7 juin : Vigile de Pentecôte

Comme il y a une veillée pascale la nuit de Pâques, nous avons vécu une très belle veillée « Pentecostale » … voici l’homélie !

Vous avez entendu comment commençait l’Evangile : Au jour solennel où se terminait la fête des Tentes. Je l’ai souvent dit, dans les Ecritures, aucun détail n’est inutile et c’est même souvent en scrutant les détails qu’on peut goûter la saveur subtile de l’Evangile. La Fête des Tentes, appelée « Soukkot » par nos frères ainés dans la foi, les juifs, est une grande et belle fête qui dure une semaine. Si St Jean a pris soin de souligner que les paroles de Jésus ont été prononcées au terme de cette fête de Soukkot c’est parce que cette fête va leur donner une coloration particulière. Permettez-moi donc de vous donner quelques explications concernant cette fête et vous comprendrez vite le rapport avec la fête de Pentecôte. J’avais eu la chance, au cours de mes études, de suivre un cours sur les traditions juives, je vous en fais donc profiter … après avoir rafraichi ma mémoire en lisant quelques articles sur internet.

Il y a un commentaire rabbinique qui dit : « celui qui n’a pas vu la joie du puisage de l’Eau pour la fête de Soukkot ne peut pas connaître ce qu’est la vraie joie ! » Ce commentaire fait allusion à un rite très important de la fête, ce moment où le grand-prêtre allait puiser l’eau à la piscine de Siloé. Mais pour comprendre la portée de ce rite, il est bon de commencer par décrire un peu ce qui se passait dans la fête de Soukkôt. 

Cette fête arrive juste après ce il est convenu d’appeler « les jours de grande austérité ». C’est au cours de la fête de Roch Hachana que les juifs fêtent le nouvel an ; ensuite, ils entrent dans cette période de 10 jours qu’ils appellent donc « les jours austères » qui préparent à la fête du Yom Kippour. La fête de Kippour fait mémoire du pardon définitif accordé par Dieu au peuple hébreu après la faute du veau d’or. Du coup, durant ces jours austères, chacun est invité à examiner sa vie, ses trahisons, ses moments d’idolâtrie, ses médiocrités pour se préparer à accueillir le grand pardon au cours de la fête du Yom Kippour. 

Quand on a vécu des jours austères, on est forcément très content d’entrer dans une autre phase. Et cette fête de Soukkot propose vraiment d’entrer dans la joie. D’ailleurs, le judaïsme ose dire qu’à Soukkot, la joie est obligatoire ! Et pourquoi donc la joie sera-t-elle obligatoire ? Eh bien, parce que la fête de Soukkot fait mémoire d’une expérience spirituelle fondatrice. Elle rappelle les années vécues au désert, années de grand dépouillement, certes, mais au cours desquelles le peuple a expérimenté la bienveillance de Dieu qui ne l’a jamais laissé manquer de l’essentiel.

C’est pour se rappeler de cela que tous les juifs sont invités à construire chez eux une soukka, c’est-à-dire une cabane, une tente dans laquelle la famille vivra pendant une semaine. Cette cabane peut être construite dans le jardin si on en a un, sur le balcon, ou carrément dans la salle à manger si on est dans un modeste appartement. Et, pendant une semaine, normalement, plus personne ne va dormir dans sa chambre, plus personne ne mange à table, quand on est à la maison, on vit tous sous la cabane. On peut imaginer la joie des enfants qui adorent les cabanes ! Pendant une semaine, les juifs essaient de revivre un peu les conditions précaires du désert pour revivre cette expérience spirituelle qu’on peut résumer en ces mots : ce ne sont pas nos biens qui nous assurent une protection, mais l’amour bienveillant du Seigneur.

Cette fête de Soukkot est donc une invitation de Dieu à oublier un peu nos difficultés qui sont souvent des difficultés de gens bien installés dans la vie, d’oublier la crise … pour nous réjouir pleinement en Dieu, et puiser notre joie en Dieu car il est avec nous et nous accompagne tous les jours. La leçon de cette fête est donc magnifique : Même dans nos déserts, la joie peut-être présente en nous, car la source de notre joie, ce ne sont pas nos réussites et tout ce que nous possédons, la source de notre joie, c’est de savoir et d’expérimenter que Dieu est avec nous. Je le redis, pour les juifs, à Soukkot, la joie est obligatoire. Ne pas être dans la joie serait le signe qu’on doute que Dieu nous accompagne, aujourd’hui encore comme il l’avait fait dans le désert ! La joie peut donc être obligatoire car cette joie de Soukkot n’a rien à voir avec une joie liée à un bien-être, à une situation agréable de réussite, à un moment où tout nous sourit dans la vie. 

La joie de Soukkot, c’est carrément la joie de la sobriété heureuse et, bien plus encore, cette joie est une joie théologale, c’est-à-dire qu’elle a sa source en Dieu. Cela signifie que cette joie, nul ne pourra nous la ravir puisqu’elle ne dépend pas de nous, de nos états d’âme, mais de Dieu qui manifeste sa fidélité bienveillante en restant à nos côtés. 

Et, l’apothéose de cette fête de Soukkot, à l’époque où il y avait le Temple, c’était quand le grand prêtre descendait à la piscine de Siloé. Là, il remplissait un vase d’or avec de l’Eau qu’on appelait « l’eau de la guérison et de l’inspiration divine » qui était déjà perçue comme l’eau de l’Esprit Saint. Avec ce vase, rempli de cette eau, le grand prêtre retournait ensuite au Temple, où il était accueilli au son des trompettes d’argent. Un chœur de Lévites chantait les fameux psaumes du Hallel, c’est-à-dire les psaumes 113 à 118 et tout le monde agitait ses bouquets de feuillage en entonnant ce chant dont les paroles nous sont familières : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est le Dieu tout puissant, Il nous éclaire de sa Lumière. » Vous comprenez que tout cela éclaire aussi de manière étonnante notre fête des Rameaux.

Après cela, le grand prêtre tournait 7 fois autour de l’autel et y versait, dans une allégresse indescriptible, cette eau de la guérison. Des milliers de personnes venaient à Jérusalem pour cette cérémonie finale et nocturne. Chacun portait une torche. Des milliers de lumières brillaient et entouraient celles des 4 grandes Ménorahs, ces grands chandeliers à 7 branches du Temple. C’est donc pour cela qu’on disait : « celui qui n’a pas vu la joie du puisage de l’Eau pour la fête de Soukkot ne peut pas connaître ce qu’est la vraie joie ! » Puisque cette eau de la guérison symbolisait l’Esprit-Saint, il n’était donc pas étonnant qu’elle puisse provoquer ce déferlement de joie, dans cette féerie de lumières ; en effet, l’Esprit-Saint est l’Esprit d’allégresse. 

Après ce long détour, revenons à notre Evangile pour tirer les marrons du feu ! C’était donc le dernier jour de la fête de Soukkot, dans le Temple, que Jésus va faire cette prophétie extraordinaire : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui, comme l’a dit l’Ecriture. Il dit cela à propos de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Je veux tirer deux conclusions à partir de cette parole de Jésus relue dans le contexte de la fête de Soukkot.

  • 1° conclusion : Par cette parole, Jésus annonce que la joie ne sera plus le résultat d’un rituel, d’un décorum mais que c’est l’Esprit-Saint qui fera sourdre cette joie dans les cœurs. En effet, l’Esprit-Saint est l’Esprit d’allégresse. Saint Luc nous rapporte que c’est sous l’action de l’Esprit-Saint que Jésus a pu exulter de joie. Lc 10,21. St Paul, nous l’avons vu ce matin, classe la joie dans les premiers fruits du Saint-Esprit. La joie était obligatoire à Soukkot, désormais, elle devient comme naturelle à ceux qui croient, qui ont bu à la source du cœur de Jésus d’où jaillit l’Esprit.
  • 2° conclusion : Jésus promet à tous ceux qui se laissent habiter par le St Esprit, puisé à son cœur, que des fleuves d’eau vive couleront en eux. C’est l’annonce d’une profusion, Jésus ne parle pas d’un filet d’eau, mais de fleuves d’eau vive. Le Veni Creator, le dit, le Saint-Esprit est le don par excellence, le don suprême, celui qui laisse agir en lui le Saint-Esprit, le don de Dieu, reçoit une cascade de dons. Il en reçoit tellement qu’il pourra devenir une oasis ambulante pour désaltérer ceux qui vivent autour de lui et qui sont à sec, de joie et d’amour.

Un commentaire rabbinique explique que « à Soukkot, nous devons frapper des mains, danser avec nos pieds jusqu’à agir sur le sol sur lequel nous dansons. Nous devons chanter avec notre bouche au point que notre existence ne soit plus que joie. » Seigneur, qu’il en soit ainsi ! Que notre joie puisse agir sur le sol où tu as planté chacun d’entre nous au point de le transformer et de permettre à la joie d’habiter tous les cœurs. Et que cette joie que nous allons chanter avec notre bouche en cette fête de Pentecôte nous entraîne dans une existence qui ne soit plus que joie ! C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.

Laisser un commentaire