en se servant de nos psychologies fragiles. Il peut aussi attaquer par les autres quand nous sommes victimes de calomnies, de tentations cherchant à nous faire mal réagir : on nous attaque, on nous accuse, on va rendre coup pour coup si on est un bagarreur et si on ne l’est pas, on encaisse sans rien dire, mais ça nous fait mal et un jour on s’écroule et personne n’est à l’abri. Non, la meilleure manière de réagir quand on perçoit que c’est l’Accusateur qui est à l’œuvre, c’est de faire appel au Défenseur. Gardons bien gravée dans nos cœurs cette parole de consolation de St Irénée : « Dieu a donné le Paraclet à l’Église pour que là où nous avons un Accusateur, nous ayons aussi un Défenseur. »