11 mai : lundi 6° semaine de Pâques : Lydie une femme étonnante !

Le livre des Actes que nous lisons en 1° lecture depuis Pâques est un livre merveilleux puisqu’il nous raconte l’histoire de la 1° évangélisation. Autrement dit, c’est en lisant ce livre que nous pouvons comprendre comment nous pouvons devenir des évangélisateurs ou, pour reprendre la terminologie du pape François, comment nous pouvons devenir des disciples-missionnaires. C’est aussi en lisant le livre des Actes que nous pouvons comprendre comment nous sommes devenus chrétiens, comment l’Evangile s’est répandu dans le monde entier. Et, de ce point de vue, le texte d’aujourd’hui est particulièrement important.

Quand je commente la rencontre entre Pierre et Corneille qui a eu lieu à Césarée maritime, j’aime bien dire : c’est ici que nous sommes nés ! En effet, c’est à Césarée, au cours de cette rencontre, que les portes de la foi se sont ouvertes pour nous, les païens. Corneille a été le premier païen à être baptisé sans passer par le judaïsme. La décision que Pierre a prise de baptiser Corneille, décision pour laquelle le St Esprit a largement œuvré a donc ouvert les portes de la foi aux païens. C’est pour cela que, lorsque j’accompagnais des pèlerinages en Terre Sainte, à Césarée, je disais : c’est ici que nous sommes nés, c’est ici que les portes de la Foi se sont ouvertes pour nous. 

Eh bien, nous pourrions reprendre cette même expression en entendant cet épisode du baptême de Lydie dans cette ville de Philippes. Tous les chrétiens du monde ne pourraient pas en dire autant, mais, nous, les européens, nous pouvons le dire. Et, tenez-vous bien, le premier chrétien d’Europe est une chrétienne et c’est justement Lydie ! En effet, dans son 1° voyage missionnaire, Paul avait sillonné l’Asie Mineure, mais, là, au début de ce 2° voyage, il pousse plus loin et se retrouve dans les territoires qui appartiennent, aujourd’hui, à l’Europe. Paul n’a sûrement pas eu conscience de franchir les limites d’un continent, mais nous, quand nous relisons ces textes, nous constatons que tel a été le cas. En nous rapportant le baptême de Lydie, cette 1° lecture nous a donc permis d’assister en direct à la naissance de l’Europe chrétienne.

Revenons à Lydie, c’est donc à Philippe qu’elle va rencontrer Paul et se convertir au christianisme. Lydie n’est pas originaire de Philippes, elle est sûrement venue pour vendre ses tissus puisque, nous dit-on, elle est marchande de pourpre, originaire de Thyatire qui était la capitale du beau tissu, à l’époque. Cette femme, Lydie est donc une petite chef d’entreprise, ce qui n’est pas courant à l’époque et on va voir qu’elle a vraiment l’esprit de décision, caractérisant les chefs d’entreprise ! Si elle est venue à Philippes, c’est que, dans cette ville, il y a pas mal de débouchés pour écouler sa marchandise. La lecture des Actes mentionnait que c’était une colonie romaine et comme c’est une ville agréable, les militaires qui arrivaient à la retraite s’y installaient volontiers. Avec leur solde assez confortable, ils pouvaient acheter de beaux tissus à leurs épouses qui devaient déjà pratiquer le sport favori des femmes : le lèche-vitrine !

Mais, dans cette ville, il y a tellement peu de juifs qu’il n’a pas été possible d’ériger une synagogue. En effet, il faut au moins 10 hommes pour qu’une synagogue soit construite. Et là, il n’y a pas de synagogue, signe qu’il n’y a même pas 10 juifs croyants. Cela, on peut le comprendre en lisant de près ce récit des Actes. Quand Paul arrive dans la ville, comme il a encore l’habitude de le faire, il veut commencer par parler aux juifs. Pour cela, habituellement, il allait à la synagogue, mais là, on nous dit qu’il va au bord de la rivière. Dans cette ville, il n’y a donc même pas 10 hommes juifs, ce qui aurait permis d’ouvrir une synagogue, il y a juste quelques femmes et encore, elles ne sont pas toutes juives, puisque Lydie est désignée comme « adorant le Dieu unique » c’est à dire qu’elle appartenait à cette catégorie qu’on appelait les « craignants Dieu » ou les « prosélytes » qui partageaient la foi en un Dieu unique mais qui n’avait pas totalement embrassé la religion juive et toutes ses prescriptions.

Lydie est attentive aux paroles de Paul et le texte précise que Dieu avait « ouvert son cœur », la traduction liturgique parle d’ouverture de son esprit, c’est dommage parce que le texte grec parle de l’ouverture de son cœur. Pourquoi c’est important ? Tout simplement parce que dans la Bible, le cœur, c’est le lieu dans lequel se prennent toutes les décisions importantes. 

Pour que Lydie décide de se convertir, ce n’est donc pas d’abord son intelligence qui avait besoin d’être touchée mais son cœur. Il en va encore ainsi aujourd’hui, la conversion commence toujours par une ouverture du cœur, l’intelligence viendra après.

Lydie se convertira ce jour-là parce que Dieu avait, en fait, déjà commencé un travail en elle depuis bien longtemps. Elle avait commencé par s’éloigner des superstitions païennes pour embrasser la foi au Dieu unique, son cœur était donc mûr pour accueillir la prédication de Paul. Elle est tellement bien préparée qu’après les paroles de Paul, elle veut tout de suite recevoir le Baptême … c’est une chef d’entreprise, une femme de décision, quand c’est le moment, c’est le moment ! Et elle va montrer encore son tempérament de feu par un autre détail que nous révèle le livre des Actes : Il nous est dit que toute sa maison va être baptisée aussi. Elle a tout de suite été voir les siens, familles et serviteurs pour leur annoncer la Bonne Nouvelle et elle a dû y mettre tellement de conviction que tous vont se faire baptiser. Pas plutôt baptisée, elle évangélise, quelle énergie chez Lydie ! 

Avec Lydie, comme vous le constatez, ce n’est pas une évangélisation mollassonne que nous découvrons ! Je ne sais pas si Sainte Lydie est patronne de quelque chose, ce qui est sûr, c’est qu’elle n’est pas la patronne de la procrastination ! S’il y en a une qui ne remet pas au lendemain ce qu’elle peut faire le jour-même, c’est bien elle ! 

Dès le début de cette retraite, nous pouvons donc demander l’intercession de Lydie pour qu’elle nous obtienne de ne pas procrastiner au long de ces jours, que nous soyons prompts à mettre en œuvre ce que le Seigneur nous demande. Que par son intercession, nous soyons revêtus de l’Esprit-Saint, cet Esprit sans lequel, comme le dit Jésus dans le texte d’Evangile, nous ne pourrons pas devenir de vrais témoins, de vrais disciples-missionnaires, capables de faire face à toutes les situations, même les plus compliquées.

Et puis, il y a la fin qui est remarquable quand Lydie oblige Paul à demeurer chez elle, alors que Paul ne voulait pas vivre aux crochets de ceux qu’il évangélisait. Mais vous connaissez le dicton : ce que femme veut, Dieu le veut ! Paul sera obligé d’accepter. Ici, à La Flatière, ce dicton, on peut aussi l’appliquer à la femme qui est la grande maitresse de maison de ce Foyer, elle veut que nous puissions accueillir tous les cadeaux que le Seigneur a préparés pour chacun … alors, puisque ce que femme veut, Dieu le veut, qu’il en soit ainsi !

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