11 avril : vendredi 5° semaine de carême. Rouspéter, oui, mais rouspéter auprès du Seigneur !

Jérémie, c’est vraiment un prophète que j’aime beaucoup parce qu’il est nature avec Dieu, quand il a envie de lui dire quelque chose, il lui dit. Il ne fait pas comme certaines personnes qui ont tellement peur de dire la vérité qu’elles font toutes une série de périphrases, ce qui fait, qu’à la fin, quand elles ont fini, vous ne savez pas ce qu’elles ont voulu dire ! Jérémie, lui, il est franco, il n’hésitera pas à rouspéter et à dire à Dieu ce qu’il pense de son comportement vis-à-vis de lui. Il faut dire que, le pauvre, il a vraiment eu un ministère compliqué, il a rencontré tellement d’épreuves qu’il a été tenté plus d’une fois de jeter l’éponge comme on dit dans un combat de boxe ! 

Vous savez d’ailleurs que, dans le langage courant, un mot a été forgé en se servant de son nom, ce sont les jérémiades qui désignent des plaintes sans fin. Mais, encore une fois, si Jérémie se plaint, il a de bonnes raisons de le faire, le début de la 1° lecture nous laissait entrevoir ce qu’il a pu endurer. Mais, s’il râle souvent, son bon réflexe, c’est de râler vers le Seigneur. Et c’est exactement ce que nous avons entendu dans la lecture : il se plaint auprès du Seigneur du complot qu’on trame encore contre lui … et ce n’est pas le premier ! Il en a tellement assez qu’il dit au Seigneur : « fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras ! » S’il ne veut pas prendre sa revanche lui-même, ce n’est pas parce qu’il aurait de la retenue, non, pas du tout ! Il compte sur Dieu parce que Dieu est plus puissant que lui alors il l’implore de donner une bonne correction à ses adversaires. Une correction dans laquelle il y aura toute la puissance divine, c’est le seul moyen pour faire réfléchir ses adversaires, avec une telle correction, ils hésiteront à recommencer ! C’est bien ce qu’il dit : « fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. »

Le bon réflexe qu’a Jérémie, c’est de ne pas se venger lui-même, mais de demander à Dieu de le faire pour lui et il le fera d’une manière bien surprenante. De fait, Dieu va mettre toute sa puissance divine à l’œuvre mais pas pour détruire, pour reconstruire. Les adversaires de Jérémie connaîtront des épreuves, mais elles ne viendront pas de Dieu. En effet, si Jérémie a eu tant de problèmes, c’est qu’il prévenait le peuple et ses dirigeants qu’ils jouaient avec le feu en cherchant des Alliances avec les puissances environnantes pour échapper à la domination de Babylone. 

Les faux-prophètes, eux, c’est vrai, ils avaient moins de problèmes, parce qu’étant payés par le gouvernement, ils prononçaient des oracles qui étaient favorables aux dirigeants et qui endormaient le peuple. Tout ça, il faudra le payer, Jérusalem sera envahi et le peuple partira en déportation à Babylone ; mais, encore une fois, ça ne sera pas la punition de Dieu ; c’est la conséquence logique des mauvais choix. Il ne faut jamais voir la main de Dieu dans les fléaux qui frappent les hommes. 

Alors, puisque Dieu ne punit pas, la revanche de Dieu, ça va être d’intervenir après la catastrophe en pardonnant pour reconstruire. Voilà ce que Dieu promet et ça sera sa revanche : « Pour le bien des déportés, je poserai sur eux mon regard et les ramènerai sur cette terre. Je les bâtirai, je ne démolirai pas ; je les planterai, je n’arracherai pas. Je leur donnerai un cœur qui me connaisse, car je suis le Seigneur ; ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur cœur. »

Quand nous n’en pouvons plus, faisons comme Jérémie, confions notre cause à Dieu, laissons-lui le soin de nous montrer la revanche qu’il prendra ! Et soyons sûrs que la revanche, telle que Dieu la prendra, sera bien plus féconde que la raclée que nous espérions lui voir donner à nos adversaires. Car voyez-vous, pour décourager quelqu’un de faire le mal, il y a deux méthodes.

  • Soit on lui fait peur en lui promettant une raclée. Il faut le reconnaître, c’est un peu comme ça qu’a agi l’Eglise pendant pas mal de temps en maniant la peur de l’enfer. Mais ça a laissé des traces sur des générations qui ont eu peur de Dieu qui n’ont jamais pu croire qu’il était ce papa qui nous tendait les bras pour nous serrer contre son cœur.
  • Soit on rend l’amour désirable et c’est délibérément la méthode choisie par Dieu dans les Ecritures ; en digne fis de son Père, c’est aussi la méthode que va employer Jésus, nous allons le méditer avec une intensité de plus en plus grande dans les jours qui viennent.

L’Evangile nous a laissé entendre que le drame approche, Jésus est tellement contesté qu’on cherche à le lapider ; nous le savons, il ne sera pas lapidé mais crucifié si injustement qu’il aurait pu souhaiter une revanche sévère. Mais nous savons aussi ce qu’a été sa revanche : sur la croix, il a imploré le pardon pour ceux qui le tuaient en disant : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! 

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce, comme Jérémie de nous tourner vers le Seigneur quand nous n’en pouvons plus et d’accueillir avec reconnaissance la manière dont Dieu aime prendre sa revanche sur ceux qui le rejettent car nous en faisons partie à certains moments !

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