28 octobre : fête de la dédicace de la chapelle de Laghet. Pierres sacrées ?

Merveilleuse 1° lecture que nous avons entendue. Alors qu’il est en Exil à Babylone, donc loin de Jérusalem, Dieu donne une vision au prophète Ezéchiel. Cette vision, le texte nous dit qu’elle conduit le prophète à l’entrée de la Maison, évidemment, personne ne s’y trompe, cette Maison, c’est LA Maison du Seigneur, c’est-à-dire le Temple de Jérusalem. La lecture qui nous était proposée a considérablement raccourci le texte, prenez le temps de relire ce chapitre 47 qui nous donne la totalité de cette vision. Nous constatons qu’au début, c’est une minuscule source qui jaillit du côté droit du Temple, mais cette source va vitre grossir jusqu’à devenir un torrent infranchissable. La lecture entendue s’arrêtait plutôt sur les bienfaits apportés par cette source devenue torrent, je récapitule ces bienfaits :

  • Elle descend dans la vallée du jourdain pour se jeter dans la mer Morte dont elle assainit les eaux et la mer qu’on disait Morte l’est de moins en moins.
  • Elle donne la vie à une multitude d’animaux, de plantes et d’arbres
  • Les arbres fruitiers irrigués par cette eau ont une fécondité extraordinaire : chaque mois, on peut faire une récolte. Et non seulement les fruits sont abondants mais les feuilles deviennent des remèdes, tout ce que touche cette eau devient bienfaisant.

Il faudrait beaucoup de temps pour commenter ces bienfaits, j’aime le faire quand je prêche des retraites, mais là, dans cette homélie, il faut aller à l’essentiel et comprendre pourquoi la liturgie nous a proposé ce texte pour cette fête de dédicace de notre chapelle, c’est-à-dire pour faire mémoire du jour où cette chapelle a été consacrée, c’était le 28 octobre 1768.

Les premiers chrétiens, quand ils reliront ce texte comprendront très vite que cette vision d’Ezéchiel était une prophétie qui sera accomplie en Christ. Vous savez que, normalement, pour vérifier que les crucifiés étaient morts ou pour hâter leur mort s’ils étaient encore vivants, on leur brisait les jambes avec une barre de fer, c’est ce qu’on fera pour les deux bandits qui entouraient Jésus. Mais, pour Jésus, on ne le fit pas, par contre, un soldat transperça son cœur avec une lance. St Jean qui a été témoin de la scène a affirmé que de son côté ouvert ont jailli de l’eau et du sang. Voilà, c’était l’accomplissement de la prophétie d’Ezéchiel, d’autant plus que, si vous regardez un crucifix, vous voyez bien que c’est du côté droit de Jésus que coulent l’eau et le sang comme c’était du côté droit du Temple que jaillissait cette petite source devenant un torrent débordé.

Alors, nous comprenons lieux pourquoi nos chapelles, nos églises sont des lieux sacrés, c’est parce qu’elles sont comme un écrin qui contient la présence de Jésus qui ne cesse de répandre sur ceux qui y viennent ces torrents de grâce que sont l’Eucharistie et les sacrements que préfiguraient le sang et l’eau coulant de son côté ouvert, son côté droit, rappelant la source si bienfaisante du Temple qui coulait de ce même côté droit. Mais vous comprenez bien que la construction n’est sacrée que parce qu’elle contient la présence de Jésus qui continue à déployer sa puissance de Salut. 

Et c’est l’un des grands drames aujourd’hui où, de manière étonnante, alors que la pratique religieuse diminue, de plus en plus de personnes se mobilisent pour sauver, restaurer l’église de leur village, souvent seul édifice intéressant dans le patrimoine. La mobilisation se fait pour sauver des pierres et non pas pour permettre aux personnes qui sont à sec d’amour de pouvoir se désaltérer à la source qui ne cesse de couler. A l’avenir, nous pourrions risquer d’avoir des églises magnifiquement restaurées mais vides, vides de paroissiens, mais surtout vides de la présence réelle du Seigneur, source de vie s’il n’y a plus ni prêtre pour célébrer la messe, ni fidèles pour y participer. En disant cela, je ne veux pas jouer aux prophètes de malheur mais je voudrais que nous réalisions que ce qui est sacré pour nous, ce ne sont pas des pierres, mais l’espace qui abrite la présence de Celui dont le cœur reste ouvert pour tous ceux qui ont soif d’être aimés, guéris, libérés, sauvés.

Ce que je viens de dire, la 2° lecture et l’Evangile le disaient à leur manière. Je n’ai plus le temps de trop développer, mais nous le comprenons assez facilement. 

St Paul en disant aux chrétiens qu’ils sont la Maison que Dieu construit laisse entendre que ce qu’il faut le plus soigner, ce ne sont pas les pierres mortes qui constituent les murs de nos édifices, les pierres vivantes qui composent les communautés. Le plus grand danger pour la foi dans notre pays, ce ne sont pas les vitraux qui prennent l’eau mais les communautés qui s’étiolent et le nombre de prêtres qui diminue dangereusement. Dans le dernier poste où j’ai été curé dans mon diocèse, j’avais 27 clochers disséminés sur des routes de montagne, une heure et quart de voiture entre les deux extrémités de la paroisse. Parfois, on me proposait une mobilisation pour sauver une chapelle en péril dans un coin, évidemment, je m’en réjouissais, mais j’interrogeais ceux qui voulaient se mobiliser en leur demandant s’il ne serait pas plus urgent de remettre en route l’évangélisation pour réveiller la grâce du baptême chez tous ceux qui l’ont reçu.

Quant à l’Evangile, dans ce dialogue avec la Samaritaine, quand Jésus parle d’une adoration en esprit et en vérité qui ne se fait plus en tel ou tel lieu, il suggère que, désormais, c’est le cœur de chaque personne qui devient le sanctuaire de la présence de Dieu. Oui, les bâtiments églises et chapelles sont importants car nous avons besoin de lieux pour nous recueillir, mais n’oublions jamais que la plus belle des cathédrales est moins belle que ce sanctuaire que Dieu a choisi d’habiter et qui est notre cœur. Cela devrait donc nous encourager à chercher les moyens pour que chaque personne découvre la joie que donne cette réalité étonnante de la foi : Dieu a choisi d’habiter nos cœurs, d’en faire le sanctuaire de sa présence. Cela devrait aussi nous encourager à nous mobiliser pour que ces sanctuaires ne soient pas bafoués : en effet, à chaque fois que la dignité d’un être humain est piétinée, c’est le sanctuaire de Dieu qui est profanée.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, en ce jour anniversaire de la dédicace de notre chapelle, demandons qu’elle nous obtienne un surcroit de foi.

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