Tout d’abord une précision, si vous avez l’habitude de préparer ou de suivre les textes lus à la messe sur une petite revue ou sur votre smartphone, vous avez dû être désemparés car les textes que nous avons lus ne correspondaient pas à ceux que vous avez pu lire. En effet, nous sommes dans l’année C et les textes lus sont ceux de l’année A. C’est ce que nous demande de faire l’Eglise quand il y a des catéchumènes qui vivront leurs scrutins. Il en sera donc encore ainsi pour les deux prochains dimanches. Mais qu’est-ce qu’un scrutin ? Ça n’a rien à voir avec les élections encore qu’on pourrait dire que c’est Dieu qui dit à ces catéchumènes : vous êtes les élus de mon cœur ! En fait, ce mot scrutin vient du latin « scrutinium » qui a comme sens « action de fouiller », « action de visiter. » C’est-à-dire qu’à l’approche de leur Baptême, Dieu veut continuer de visiter les cœurs de ces catéchumènes, les aider à fouiller dans le tréfond d’eux-mêmes pour qu’ils puissent faire advenir à la lumière ce qui ne serait encore pas très net, une part obscure qui demeurerait en eux afin de le purifier et de le guérir. Cette liturgie sera donc, au sens fort du terme, une rencontre salutaire pour les catéchumènes, mais aussi pour leurs accompagnateurs et nous tous qui les entourons. Ces précisions étant faites, voyons comment les lectures d’aujourd’hui éclairent cette démarche.
En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse. C’est ainsi que commençait la 1° lecture tirée du livre de l’Exode. En la méditant, je me suis dit que si elle était écrite aujourd’hui, c’est exactement l’inverse qui serait dit : En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant de soif, souffrait de l’abondance ! Oui, ce dont souffrent le plus nos sociétés occidentales, c’est du manque de soif parce qu’il y a une surabondance de biens de consommation qui sont mis à notre disposition. Certes, chez nous, il y a des gens qui galèrent, qui sont en situation de grande précarité, mais il y en a aussi beaucoup qui ont trop. Et, quand on a trop, on finit par ne plus rien désirer ou désirer seulement des futilités, on n’a plus soif ou soif de futilités. Chers catéchumènes, ce que je viens de dire résume sans doute votre cheminement. Dans votre histoire, il y a eu un moment où vous avez compris que rêver de consommer toujours plus, d’avoir les derniers gadgets à la mode, de faire des sorties mondaines, des voyages en des lieux paradisiaques, tout ça ne pouvait pas étancher une soif fondamentale qui vous habitait.
Quelle était donc cette soif ? La soif d’aimer et d’être aimés. Certes, dans votre vie, vous aviez déjà vécu quelques belles expériences qui vous avaient permis de goûter à l’amour mais votre cœur se révélait trop grand pour être totalement comblé par ces expériences toujours limitées et parfois même très imparfaites. Vous avez commencé à réaliser que seul in amour infini pourrait étancher la soif infinie d’amour qui vous habitait. Et chacune et chacun, par des chemins qui vous sont propres, vous vous êtes mis en route à la recherche de cet amour infini qui, pour nous les chrétiens, a un nom, celui de Dieu le Père ; a un visage, celui de Jésus ; et une force, celle de l’Esprit-Saint. Et c’est ainsi que, mis en route, par ce désir infini, vous avez frappé à la porte de l’Eglise, notre Mère, qui vous a proposé d’entrer dans un long cheminement avec vos accompagnateurs, accompagnatrices. Ce long chemin vous conduira enfin, la nuit de Pâque, au jour tant attendu de votre Baptême que nous serons heureux de célébrer avec vous, ici, au sanctuaire de Laghet.
Oui, c’est la soif, c’est le désir infini d’aimer et d’être aimé, qui vous a mis en route. Cependant, pour vous, comme pour nous qui sommes habités du même désir, il y a encore des dérapages, des moments où nous allons boire à des sources trompeuses qui ne désaltèrent pas. Les 3 scrutins que nous allons vivre vous aideront, et nous aideront également, à le reconnaître humblement et à revenir à Jésus qui, seul, peut répondre à notre désir infini. C’est exactement l’expérience qu’a faite cette femme de Samarie au bord du puits. Le texte le dit clairement, cette femme avait cherché l’amour parce qu’elle était habitée par ce désir infini. Mais à chaque fois, elle avait été déçue. Et c’est ainsi qu’elle en était à son 6° mari, enfin, là, elle ne s’était pas engagée, sûrement par peur d’être une nouvelle fois déçue. Elle aussi son cœur était trop grand pour pouvoir être comblé par ces expériences, elle attendait le grand amour. Et voilà qu’un jour, alors qu’elle venait puiser tous les jours, elle va faire la rencontre qui changera sa vie. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer !
Maintenant, comprenez bien ce que je suis en train de dire : je ne veux pas laisser entendre que l’amour humain n’aurait aucune valeur. Bien sûr que non ! Mais ceux qui demandent à un époux ou à une épouse ce que Dieu seul peut donner seront forcément déçus et rendront l’autre malheureux. Le désir infini d’amour, seul Dieu peut y répondre et s’il y a tant de personnes malheureuses aujourd’hui, c’est parce qu’elles ne l’ont pas compris. Du coup, elles en demandent trop à ceux qui les entourent et qui ne pourront jamais répondre à cette soif infinie et c’est ainsi que grandissent les incompréhensions à l’origine de tant de ruptures. Parmi ces personnes déçues, certaines vont s’abîmer, telle la samaritaine, en multipliant les expériences, qui les laisseront toujours, et même de plus en plus, insatisfaites. C’est ce qu’avait si bien exprimé St Augustin en disant : Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur sera toujours sans repos tant qu’il ne demeurera en toi.
Chers catéchumènes, merci pour le témoignage que vous donnez, merci parce que votre démarche est une manière de dire au monde : il existe une source jaillissante, nous y avons bu et nous pouvons l’attester, cette source n’est pas une source trompeuse ! Que Notre Dame de Laghet vous accompagne de manière toute particulière au cours de ces dernières semaines de préparation. Qu’elle vienne aussi raviver notre soif pour que, nous aussi, nous allions boire à cette source en ayant le courage de tourner le dos à toutes les autres sources trompeuses.
