Moi, quand j’entends ce récit de l’appel de Lévi-Matthieu qui nous était rapporté dans l’Evangile, j’ai tout de suite, devant les yeux l’extraordinaire tableau du Caravage représentant cet appel, tableau qu’on peut voir à l’église St Louis des Français à Rome. Si vous voulez le voir avant votre prochain voyage à Rome, allez sur internet ! Dans ce tableau, il y a deux doigts pointés : le doigt de Jésus pointé sur Matthieu assis à son bureau de change et le doigt de Matthieu pointé sur lui-même. Très belle astuce du Caravage pour montrer que Matthieu n’arrive pas à croire que Jésus puisse l’appeler, lui, le collecteur d’impôts. En pointant son doigt sur lui, il demande, comme une confirmation à Jésus : tu es sûr que tu ne t’es pas trompé en me montrant du doigt ? Tu es bien sûr que c’est moi que tu veux ? Regarde qui je suis, quel métier je fais, tu dois faire erreur !
Dans le texte d’Evangile, d’aujourd’hui, ce n’est pas Matthieu qui est étonné, mais ce sont les scribes, les pharisiens. Ce qui va obliger Jésus à mettre les points sur les i : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Et j’ai envie de rajouter que Jésus est toujours dans les mêmes dispositions ! J’aime ce passage de la lettre aux Hébreux qui dit justement : Jésus est le même hier, aujourd’hui et à jamais. (Hb 13,8) Non, il n’a pas changé ! Aujourd’hui encore, Jésus appelle des pécheurs, des malades, des canards boiteux !
Nous sommes venus à cette prière de guérison parce que nous avons quelque chose qui cloche dans notre vie, que ce soit au plan physique, psychologique, spirituel ou affectif. Et nous avons demandé, avec foi, à Jésus de nous visiter et, s’il le voulait, de nous guérir, maintenant, nous lui faisons confiance, mais ce texte d’Evangile vient comme nous inviter à croire aussi que nous n’avons pas besoin d’attendre d’être guéris pour répondre à l’appel du Seigneur qui, finalement, nous dit comme à Matthieu : j’ai besoin de toi, veux-tu m’aider à faire du bien ? Faire du bien, pas à l’autre bout du monde, mais là où tu vis, en rayonnant l’amour que je veux mettre en toi.
Alors évidemment, nous aurions envie de réagir à la manière de Matthieu dans le tableau du Caravage en pointant notre index sur nous comme pour lui dire, nous aussi : Tu es bien sûr que c’est moi que tu veux ? Regarde comme je suis cabossé, ce n’est pas possible, tu dois faire erreur ! Et alors, il nous faut réentendre ce que Jésus disait aux scribes et pharisiens et accueillir cette parole pour nous : Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. Je complète : je ne suis pas venu appeler des supermans ou des superwomans, mais je suis venu appeler tous ceux qui ont un cœur et qui voudraient rayonner l’amour et je suis sûr que c’est ton cas. Et si tu veux répondre tes blessures, tes fêlures peuvent même devenir un atout.
Vous connaissez sans doute ce merveilleux texte qui explique de manière très imagée et très belle ce que je suis en train de dire : Quelque part, très loin, dans un pays chaud. Une vendeuse d’eau, chaque matin, se rend à la rivière, remplit ses deux cruches d’eau, part vers la ville distribuer l’eau à ses clients. Une des cruches, fissurée, perd de l’eau. L’autre, toute neuve, rapporte plus d’argent. La pauvre fissurée se sent inférieure. Elle décide, un matin de se confier à sa maîtresse. “Tu sais, dit-elle, je suis consciente de mes limites. Tu perds de l’argent à cause de moi, car je suis à moitié vide quand nous arrivons en ville. Pardonne mes faiblesses” Le lendemain, en route vers la rivière, la vendeuse interpelle la cruche fissurée et lui dit :
– Regarde au bord de la route…
– C’est joli, c’est plein de fleurs, répond la cruche
– C’est grâce à toi, réplique la maîtresse. C’est toi, qui chaque matin, arrose le bas-côté de la route ! La providence divine a laissé des graines se répandre tout au long de la route, et toi, sans le savoir, et sans le vouloir, tu arroses chaque jour…
Et alors, nous avons comme une belle confirmation de tout ce que je viens de dire dans la 1° lecture qui nous racontait le choix du 1° roi pour le peuple des hébreux, le choix de Saül. Vraiment ce Saül fut un triste individu qui n’a pas fait beaucoup de bien. Mais alors, pourquoi a-t-il été choisi ?
Eh bien, c’est comme si Dieu avait voulu donner une leçon aux hommes. Le 1° roi, il l’a choisi selon les critères humains, vous avez entendu la description qui était faite de lui : Il y avait dans la tribu de Benjamin un homme appelé Kish. C’était un homme de valeur. Il avait un fils appelé Saül, qui était jeune et beau. Aucun fils d’Israël n’était plus beau que lui, et il dépassait tout le monde de plus d’une tête. Extérieurement, Saül était un homme zéro défaut ! Il est jeune, il est beau, il est grand, il est encore meilleur que son père qui était pourtant déjà extrêmement bon. Oui, mais ça, c’est l’extérieur et très vite, les hébreux vont se rendre compte que l’intérieur ne correspondait pas à l’enveloppe extérieure, aux apparences que donnait à voir cet homme. Les années qu’il passera à la tête de ce peuple vont être terribles, il était guerrier, ambitieux, jaloux, aujourd’hui, on dirait « pervers narcissique » et il fera beaucoup de mal.
En le choisissant, c’est comme si Dieu nous disait : attention à ne pas vous fier à l’apparence ! Il y a des personnes qui ont belle apparence et qui ne sont pas bonnes et d’autres qui peuvent être cassées et qui sont si bonnes ! Alors, quand Dieu choisira le successeur de Saül, le jeune David, il donnera une autre leçon complémentaire puisqu’il choisira, dans une famille, celui qui était le plus jeune, le plus frêle, celui qui n’avait pas une apparence extraordinaire et il dira pour justifier ce choix si étonnant : Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur.
Frères et sœurs, c’est notre cœur que le Seigneur regarde et si nous avons bon cœur, le reste lui importe peu ! Avec un cœur bon, même entouré de nombreuses blessures, fêlures, le Seigneur peut faire des merveilles pour peu que nous nous ouvrions à lui. Alors par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce d’ouvrir grand nos cœurs et de lui faire une infinie confiance.
