2 février : présentation de Jésus au Temple … sens de la purification.

Il n’est sans doute pas inutile de dire un petit mot sur le sens de ce rite de purification prévu par le Judaïsme pour les femmes 40 jours après l’accouchement. Car c’est la fin de ce temps de purification qui est à l’origine de la démarche de Joseph et Marie, comme le mentionnait le début de l’Evangile : « Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification. » Nous le savons le judaïsme comportait toute une série de lois régissant le pur et l’impur dont un certain nombre qui concernaient la sexualité. Au 7° jour après la fin de ses règles, une femme était tenue d’accomplir ces rites, de même 40 jours après un accouchement. Nous, nous avons du mal à comprendre tout cela et nous pouvons même trouver très étonnant ce lien entre impureté et sexualité. Je ne dis pas que le judaïsme a été parfaitement indemne d’une telle association d’idées… comme le christianisme d’ailleurs ! Mais il y a aussi une autre manière de comprendre cet impératif de purification notamment après l’accouchement et qui serait tout à fait adaptable au cycle de la femme. Pourquoi la femme doit-elle se purifier ?

Pour le comprendre, nous pouvons faire le détour par un geste liturgique que le prêtre effectue à la fin de la messe. Quand la communion est finie, le prêtre va « purifier » la patène et le calice. Pourquoi donc purifier ces coupes alors qu’elles viennent de contenir ce qu’il y a de plus pur, le Corps et le Sang de Jésus offert en sacrifice ? Eh bien, en donnant ce nom de purification à ce rite, l’Eglise a repris l’un des sens que le judaïsme donne à ce mot. Le rite de purification permet à des personnes ou à des objets de sortir de la sphère du sacré pour retourner à la vie profane. Les prêtres, après leur service au Temple se purifiaient ; bien sûr, ils le faisaient aussi avant leur service pour s’y préparer, mais ça on le comprend bien. Pourquoi le faisaient-ils aussi après alors qu’ils n’avaient évidemment contracté aucune impureté en accomplissant ce service puisqu’ils se sont approchés de Dieu ? Eh bien, parce que c’était un passage obligé pour retourner à la vie profane en quittant ce lieu sacré. C’est pour cela que mes coupes de l’Eucharistie, après leur utilisation sacrée dans la messe, doivent être purifiées avant de retourner au profane dans la sacristie. Il en va de même pour la femme après son accouchement, et là, ça devient très beau.

Cette femme, pendant 9 mois, elle a porté son enfant et l’a mis au monde ; dans ce grand mystère de la vie, la femme a été comme configurée à Dieu, car, finalement, Dieu seul peut donner la vie. Portant ce mystère de vie, la femme était devenue absolument sacrée et, après avoir donné la vie, elle est restée sacrée pendant cette durée symbolique de 40 jours. C’est pourquoi, pendant toute cette période, l’homme devra respecter sa femme sans s’approcher d’elle par les gestes de la sexualité. Au 40° jour, la femme va reprendre sa vie de femme et ce rite de la purification rappelle qu’elle sort d’une période, non pas où elle était impure, mais où elle était sacrée parce qu’associée de manière particulière au mystère de la vie, de Dieu qui donne la vie. Certes, comme nous aimions le chanter, tout homme, toute femme est, en permanence, une histoire sacrée, mais il y a des moments où ça apparait de manière si claire que les rites vont le montrer. 

J’ai fait une petite recherche sur la manière dont se passait ce rite de purification, je vous la partage : tout commençait, de manière très privée, par un bain dans une baignoire prévue pour les ablutions et ensuite, il y avait ce rite public, au Temple, dans lequel il fallait offrir un agneau. Seulement, voilà, un agneau, c’était cher pour des pauvres, alors ils obtenaient une dérogation en offrant juste un couple de tourterelles ou deux petites colombes. C’est ce que va offrir Marie, nous dit l’Evangile, manifestement leur famille est d’emblée du côté des pauvres.

Tout cela pourrait rester anecdotique et sans grand intérêt apparent pour nous aujourd’hui. En fait, je pense qu’on peut aller plus loin. D’abord, nous serions bien inspirés de redonner à la vie, particulièrement la vie intra-utérine ce caractère sacré qu’elle avait dans le judaïsme de l’époque. Tant d’enfants sont blessés à vie en raison de ce qu’ils ont subi dans leur vie intra-utérine, qu’il s’agisse de grossesse non-désirée, de tensions relationnelles entre parents ou de l’addiction d’un ou des deux parents. Mais surtout, ce qui me parle, c’est de voir Marie et Joseph respecter la loi. Il y a 3 mentions au début du texte du respect de la loi et encore une autre vers la fin du texte. 

C’est dire si ce respect de la loi n’est pas un détail. Marie et Joseph aurait pu s’en dispenser en disant : pour nous, ce n’est pas pareil, notre enfant est tellement différent des autres, la manière dont nous l’avons accueilli est tellement différente. Ils ne l’ont pas dit ! 

Maintenant, j’aimerais insister sur un point qui m’est inspiré par la 1° lecture. Si Malachie avait été à la place de Syméon, il aurait été bien surpris ! Malachie avait prévu un scénario quasi-Hollywoodien pour la venue du Messie, pour sa première apparition, un scénario à la mesure de leurs espérances. Eh bien, le scénario choisi par Dieu et mis en œuvre par Marie et Joseph et les autres « acteurs » de la fête, raconté dans cet Evangile a de quoi les faire déchanter … et peut-être nous avec eux ! Car, nous rêvons tellement que Dieu soit puissant, qu’il puisse imposer l’amour même par la force s’il le fallait ! Eh bien, ce n’est pas du tout le scénario choisi par Dieu, rien d’Hollywoodien ! Depuis la crèche de Bethléem, Dieu a montré que sa toute-puissance n’était qu’une toute-puissance d’amour, or l’amour sera toujours fragile, il ne pourra que se proposer sans jamais s’imposer. Certes quand l’amour est accueilli, il donne des ailes, mais il ne pourra se dire que dans la fragilité. 

Et c’est bien ce qui se passe dans cet Evangile, il n’y a que des êtres fragiles : un bébé de 40 jours, un couple qui n’a même pas assez d’argent pour offrir un agneau, un vieillard qui dit lui-même qu’il va bientôt mourir et une arrière-grand-mère de 84 ans ! Difficile d’imaginer un tableau qui dise mieux la fragilité que Dieu a choisie d’épouser pour se révéler.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, gardons dans notre mémoire spirituelle le tableau de cette présentation de Jésus au Temple composé de toutes ces personnes fragiles. Que ce tableau nous aide à consentir aux pauvretés de notre Eglise, aux pauvretés de nos communautés et, bien sûr, à nos propres pauvretés ! C’est de ce consentement que jaillira la véritable fécondité.

Cette publication a un commentaire

  1. Marie Anne Labois

    Bonjour Père Roger. Merci pour cette homélie qui m’a beaucoup éclairée !
    Je vous souhaite une bonne fin de journée et une belle semaine.
    Je vais regagner Châteauneuf jeudi et vous garde dans la prière.

Laisser un commentaire