24 octobre : 30° dimanche temps ordinaire. Le saucisson en tranches fines ou épaisses?

            Parmi tous les débats qui agitent notre société, il en est un sur lequel j’aimerais prendre position de manière très claire : le saucisson est-il meilleur quand on le coupe en tranches fines ou en tranches épaisses ? Personnellement, je préfère les tranches épaisses, je trouve que la saveur ressort beaucoup mieux ! Et la preuve que c’est mieux en tranches épaisses, c’est que, lorsqu’il est coupé en tranches fines, les gens ont toujours tendance à prendre plusieurs tranches et à les mettre ensemble dans la bouche. Bon je ne me ferai pas non plus couper la tête pour défendre cette position, par contre, en ce qui concerne l’évangile, il me semble que les tranches trop fines de la liturgie ne nous permettent pas toujours de goûter la saveur des textes. Oui, comme pour les tranches de saucisson, je savoure mieux les textes d’évangile quand ils sont pris dans un ensemble plus large, ils deviennent tellement plus savoureux.

Alors, bien sûr, je comprends que pour permettre à tout le monde de suivre sans trop décrocher au cours de la messe, ceux qui ont rédigé le lectionnaire après le concile aient été obligés de mettre chaque dimanche un passage d’évangile pas trop long. Toutefois, pour ne perdre aucune saveur du texte, il est souvent intéressant de ne pas se contenter de la fine tranche d’évangile qui nous est proposée. Par exemple ce dimanche une lecture attentive du texte nous oblige à aller chercher un peu avant ce qui s’est passé. En effet, le texte que nous avons entendu commençait par ces mots : Tandis que Jésus sortait de Jéricho … quand vous entendez cela, ça ne vous donne pas envie de savoir ce qu’il a fait à Jéricho juste avant de rencontrer Bartimée ? En tout cas, moi qui n’aime pas les tranches trop fines, j’ai eu envie de savoir ! 

Eh bien, c’est vraiment étonnant, si vous lisez ce qui précède, vous verrez, il ne nous est rien dit sur ce que Jésus a fait à Jéricho. Y serait-il allé pour rien, juste pour se promener ? Non, ce n’est pas possible ! Quand on est à Jérusalem, et Jésus était à Jérusalem juste avant, on ne va pas à Jéricho pour n’y rien faire. En plus, à l’époque, on ne se promenait pas, la marche était toujours utilitaire ! Pourquoi je dis qu’on ne va pas de Jérusalem à Jéricho si on n’a rien à y faire ? Tout simplement en raison de l’altitude. Jérusalem est à 750 m et Jéricho à – 250 m, c’est la ville la plus basse au monde : 1000 mètres de dénivelé séparent donc ces deux villes. C’est nettement plus que le dénivelé entre La Flatière et Les Houches or, depuis La Flatière, on ne descend pas aux Houches à pieds si on n’a rien à y faire ! 

Alors pourquoi Jésus est-il allé à Jéricho ? Pourquoi ces 1000 m de dénivelé à la descente qu’il faudra regrimper à nouveau ? Et s’il y était allé juste pour rencontrer Bartimée ? On trouve d’ailleurs un parallèle saisissant dans l’évangile de Luc ; c’est à Jéricho que Luc situe la rencontre avec Zachée et aussi celle avec Bartimée. Il les rencontre tous les deux là-bas et en lisant de près ce passage de Luc, on constate que c’est comme dans ce passage de Marc : Jésus est allé là-bas, exprès pour eux, juste pour les rencontrer. 1000 mètres de dénivelé à la descente et 1000 mètres de dénivelé à la montée, juste pour eux ! On peut donc dire qu’en descendant à Jéricho, à mois 250 mètres, Jésus descend plus bas que terre pour rencontrer et sauver ceux qui sont tombés plus bas que terre. Je trouve ça vraiment extraordinaire … mais vous voyez pour le découvrir, il ne faut pas prendre des tranches trop fines quand on lit l’évangile.

Je fais juste une petite allusion à l’évangile de Luc et la rencontre avec Zachée. Zachée était tombé plus bas que terre à cause de ses choix tordus, de son amour de l’argent. Bartimée, lui, il est tombé plus bas que terre, non pas en raison de choix tordus mais en raison du manque d’amour et de compassion des hommes qui le laissaient au bord du chemin sans le moindre geste d’attention et quand ils daignaient s’occuper de lui, lui adresser la parole, c’était pour le faire taire ! Mais voilà qu’en venant à Jéricho juste pour eux, Jésus manifeste qu’il est venu pour chercher et sauver ceux qui sont tombés plus bas que terre, qu’ils y soient tombés en raison de leurs choix tordus ou en raison de l’exclusion qu’ils subissent. En descendant ces 1000 mètres de dénivelé, Jésus manifeste de manière symbolique qu’il est descendu du ciel pour accomplir, dans la puissance du Saint Esprit, la mission de Salut confiée par le Père. C’est ce que nous proclamons dans le Credo de l’Église : Pour nous les hommes et pour notre Salut, il descendit du ciel. A partir de là, j’aimerais souligner 2 points qui pourront nourrir notre méditation et inspirer notre comportement au long de ces jours.

1/ Quand nous tombons, nous ne sommes jamais très fiers. Et ce qui est le plus terrible, c’est que, souvent, ce qui nous rend le plus triste, ce n’est pas d’avoir offensé le Seigneur ou de ne pas avoir fait assez de bien, ce qui nous rend triste, c’est de ne pas avoir été aussi bien que nous aimerions être, de ne pas donner, à Dieu et aux autres, une image impeccable de nous-mêmes ! Nous nous en voulons, nous avons honte, bref nous sommes tournés sur mêmes au lieu de nous tourner vers le Seigneur et de l’appeler. Jésus qui a fait 1000 mètres de dénivelé dans un sens et 1000 mètres de dénivelé dans l’autre sens, juste pour Zachée et le sortir de cette ornière dans laquelle il était tombé à cause de ses choix tordus et dont il ne pouvait plus sortir par lui-même, Jésus peut et il veut faire la même chose juste pour moi. Ma misère appelle sa miséricorde comme la misère de Zachée appelait sa miséricorde et le poussait à faire tout ce chemin, à prendre toute cette peine. Rappelons-nous toujours cette petite citation de l’épître aux Hébreux qui était le slogan du jubilé de l’an 2000 : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et à jamais. » L’amour de Jésus, son désir de sauve les hommes ne s’est pas émoussé avec les années, il reste le même, habité par le même désir. Ce qu’il a fait pour Zachée, il peut et il veut le faire pour moi et pour tous ceux qui, en raison de leurs choix tordus, peuvent tomber plus bas que terre.

2/ En rappelant Zachée que Jésus rencontre aussi à Jéricho, j’ai parlé de ceux qui tombent plus bas que terre, de ceux qui sont embourbés dans des ornières dont ils ne peuvent plus se sortir en raison de leurs choix tordus. Mais, je l’ai dit, Bartimée, lui, s’il est tombé plus bas que terre, s’il ne peut se relever, ce n’est pas en raison de ses choix tordus, c’est à cause de l’exclusion qu’il subit. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux, ceux qui sont à terre et même plus bas que terre, victimes d’exclusion de toutes sortes à cause de leur maladie ou de leur handicap, à cause de leur race, de leur situations sociale et pour tant d’autres raisons encore. Comme hier avec Bartimée, on cherche encore à les faire taire ou du moins, on ne porte aucun intérêt à leurs cris. S’il y a une chose qui est sûre, c’est que, pour eux aussi, Jésus est prêt à faire, quoiqu’il lui en coûte, le chemin qui lui permettra de les rejoindre afin de les relever. 

Le problème, c’est que, lorsqu’on est dans cette situation, il est bien difficile de croire encore en l’amour de Dieu. Ceux qui ont été abandonnés, ceux qui ne comptent pour plus personne, pensent assez spontanément, et comment s’en étonner, que Dieu, lui aussi, les a abandonnés. C’est uniquement dans la mesure où ils découvriront que des personnes ont été capables de faire un grand chemin juste pour les rencontrer, juste pour leur manifester de la compassion qu’ils pourront à nouveau oser croire et se fier à un amour sauveur. Il serait hypocrite de nous émerveiller devant Jésus qui fait tout ce chemin, qui prend toute cette peine pour Bartimée, si nous, aujourd’hui, nous ne nous rendons pas disponibles pour rejoindre tous ceux qui sont abandonnés au bord du chemin, tous ceux que l’on cherche à faire taire alors qu’ils crient leur soif de Salut.

Oh Jésus, puisque nous allons te recevoir dans un instant, rends notre cœur semblable au tien pour qu’aucun chemin ne nous paraisse trop long, trop rude pour rejoindre ceux qui sont tombés plus bas que terre.

Cet article a 3 commentaires

  1. wilhelm richard

    Vous semblez apprécier le salé avec votre saucisson.
    De mon côté, je préfère le sucré avec le Zachée de bonbons !!
    Dans tous les cas, merci pour vos homélies pleines de saveur : à goûter sans modération.

    1. Père Roger Hébert

      Ah les commentaires de Richard, on s’en régale !

      1. wilhelm richard

        l’Église que nous formons doit plutôt en ce moment faire pénitence pour réparer !

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