Evidemment, avec un texte d’Evangile aussi long, il serait possible de faire une homélie de deux heures au moins en nous attachant à suivre les différents personnages, un peu comme je l’ai fait dimanche dernier. Et ça ne manquerait pas d’intérêt de suivre les disciples, d’écouter Thomas dans sa déclaration si généreuse et surtout de reprendre les paroles et les attitudes de Marthe et Marie. Sans oublier le plus significatif qui consisterait à recueillir toutes les paroles et aussi les attitudes de Jésus dont un certain nombre nous étonnent quand même. Mais voilà, je ne dispose pas de deux heures, il faudra donc faire plus bref !
L’Evangile était déjà très long, pourtant je vais vous proposer d’aller voir ce que St Jean nous rapporte juste après cette scène. En effet, nous entrons la dernière semaine du carême avant la semaine sainte et il est bon de réaliser que c’est cet événement de la résurrection de Lazare qui va précipiter les événements et conduire les responsables du peuple juif à décider qu’il fallait en finir avec Jésus. Il ne faut surtout pas rester sur la bonne impression que pouvait nous laisser la fin du texte que nous avons lu : Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
On pourrait penser que ce miracle va faire basculer l’opinion en faveur de Jésus, mais il n’en est rien, je vous lis juste les quelques versets qui suivent parce que tous les juifs ne se sont pas réjouis, écoutez : Mais quelques-uns allèrent trouver les pharisiens pour leur raconter ce qu’il avait fait. Les grands prêtres et les pharisiens réunirent donc le Conseil suprême ; ils disaient : « Qu’allons-nous faire ? Cet homme accomplit un grand nombre de signes. Si nous le laissons faire, tout le monde va croire en lui, et les Romains viendront détruire notre Lieu saint et notre nation. » Alors, l’un d’entre eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n’y comprenez rien ; vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas.
Voilà, c’est absolument terrible, Jésus vient d’accomplir le miracle dont tout le monde rêve, faire reculer les frontières de la mort et ça va déclencher la décision de le faire mourir. En méditant sur ce paradoxe, je me suis dit qu’il en était toujours ainsi. Aujourd’hui, s’il en est qui sont du côté de la vie, ce sont bien les chrétiens et les responsables d’Eglise en tête. On le voit bien dans un certain nombre de combats qui sont menés, pensons par exemple à l’engagement de l’Eglise dans les débats concernant la fin de vie. Nous avons réentendu qu’au nom de l’Evangile, les chrétiens défendraient toujours la vie dès le 1° instant où elle apparait jusqu’au dernier instant où elle est encore présente. Mais ce combat pour la vie ne se manifeste pas que dans des prises de positions éthiques, l’Eglise est tellement engagée dans le combat pour éradiquer les injustices qui conduisent tant de personnes à vivre une vie privée de dignité et de joie à cause de la pauvreté ou de l’exclusion. Enlevez toutes les œuvres caritatives de l’Eglise, et Dieu sait si elles sont nombreuses et variées, et vous verrez la société s’effondrer ! Bref, les chrétiens sont résolument, contre vents et marées, du côté de la vie, c’est absolument incontestable. Or que leur vaut cet engagement sans faille ? Bien des critiques quand ce n’est pas une marginalisation.
L’histoire se rejoue sans cesse et il est difficile de ne pas voir dans tout cela une manipulation du Prince des ténèbres qui, lui, comme adversaire de Dieu et adversaire des hommes, est contre la vie et donc contre ceux qui prennent le parti de défendre la vie. Puisqu’il ne reste plus qu’une semaine de carême avant la semaine sainte, si vous avez l’impression de ne pas avoir fait grand-chose, cherchez ce que vous pourriez faire concrètement cette semaine pour manifester votre désir de vous mettre plus résolument à la suite de Jésus en posant quelques actes concrèts en faveur de la vie.
Il nous faut d’autant plus résister à la manipulation du Malin qu’il ne manque pas de stratégies pour chercher à nous décourager dans ce combat pour la vie. La remarque de Marthe, dans cet Evangile, a aussi attiré mon attention. Quand Jésus va passer à l’action pour faire reculer les frontières de la mort en permettant à la vie de l’emporter, il dit : Enlevez la pierre. Alors Marthe réplique tout de suite : Seigneur, il sent déjà ; c’est le 4° jour qu’il est là ! Cette réplique, elle est signée du Malin !
Lui, il est toujours là pour nous décourager en nous faisant croire que c’est trop tard, que ça n’en vaut plus la peine, que le combat est perdu d’avance ! On le dit souvent, le découragement est l’arme favorite du diable. Est-ce que nous nous confessons de tous nos découragements ? Puisqu’il ne reste qu’une semaine de carême avant la semaine sainte, n’écoutez surtout pas la petite voix qui essaie de vous dire : tu n’as pas fait grand-chose, c’est trop tard, ça ne sert à rien de vouloir commencer maintenant, et puis tu sais bien que tu vas t’y mettre un ou deux jours et retomber dans la procrastination, laisse tomber ! Encore une fois, ça, c’est signé ! Apprenons à reconnaitre cette voix qui ne nous veut pas du bien et faisons-la taire le plus vite possible.
Avec Jésus, il ne sera jamais trop tard ! Même quand Jésus arrive avec 4 jours de retard, il n’est pas trop tard parce qu’il ne sera jamais trop tard, chaque heure est la bonne heure pour la miséricorde. Pensons à celui qu’on appelle le bon larron, mais qui n’aura été bon qu’une poignée de minutes avant de mourir. Lui, il a su résister à cette petite voix qui devait lui dire : laisse tomber, c’est trop tard, tu vas mourir, le Bon Dieu ne peut plus rien pour toi ! Et quelle bénédiction il recevra pour avoir fait taire cette voix, le soir même, il était au paradis ! Pour la miséricorde, il ne sera jamais trop tard, notre cœur, comme le tombeau de Lazare, ne sentira jamais trop mauvais pour décourager le Seigneur. Il nous dit aujourd’hui comme il disait hier : Enlevez la pierre ! C’est-à-dire : ouvre-moi la porte de ton cœur ! Et, si nous osons croire qu’il n’est pas trop tard, alors nous entendrons le même appel, plein d’amour, qu’il adressait à Lazare : viens dehors ! C’est-à-dire : viens, reviens dans la vie, c’est mon amour qui t’appelle et qui te donne la force de quitter ce qui t’enfermait dans la mort, viens dehors, il n’est pas trop tard, il ne sera jamais trop tard !
Demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, la grâce d’entendre cette parole que le Seigneur nous adresse aujourd’hui.
