Profitant du voyage en avion (10h de vol) et du temps qui m’est donné pour bien encaisser le décalage horaire, j’en profite aussi pour lire un peu plus que d’habitude ! J’ai commencé le livre du père François POTEZ, un prêtre de Paris, « l’urgence de l’amour », qui donne ses bonnes homélies du carême et de Pâques. Ce que j’ai déjà lu me plait beaucoup et il est possible que je m’en inspire car l’Esprit-Saint pour nous inspirer peut aussi se servir de frères qu’il a lui-même inspirés … et dans ces cas-là, c’est bien de le dire ! Je commence donc dès aujourd’hui à vous en faire profiter parce que nous sommes entrés en carême et l’annonce du carême, l’entrée en carême, finalement, c’est un temps qui ne nous fait pas immédiatement frétiller de joie. Bien des homélies, bien des applications sur nos téléphones essaient de le présenter positivement, mais il reste au fond de nous ce mauvais arrière-goût quand on avale le mot !
Mercredi, avec l’entrée en carême, nous ont été présentés les 3 P du carême : prière, pénitence et partage qui évoquent les efforts que nous aurons à fournir pour vivre un carême fécond … et les efforts, ce n’est pas immédiatement ce qui nous attire. Aujourd’hui, c’est une autre forme d’exigence qui est mise sous nos yeux avec ce texte des tentations au désert, c’est la réalité du combat spirituel, un combat avec lequel nous n’en aurons jamais fini. Voilà sans doute pourquoi le mot carême est dur à avaler et laisse un arrière-goût pas franchement « fun ». Dans la préface du livre que je citais, j’ai beaucoup aimé ce que disait le père François. Il expliquait qu’il avait appris de sa mère qu’il y avait deux manières de faire le jardin, je vous le restitue à ma manière !
- Il y a ceux qui sèment, plantent conscienseusement, mais qui, après, sont obsédés par les mauvaises herbes, du coup, ils passent l’essentiel de leur temps à les enlever pour qu’on voit bien les légumes qui poussent et, peut-être aussi, qu’on admire le jardinier si appliqué ! Le jardin est « au cordeau » mais un peu triste parce que, souvent, il n’y a pas de fleurs … pas le temps de s’en occuper avec ces satanées mauvaises herbes qui reviennent chaque jour et qu’il ne faut pas laisser grandir.
- Il y a ceux qui conscienseusement sèment et plantent, eux aussi, mais sans être obsédés par les mauvaises herbes. A chaque fois qu’ils descendent au jardin, ils arrachent celles qui sont sur leur passage, mais ne se font pas un devoir de ressembler à Attila pour qu’après leur massage toute trace de mauvaise herbe ait disparu. Eux, leur passion, ce sont justement les fleurs et en attendant que les légumes de saison poussent, ils s’occupent des fleurs car ils veillent à ce qu’il y en ait quasiment toute l’année. Et d’ailleurs, ils se disent que ces belles fleurs, si elles sont assez nombreuses et vigoureuses finiront pa ne plus laisser de place aux mauvaises herbes.
Bon, alors, je sais ce que dit le proverbe : « comparaison n’est pas raison », ce qui signifie que toutes les images comparatives ont leurs limites, mais celle-là me plait bien pour parler du carême. Quel jardinier allons-nous choisir d’être durant ce carême ?
- Serons-nous obsédés par les mauvaises herbes de notre cœur, partant résolument à la chasse à nos défauts (et ceux des autres par la même occasion !), avec de belles résolutions dans les 10 premiers jours … et vite fatigués, nous constaterons amers, le vendredi saint, que ce carême, comme les précédents n’aura pas changé grand-chose ?
- Ou serons-nous des jardiniers passionnés de fleurs, décidant résolument de cultiver nos qualités (et celles des autres aussi !) en espérant que, telles de belles fleurs, elles finissent par l’emporter sur les mauvaises herbes ?
Peut-être que le combat du carême auquel nous sommes invités avec cet Evangile, c’est celui-là ! Il me faut d’abord accepter de consentir à ma pauvreté, ce qui ne signifie pas pécher allègrement ! Avec humilité et lucidité, je dois donc reconnaître que, jusqu’à ma mort, je resterai pécheur et que le Seigneur regardera toujours ma misère avec miséricorde. Il me faut croire que le Seigneur, à chaque fois que je lui porterai, dans le sacrement de la réconciliation, le fumier de mes péchés, s’en servira pour fertiliser la terre de mon jardin intérieur. Et ensuite, il me faudra consacrer l’essentiel de mon énergie, décuplée par la grâce, pour faire de mon cœur un magnifique jardin de fleurs.
C’est-à-dire qu’au lieu de me laisser obséder, comme le diable essaie de le faire, par mes défauts, mes péchés, je vais concentrer mon énergie à développer mes qualités, tous ces cadeaux que le Seigneur a disposés dans mon cœur en me demandant de m’en occuper comme un bon jardinier.
Vous imaginez comme la fête de Pâques serait belle si nous arrivions tous avec notre cœur fleuri ? Elle serait plus belle ainsi que si nous arrivons avec la tête de quelqu’un qui pense avoir raté son carême parce que les mauvaises herbes continuent à pousser ! Evidemment, si nous arrivons avec un cœur fleuri, ça ne sera pas pour espérer orgueilleusement l’emporter concours du plus beau cœur fleuri ! Non, ça sera dans l’intention d’apporter notre contribution modeste, certes, mais réel au refleurissement de notre monde, de notre Eglise. Bon carême et que Notre Dame de Laghet nous accompagne pour ces 40 jours de jardinage !
