12 mai : mardi 6° semaine pascale : hiérarchiser nos priorités … combattre la tristesse.

Je vous l’ai dit : j’aime le livre des Actes. Alors, ce que je retiens, aujourd’hui, de la 1° lecture qui nous raconte cette libération rocambolesque de Paul et Silas, c’est le souci fraternel qui animait ces extraordinaires missionnaires de l’Evangile. Nous avons entendu comment tous les détenus, pas seulement Paul et Silas, tous les détenus de cette prison de Philippes ont été libérés de leurs liens et ont vu les portes s’ouvrir, suite à ce divin tremblement de terre. On comprend la réaction du gardien qui voulait se suicider, châtiment qui lui semblait préférable à celui qu’il allait devoir endurer quand les autorités allaient découvrir la catastrophe. Paul va arriver à le convaincre de ne pas se suicider, car, en fait, et c’est totalement fou, tout le monde aurait pu s’évader, mais personne ne l’a fait ! Réalisant cela le gardien comprend qu’il est face à un phénomène divin qui le dépasse, il entame donc un dialogue avec Paul et va recevoir une préparation expresse au baptême avec tous ceux de sa maison. Et, tout se termine par un repas de joie. Merveilleux !

Oui, merveilleux, mais que va devenir ce gardien, nouveau chrétien, quand les responsables de la prison vont découvrir que ceux qu’il devait garder ne sont plus là ? Eh bien, chose étonnante, en lisant la suite, on se rend compte que Paul et Silas ont dû retourner ensuite très sagement dans leurs cellules, précisément pour que le gardien n’ait pas de problème. Et c’est là qu’au petit matin, les autorités vont ordonner leur libération officielle. Mais, coup de théâtre, Paul et Silas refusent de sortir car ils estiment avoir été victimes d’injustice en étant emprisonné sans aucun procès.

Je trouve cela assez merveilleux parce que, dans tout ce passage, on voit que Paul n’est pas d’abord préoccupé par son propre sort ni de celui de Silas, mais il est préoccupé avant tout par celui de ce nouveau frère, gardien de prison, c’est ce qui lui fait poser ce geste fou : retourner en prison pour ne pas créer de problèmes au frère. Et ensuite, au moment où il pourrait profiter de la liberté qu’on lui offre, il est préoccupé de la justice qu’il place comme un bien supérieur à sa propre liberté, c’est pour cela qu’il demande que justice soit faite. Quel bel exemple de hiérarchisation très réussie des priorités !

Venons-en à l’Evangile pour lequel il faudrait avoir beaucoup de temps parce que les différentes affirmations de Jésus mériteraient toutes un bon commentaire. Nous sommes toujours dans le discours d’adieu, dans l’Evangile de St Jean que Jésus prononce, au moment du dernier repas partagé avec ses disciples. Jésus leur annonce son départ et, tout naturellement, ce départ provoque une grande tristesse chez les disciples. Dans les paroles que nous avons entendues, Jésus va demander à ses disciples de combattre cette tristesse. Bien sûr, Jésus est capable de comprendre cette tristesse affective causée par son départ puis son absence. Mais il ne veut pas que ses apôtres se complaisent dans cette tristesse affective parce que, si elle n’est pas combattue, elle risque de s’installer dans leurs cœurs et de se transformer en amertume permanente, en pessimisme.

Tout cela m’a rappelé une très belle catéchèse du pape François. Il avait effectué toute une série d’enseignements, au cours des audiences du mercredi, place St Pierre, sur les vices et vertus. Il a donc abordé le thème de la tristesse, l’un des vices les plus terribles selon lui puisqu’il l’avait appelée, « l’élixir du diable » !

Il précisait d’abord qu’il y a une forme de tristesse qui est saine et qu’il nous faudrait plus souvent être tristes de cette tristesse-là : c’est-à-dire de ne pas être à la hauteur, de constater les perturbations occasionnées par notre péché, nos infidélités. Mais ce n’est pas sur cette forme de tristesse, trop peu répandue, qu’il souhaitait faire réfléchir. 

Voilà ce qu’il disait : Il existe une 2° tristesse, qui au contraire, est une maladie de l’âme. Elle naît dans le cœur de l’homme lorsqu’un désir ou une espérance s’évanouit. La dynamique de la tristesse est liée à l’expérience de la perte. Dans le cœur de l’homme naissent des espoirs qui sont parfois déçus. Il peut s’agir du désir de posséder quelque chose que l’on ne peut pas obtenir, mais aussi de quelque chose d’important, comme une perte affective. Lorsque cela se produit, c’est comme si le cœur de l’homme tombait dans un précipice, et les sentiments qu’il éprouve sont le découragement, la faiblesse d’esprit, la dépression, l’angoisse. Nous passons tous par des épreuves qui génèrent en nous de la tristesse, parce que la vie nous fait concevoir des rêves qui se brisent ensuite. Dans cette situation, certains, après un temps de trouble, s’en remettent à l’espérance ; mais d’autres se complaisent dans la mélancolie, la laissant s’envenimer dans leur cœur… C’est un démon sournois que celui de la tristesse. Les pères du désert la décrivaient comme un ver du cœur, qui ronge et vide ceux qui lui font l’hospitalité. N’oubliez jamais que la tristesse peut être une très mauvaise chose qui finit par nous conduire au pessimisme, à un repli sur soi difficile à guérir. Même si la vie peut être remplie de contradictions, de désirs déconfits, de rêves non réalisés, d’amitiés perdues, grâce à la résurrection de Jésus, nous pouvons croire que tout sera sauvé. Jésus est ressuscité non seulement pour lui-même, mais aussi pour nous, afin de racheter tous les bonheurs restés inachevés dans notre vie. La foi chasse la peur, et la résurrection du Christ dégage la tristesse comme la pierre du tombeau. Chaque journée de chrétien est un exercice de résurrection.

Il terminait cette catéchèse en citant un écrivain françaisLéon Bloyqui disait : « Il n’y a qu’une seule tristesse, […] celle de n’être pas saint ». C’est bien pour échapper à cette tristesse que nous sommes venus en retraite alors que l’Esprit-Saint nous aide à vaincre cette vaine tristesse en faisant de nous des saints. 

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