Quelle vie terrible devait mener cet homme, on comprend que son entourage soit venu supplier Jésus en lui disant : Il est épileptique et il souffre beaucoup. Souvent il tombe dans le feu et, souvent aussi, dans l’eau. Etait-ce parce qu’ils n’avaient pas osé déranger Jésus, était-ce parce qu’ils ne se trouvaient pas dignes d’approcher Jésus ou simplement parce qu’ils n’arrivaient pas à l’approcher, nous n’en savons rien, toujours est-il qu’ils avaient été trouver les disciples pour leur demander de guérir celui qu’ils aimaient. Et, manifestement, les apôtres avaient essayé, mais sans y parvenir. Comme à son habitude, Jésus, pris de compassion avait dit : Amenez-le-moi. Il avait menacé le démon, qui était immédiatement sorti de lui, obtenant ainsi une parfaite guérison immédiate.
En méditant ce texte, je me suis immédiatement rappelé une anecdote remontant au temps où j’étais aumônier de prison. Je ne peux pas raconter tous les détails de cette belle histoire, mais sachez qu’un jour, un détenu me demande une Bible, ça arrivait souvent, certains se servaient des pages fines pour rouler leurs cigarettes ! Ça d’ailleurs donné l’idée à l’un d’entre eux d’écrire un livre au titre suggestif : fumeur de Bible ! Mais tous ne fumaient pas la Bible certains la lisaient vraiment ; j’en ai vu un qui avait fait 5 lectures complètes au cours de sa détention ! Eric, à qui j’avais donc donné cette Bible, m’a dit une parole extraordinaire. En lui laissant la Bible, je lui avais donné quelques conseils de lecture et, une semaine après, quand je retourne le voir, je lui demande : c’était pas trop difficile à lire ? A ma grande surprise, il me répond : non parce que ça parlait de moi à toutes les pages ! En voilà un que le Saint-Esprit n’avait pas raté, il avait rendu pour lui la Parole parlante, elle parlait de lui, il se reconnaissait dans ce qui était raconté !
Eh bien, en lisant l’Evangile d’aujourd’hui, nous pourrions tous dire : ça parle de moi ! Vous pourriez objecter : mais je ne suis pas épileptique et je me jette encore moins de manière alternative et compulsive dans l’eau et le feu ! Il faut voir, parce que ce n’est pas si sûr que ça ! L’eau et le feu, c’est quand même souvent notre problème : soit on se noie et parfois dans un verre d’eau, soit on brûle ! Je voudrais développer rapidement ces deux images.
- Oui, on peut facilement se noyer, se laisser déborder. Après ça prend des formes diverses selon nos tempéraments ou nos psychologies. Je l’ai dit certains se noient dans un verre d’eau, le moindre imprévu prend des proportions démesurées et ces personnes finissent par confondre le verre d’eau dans lequel elles se noient avec la mer Méditerranée ! D’autres ont besoin d’être dépassés, surchargés pour vivre. Dès qu’une tâche est accomplie, au lieu de profiter d’un temps plus calme, elles en recherchent 10 nouvelles, récupèrent tout ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas faire.
- Quant au feu, il évoque la passion. Alors, là aussi, ça va se décliner de manière différente et même très différente selon les personnes. Certaines personnes sont dévorées par le feu de passions incessantes , j’en cite quelques-unes : passion pour le jeu ; passions sentimentales et sexuelles désordonnées ; passion pour acheter vêtements, chaussures et tant d’autres choses dont elles n’ont plus besoin, tellement elles en ont ; passion du pouvoir qui les conduit à écarter, par tous les moyens, ceux qui se dressent devant eux … j’en passe et des bien pires encore !
Vous le voyez, l’eau et le feu sont bien nos ennemis, à nous aussi, même si nous ne sommes pas épileptiques ! Toutefois, l’analogie avec notre vie ne s’arrête pas là ! En effet, cet homme de l’Evangile souffrait vraiment ; plonger sans arrêt de manière non-contrôlée dans l’eau et le feu, ça laisse des séquelles. Mais le texte nous dit aussi que son entourage souffrait aussi de son comportement. Voilà, c’est bien nous ! Nos failles nous font réellement souffrir mais elles font souffrir aussi notre entourage, à tel point que certains finissent par faire le vide d’eux !
Là, l’entourage, bienveillant, n’a pas voulu abandonner celui qui souffrait et qui les faisait souffrir, ils ont décidé de le présenter à Jésus, mais, comme je l’évoquais au début, ne pouvant accéder à Jésus, ils sont allés voir les apôtres qui, hélas, n’ont rien pu faire.
Quand, finalement, ils peuvent accéder à Jésus et qu’ils lui expliquent que les apôtres n’ont rien pu faire, ce n’est pas fréquent, mais ça exaspère Jésus. Génération incroyante et dévoyée, combien de temps devrai-je rester avec vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Je crois vraiment que ces paroles s’adressent d’abord aux apôtres. C’est comme s’il leur disait : je ne comprends pas pourquoi vous n’y êtes pas arrivé, depuis le temps que je suis avec vous, vous auriez dû réussir ! En entendant cela, on a envie de dire : il en a de bonnes, Jésus ! Comme si c’était facile, à la portée de tout le monde de guérir quelqu’un ! Pourquoi dit-il cela ? En y réfléchissant, je me suis dit qu’il pouvait y avoir plusieurs hypothèses que j’imagine, mais les Ecritures obligent souvent à imaginer !
- 1° hypothèse : les apôtres, en recevant ces gens, n’ont même pas essayé de faire quelque chose pour le malheureux, ils ont dit : c’est Jésus qu’il faut voir et il n’est pas là ! Ceux qui se défilent, hier comme aujourd’hui, ça exaspère Jésus ! Les apôtres auraient dû accueillir cet homme et manifester leur compassion, prier pour lui, même si, après, ils voulaient le renvoyer vers Jésus. Ne laissons personne venir à nous et repartir sans que nous n’ayons manifesté pour elle de la compassion, sans que nous n’ayons prié pour cette personne. L’impossible, seul Jésus peut le faire, mais le possible, il nous demande de l’accomplir. Or, nous pouvons toujours écouter avec une profonde empathie et confier la personne au Seigneur, la remettre sous le manteau de protection de la Vierge Marie.
- 2° hypothèse, ils ont essayé de faire quelque chose, mais ça n’a pas marché. Pourquoi ça n’a pas marché ? Les paroles de Jésus qui concluent l’épisode le laissent entendre : ils ont manqué de foi. Là encore ce manque de foi a pu se manifester de différentes manières.
- Ils ont prié parce que les gens insistaient, mais ils étaient tellement peu sûrs d’eux-mêmes, qu’ils ont prié sans croire vraiment à la puissance de leur prière. Dans ces conditions, ça ne peut pas marcher !
- Ils ont prié, mais « à minima » ! Ils ont juste prié pour que ce pauvre homme reste toujours entouré de l’affection des siens. C’est beau, mais, lui, ce pauvre homme attendait beaucoup plus et son entourage aussi !
- Ils ont prié mais en cherchant à imiter Jésus quand il guérissait. Or, il ne s’agit pas d’imiter Jésus, mais de l’invoquer ! C’est ce que nous faisons dans nos temps mensuels de prières de guérison et c’est pour cela que tout se passe autour du Saint-Sacrement, prière qui nous permet d’invoquer Jésus, car lui seul, guérit, libère et sauve. Guérir, libérer, sauver, ce sont les 3 verbes qui résument ce qui se passe, ici à Laghet, depuis 1652, mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas la Vierge Marie qui guérit, libère et sauve, non, ce n’est pas possible ! Par contre, c’est bien à la prière de la Vierge Marie que le Seigneur continue de guérir, libérer et sauver.
Qu’à la prière de Notre Dame de Laghet, notre foi soit renouvelée pour que toutes ces montagnes qui se dressent devant nous et devant ceux que nous aimons, nous ayons l’audace de demander à Jésus de les déplacer ; car, quand, par l’intercession de la Vierge Marie, on invoque la puissance de Jésus, rien ne nous est impossible.
