17 avril : vendredi 2° semaine du temps pascal. Dieu n’est pas « enfermable » et Jésus est la solution !

Gamaliel dont il était question dans la lecture du livre des Actes était l’une des plus hautes autorités du judaïsme. C’est pourquoi, quand il devra se justifier devant les juifs, Paul ne manquera pas de mentionner qu’il a eu la chance de bénéficier des enseignements de ce grand rabbi. Gamaliel n’avait pas, à proprement parler, de sympathie pour les chrétiens, mais sa grande sagesse et sa grande foi l’ont fait parler, non pas directement en faveur des chrétiens, mais en faveur de Dieu. Dans son intervention, il veut d’abord sauvegarder la liberté de Dieu. L’extrême codification du judaïsme pouvait comporter le risque d’obliger Dieu à agir selon les prescriptions qui avaient été définies. Dieu n’avait plus à se casser la tête, tout ce qu’il devait faire avait été écrit dans la loi et ses commentaires ! Je caricature un peu, mais il y avait ce risque.

La manière dont Jésus a été traité et dont les chrétiens seront traités montrent bien que ce n’est pas une pure fiction. Ce que disait et ce que faisait Jésus ne rentrait pas dans les cases de la codification de la Loi, ça ne pouvait donc pas être vrai. C’est contre cette mentalité que s’élève Gamaliel qui est comme le garant de la Tradition. Tout au long de l’histoire, Dieu a manifesté sa souveraine liberté. Il a été libre de choisir le peuple qu’il voulait ; quand il a révélé son Nom, il a justement dit qu’il n’était pas un Dieu « enfermable ». C’est d’ailleurs extrêmement symbolique qu’il se soit révélé du milieu d’un feu, le feu, on ne peut pas mettre la main sur lui. Et le nom, son nom qu’il révélera du milieu du feu manifestera sa souveraine liberté : Je suis, c’est-à-dire : vous verrez bien qui je suis au fur et à mesure que j’agirai en votre faveur. Parce qu’il est juif, un vrai juif, Gamaliel a le sens de la grandeur de Dieu, et, dans son intervention, c’est d’abord cette souveraine liberté de Dieu qu’il veut sauvegarder, 

Ces paroles de Gamaliel passeront à la postérité comme un élément de discernement essentiel, on parle d’ailleurs, aujourd’hui encore, du jugement de Gamaliel quand il s’agit de savoir si telle œuvre vient vraiment de Dieu. Le critère de discernement qu’il a donné est imparable, si ça vient de Dieu, on ne pourra pas l’arrêter. Mais il comporte un inconvénient sérieux, c’est que pendant tout un laps de temps, il faut accepter d’être dans le brouillard et de ne pas savoir car c’est dans le temps qu’on pourra vérifier la vérité. En effet, il peut y avoir de beaux fruits, au départ, mais qui ne durent pas ! En tout cas, appliqué à l’église naissante, on voit bien la pertinence du jugement de Gamaliel. De fait rien n’a pu éradiquer la foi chrétienne ni supprimer l’Eglise, pourtant, Dieu sait si, au cours des siècles, elle aura connu des persécutions, elle aura été ballotée par des scandales affligeants mais, parce que c’est l’œuvre de Dieu, elle tiendra. 

Quant à l’Evangile, le fait de l’entendre dans ce temps pascal est une invitation à l’accueillir de manière particulière. Le temps pascal a été, pour Jésus un temps de formation intensive de ses disciples, il savait que le moment de son départ approchait, il voulait donc les enseigner pour qu’ils sachent, le moment venu, vivre sans lui, mais vivre quand même de sa présence de ressuscité et là, ils avaient tout à apprendre ! 

On peut donc dire que les textes que l’Eglise nous propose dans ce temps pascal sont comme le prolongement de l’enseignement que Jésus a donné à ses apôtres pour que, nous aussi, nous apprenions à vivre de sa présence de ressuscité, une présence, bien particulière, c’est vrai, mais une présence qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de réelle. Après la semaine pascale qui nous faisait méditer sur les apparitions du ressuscité, les textes que nous avons maintenant nous replongent dans le ministère de Jésus avant Pâques, mais, je le redis, ils nous sont donnés comme une catéchèse pour apprendre à vivre de sa présence de ressuscité. 

Aujourd’hui, le texte de la multiplication des pains doit donc être lu dans cette perspective. Alors, le message est clair, car, nous le savons, le pain que Jésus ne cesse de multiplier pour nous, aujourd’hui, c’est le pain de l’Eucharistie qui nous permet d’accueillir sa présence de ressuscité et d’en vivre. 

Le point que je voudrais signaler concernant la catéchèse qui nous est donnée, c’est la pédagogie de Jésus qui dit à Philippe : « Où pourrions- nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Et le texte ajoute : « Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. » La réponse de Philippe est pleine de bon sens, je la traduis avec mes mots : « on peut retourner le problème dans tous les sens, il est insoluble ! » Elle est aussi pleine de bon sens l’attitude d’André qui souligne que 5 pains et 2 poissons c’est dérisoire pour une telle foule. En fait, Jésus leur a posé cette question parce qu’il attendait que les apôtres lui disent : pour nous, c’est impossible, mais pas pour toi ! Nous on va faire ce qu’on peut et pour le reste, on compte sur toi ! Le problème n’a pas de solution, mais toi, en fait, tu n’as pas la solution, mais tu es la solution à tous nos problèmes ! C’est aussi cela vivre du ressuscité : faire tout ce que l’on peut et lui faire confiance pour le reste !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que la grâce nous soit donnée de ne jamais enfermer la liberté souveraine de Dieu dans nos projets ou nos constructions humaines, demandons-lui aussi la grâce de croire que Jésus peut ce que nous, nous ne pouvons pas !

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