5 juin : vendredi 9° semaine ordinaire : Jésus, parce qu’il est juif, commente les Ecritures comme un juif et débat comme un juif … le secret de la fécondité donné par Paul.

Si jamais vous aviez un doute sur le fait que Jésus soit juif, l’évangile de ce jour vous en donne une preuve déconcertante ! Je ne suis pas sûr qu’à l’écoute de ces versets, pour le moins énigmatiques, nous nous retrouvions dans l’attitude des auditeurs de Jésus dont il nous est dit : la foule nombreuse l’écoutait avec plaisir !Oui, nous aussi, nous aimons écouter Jésus mais pas quand il parle ainsi ! En fait, ces versets nous montrent que Jésus était juif et juif jusqu’au bout des ongles ; du coup, il commentait les Ecritures à la manière des rabbis juifs de l’époque. Regardons cela de plus près.

Les responsables religieux refusent de le reconnaître comme Messie en alléguant que le Messie doit être fils de David. En fait, fils de David, Jésus l’était bien, par Joseph qui était de la descendance de David, mais pour les responsables c’est un lien familial, un peu trop « à la mode de Bretagne » selon l’expression consacrée, c’est-à-dire que ce lien ne saute pas bien aux yeux. D’une part, sa lignée royale n’est pas assez explicite et, en plus, son comportement n’arrange rien ! Sa fréquentation des petits, des pauvres, des exclus ne permet pas de lever le doute, le Messie aurait eu bien mieux à faire que de se retrouver en une telle compagnie !

C’est donc là, à la manière des rabbis, avec une technique qui nous laisse totalement désemparés, que Jésus va se servir de l’argument scripturaire pour le retourner contre ses détracteurs. Si l’argumentation nous laisse perplexe, nous pouvons au moins repérer la stratégie qui était habituellement utilisée et que Jésus prendra plusieurs fois à son compte dans les Evangiles. Dans la controverse, l’objectif n’est jamais de clouer le bec à ses adversaires avec des arguments bétons qui pourraient toujours être retournés par des esprits affutés, contre celui qui les a brandis. L’objectif, c’est plutôt, comme on dit aujourd’hui, de poser la question qui tue ! C’est-à-dire poser à ses détracteurs une question qui les mettra dans l’embarras et les obligera à quitter le débat, au moins le temps de réfléchir à ce qui vient de leur être dit. Cette manière de faire a le mérite de ne pas humilier ses adversaires en dévoilant publiquement l’ineptie de leurs raisonnements. Ils sont poussés à réfléchir en espérant que le Seigneur vienne éclairer leur réflexion et ainsi les conduise à la vérité. Nous aurions tout intérêt à nous inspirer de cette manière de faire 

Venons-en maintenant à la 1° lecture qui nous promet un extraordinaire programme de réjouissances : « Tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution. Quant aux hommes mauvais et aux charlatans, ils iront toujours plus loin dans le mal, ils seront à la fois trompeurs et trompés. »Quand Paul écrit ces lignes, il sait de quoi il parle ! Il ne fait pas une vague annonce en imaginant que l’évangélisateur connaîtra quelques oppositions. Non, c’est ce qu’il tire comme conclusion de son vécu et il donnera à plusieurs reprises le témoignage de ce qu’il a dû souffrir. 

Il ne s’agit pas de casser le moral de ceux qui veulent devenir des disciples missionnaires ardents, mais de les prévenir. Ça ne sera pas une partie de plaisir tous les jours ! Et il faut notamment que les nouveaux convertis, au cœur ardent, soient prévenus. C’est vrai que lorsqu’on part pour la mission, avec un cœur de feu, on part pour la Gloire : c’est le Seigneur qu’on annonce, alors vous allez voir ce que vous allez voir, ça va dépoter ! Parfois il pourra y avoir une part d’orgueil personnel ou communautaire : les autres, avant moi ou les autres communautés avant notre communauté, n’ont pas été suffisamment saints, mais avec moi, avec nous ça va changer ! Et en fait, ça ne change pas aussi vite que nous l’aurions imaginé ! 

Jésus nous avait prévenu : le disciple n’est pas au-dessus de son maitre ! Benoit XVI aimait citer ce proverbe allemand : le succès n’est pas un nom de Dieu. Bien plus fondamental que le succès qui, souvent est un cadeau du diable qui cherche à nous perdre en nous laissant nous griser, de nos succès, il y a la fécondité. Et la fécondité, toute l’histoire de l’Eglise l’atteste elle s’obtient par des vies données jusqu’au bout. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il ne porte pas de fruit ! Nous le vérifions avec la fécondité de la vie donnée de Jésus et, à sa suite, avec la fécondité de la vie donnée de tant de martyrs, rendus forts par ma grâce de Dieu pour témoigner de l’amour en allant jusqu’au bout car il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie.

Alors, quand nous sommes confrontés à l’adversité, n’allons surtout pas imaginer que ces difficultés démontrent forcément que nous sommes de piètres évangélisateurs ! C’est presque le contraire ! Faisons attention quand nous pensons que si nous étions tous des saints, le monde se convertirait tout de suite … pas sûr parce que le Prince de monde reste actif ! J’aime beaucoup ce qu’avait dit un jour le cardinal Danneels dans une interview (donnée à la revue 30 jours en 2003) : « Si du Pape au dernier des fidèles, nous étions tous des saints, si notre témoignage était limpide et notre mission méritoire, il n’est pas dit que tous les gens viendraient pour cela se masser avec impatience aux portes de nos églises pour y entrer. Peut-être nous haïraient-ils davantage. Comme ils l’ont haï Lui, le Christ, sans motif ! »

La vie de St Boniface que nous célébrons aujourd’hui en est une belle illustration. Il s’est voué à l’évangélisation, même à 80 ans, il avait encore des projets d’évangélisation et pourtant, rien n’a jamais été simple dans sa vie. Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grâce de ne rechercher que la fécondité dans tout ce que nous entreprenons.

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