Hérode avait peur de Jean : il savait que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait ; quand il l’avait entendu, il était très embarrassé ; cependant il l’écoutait avec plaisir. Ces paroles sont très importantes pour comprendre la situation d’autant plus qu’en lisant le texte d’Evangile, on a l’impression que, même mis en prison, Jean-Baptiste continuait, par ses paroles décapantes à toucher le cœur d’Hérode. Alors, on peut facilement imaginer que ça rendait Hérodiade furieuse, encore plus déterminée à le supprimer … on ne sait jamais, si Jean-Baptiste finissait par convaincre Hérode, elle serait chassée du palais ! Or, avec Hérode, elle menait grande vie, du coup, la perspective de rentrer dans le rang ne séduisait guère Hérodiade. Elle avait dû tant de fois se demander comment parvenir à ses fins, comment supprimer ce gêneur et voilà que l’occasion de faire taire de manière définitive cette voix dérangeante lui est offerte sur un plateau si je peux me permettre l’expression ! Elle voit Hérode baisser la garde. Il a donné un banquet, vraisemblablement, il a abusé du vin, en plus, il est émoustillé par la danse de la fille de sa femme qui est en fait sa nièce !
Tous les ingrédients sont réunis pour qu’il perde son self-contrôle et c’est bien ce qui se passe quand il fait cette promesse : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. » Il faisait cette promesse sans trop de crainte, la fille d’Hérodiade était belle, mais peut-être pas trop futée, la preuve, elle ne sait pas ce qu’elle doit demander alors que la promesse était alléchante ! Seulement voilà, ne sachant pas quoi demander, elle va trouver sa mère qui, elle, savait parfaitement ce qu’elle voulait ; sa vengeance était prête depuis si longtemps.
Braquons maintenant le projecteur sur Jean-Baptiste, avez-vous remarqué que, dans ce texte, on ne l’entend jamais ? Celui qui est finalement le personnage principal de ce texte est parfaitement muet. Il avait dit ce qu’il devait dire et désormais toute autre parole devenait inutile et peut-être même risquée. Il n’y aura plus de parole de la part de Jean-Baptiste qui ne cherche pas à sauver sa peau. Il n’y a plus de parole verbale, mais il y en aura uneautre bien plus éloquente, celle du martyr. Nous avons toujours besoin de nous rappeler que « martyria », en grec, signifie témoignage. Or le témoignage le plus percutant, ce n’est pas forcément celui que nous donnons en paroles quand on nous demande de témoigner devant des personnes. Bien sûr qu’il est nécessaire de parler quand on nous le demande, mais ce témoignage, nous en faisons l’expérience douloureuse, il est souvent contredit dans les heures qui suivent ! En effet, régulièrement, notre manière de vivre n’est pas à la hauteur de ce que nous venons de dire, pas à la hauteur de la foi dont nous voulons témoigner !
L’ultime parole, parole silencieuse de Jean-Baptiste, son martyr, est une parole face à laquelle nul ne pourra opposer de contradiction. Et, nous le savons, ce qui a le plus contribué à la fécondité de l’évangélisation dans les premiers siècles, c’est le martyr. Bien sûr, il y avait de très bons prédicateurs, on peut penser à la prédication d’Ambroise, le Saint évêque de Milan qui a converti Augustin que nous avons fêté hier. Mais plus que les prédicateurs, ce sont les martyrs qui ont accéléré la propagation de l’Evangile. Les opposants au christianisme, ceux qui avaient ordonné les exécutions et ceux qui avaient été les bourreaux, souvent, se sont convertis en voyant comment mouraient les martyrs. Il fallait bien que ce Christ existe pour être capable de le préférer à la vie. Selon la belle parole de Tertullien : le sang des martyrs est une semence de chrétiens.
Si nous ne sommes pas tous promis au martyr de sang, le martyr de l’amour doit être notre horizon à tous. Tous les actes d’amour vécus silencieusement, dans la discrétion seront bien plus féconds que nos paroles même les plus belles ou plutôt nos plus belles paroles demeureront stériles si elles ne sont confirmées par notre témoignage. C’est ce que Paul VI avait si bien résumé dans cette formule que nous connaissons par cœur : « Le monde contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maitres ou s’il écoute les maitres, c’est parce qu’ils sont aussi des témoins. »
Evidemment, quand nous entendons cela, si nous avons un tant soit peu d’humilité, nous pouvons nous demander si la barre n’est pas trop haute. Comment parviendrons-nous à devenir ces témoins crédibles, nous qui sommes souvent englués dans la médiocrité ?
C’est là que la 1° lecture est importante car elle nous redit que lorsqu’il nous a appelés, le Seigneur nous connaissait parfaitement, il n’ignorait rien de nos faiblesses. Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Nous n’avons pas été choisis parce que nous étions les meilleurs et Paul le précise encore en disant : aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. Oui, nous sommes faibles, souvent pas à la hauteur, mais si, conscients de nos faiblesses, nous comptons sur le Seigneur, alors il pourra nous donner la force de rendre un témoignage lumineux. D’ailleurs, dans l’histoire des martyrs, il y a en a eu tellement qui étaient si fragiles, Ste Blandine à Lyon, St Kizito en Ouganda et tant d’autres.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet et de Jean-Baptiste, que le Seigneur nous donne de devenir, dans le quotidien de nos vies, ces témoins crédibles !
