8 décembre : Fête de l’Immaculée Conception : histoire et sens de cette fête

Pour commencer cette homélie, j’aimerais faire un peu d’histoire qui nous permettra de répondre à ceux qui sont troublés de voir que, nulle part, dans les Ecritures n’est évoquée l’Immaculée Conception notamment à nos frères de la Réforme. En fait, c’est une longue histoire qui commence bien avant 1854, l’année de la promulgation du dogme. Voilà comment tout a commencé. 

Il y avait, à Jérusalem, une petite église, construite sur l’emplacement de la piscine de Bethesda que la tradition de l’Église situait tout près de la Maison de Sainte-Anne. Pour ceux qui ont déjà eu la chance de faire un pèlerinage en Terre Sainte, c’est là que les pères blancs sont installés aujourd’hui. Cette église reconstruite au temps des croisés a une acoustique si exceptionnelle que tous les groupes de pèlerins viennent la tester en chantant. Mais revenons à l’église des origines, la dédicace de cette église était célébrée le 8 septembre parce que, peu à peu, on avait pris l’habitude de fêter la Nativité de Marie, ce jour-là. Comme l’église était sur le lieu ou à proximité de la maison de Ste Anne, c’est sans doute là que Marie était née. Etait-elle née un 8 septembre, nous n’en avons aucune certitude, mais cette date a quand même été choisie pour fêter sa naissance. 

Et c’est donc en prenant cette date du 8 septembre comme repère, que, tout naturellement, on a fixé la date de sa conception 9 mois plus tôt, à savoir le 8 décembre. Cette fête liturgique de la conception de Marie a donc été très vite célébrée. Et vous savez que la piété populaire, si je peux m’exprimer ainsi, a du nez ! C’est ce que le concile Vatican II a appelé « sensus fidelium ». La piété populaire avait donc pressenti très tôt que Marie, saluée par l’ange comme étant pleine de grâce, devait sans doute avoir été aussi conçu sans péchés. Car la toute sainte devait aussi être l’immaculée. Les Orientaux ont commencé à célébrer cette fête, au moins dans quelques églises particulières, dès le 6e siècle. Les Occidentaux commencèrent à l’adopter à partir du 11e siècle. 

Les théologiens du Moyen-Âge ont hésité pour savoir si cette foi était juste. Ce sont les pères du Concile de Trente qui, réfléchissant sur le péché originel, vont déclarer, en 1546, qu’ils ne voulaient pas inclure, sous la définition de l’universalité du péché originel, la très sainte mère de Dieu. Ce n’était pas encore une déclaration dogmatique, mais le terrain était prêt. Pourtant, il faudra attendre le pape Pie IX pour que soit promulgué, le 8 décembre 1854, dans la bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’immaculée conception. 

Comme pour montrer que cette définition n’était pas une audace inconsidérée, 4 ans plus tard, Bernadette Soubirous recueillera à la grotte de Massabielle à Lourdes, des lèvres de la Vierge Marie elle-même, ces quelques mots prononcés en patois : « Que soy, era immaculada conceptiou ». C’était le 25 mars 1858, en la fête liturgique de l’Annonciation. Bernadette, originaire d’une famille pauvre, sans culture, ne pouvait pas avoir eu connaissance de la définition donnée 4 ans plus tôt par Pie IX, il n’y avait pas de télé, de radio, l’information ne circulait pas vite et était réservée à une élite. Bernadette ne pouvait pas avoir inventé ces mots dont elle ne connaissait pas la signification. Quand elle les rapportera à son curé, sceptique jusque-là, il sera immédiatement convaincu de la véracité du témoignage de Bernadette disant qu’une belle dame lui était apparue. 

Ainsi donc, par cette apparition, le ciel était venu confirmer ce que le pape avait affirmé solennellement après tous ces siècles où la piété populaire avait commencé à célébrer ce mystère et y croyait dur comme fer, tant du côté oriental qu’occidental. Il est toujours bon de rappeler que célébrer l’Immaculée Conception, c’est célébrer le fait que Marie, depuis sa conception, a été préservée du péché originel. Il ne s’agit donc pas, comme certains le pensent faussement, que Marie aurait été conçu sans relation sexuelle de ses parents, Anne et Joachim, comme si les relations sexuelles dans un couple marié étaient péché ! Non, elle a été conçue comme tous les enfants, ce qui ne sera pas le cas de Jésus mais, dès sa conception, Marie a été préservée du péché originel et de ses conséquences qui, chez nous, inscrit une pente naturelle à ne pas faire que du bien. Marie, ayant été préservée du péché originel, n’aura pas connu cela, sa vie aura été lumineuse, un oui d’amour permanent et c’est cela que nous célébrons aujourd’hui.

Maintenant, nous pourrions nous poser une question : pourquoi fallait-il que Marie soit sans péché ? Après tout, à Bethléem, Jésus est bien venu au monde dans une étable, la saleté ne l’a pas repoussé, alors pourquoi n’aurait-il pas pu naître d’une femme au cœur souillé par le péché ? En fait, l’étable de Bethléem et le cœur de Marie ne sont pas sur le même plan. Dire que Jésus est né dans une étable, symbole de pauvreté et de saleté souligne l’humilité de Dieu : il accepte d’entrer dans notre monde tel qu’il est, sans luxe, sans privilège. Et Jésus, au cours de son ministère public, ne fera que confirmer cela passant 3 années comme en immersion au cœur de la communauté des hommes pécheurs. Mais la doctrine de l’Immaculée Conception parle d’autre chose : la nature même de celui qui était envoyé par Dieu. Car, ne nous y trompons pas, si l’Immaculée Conception est un privilège qui concerne Marie, il nous parle d’abord de Jésus et de sa mission de Salut.

Pour répondre à la question que je posais, je pourrai argumenter en utilisant des concepts théologiques, mais il est bien possible qu’ils ne vous parleraient pas beaucoup, moi-même, je vous avoue, ils ne me font pas frétiller ! En méditant sur la réponse à apporter à cette question, l’Esprit-Saint a orienté mon esprit vers une autre ligne d’interprétation bien plus concrète. Nous le savons, le fœtus pendant les 9 mois de grossesse vit en absorbant ce que sa mère lui donne. C4est pour cela qu’il y a des tels liens entre une mère et son fils et c’est pour cela aussi que lorsque ces liens sont devenus toxiques dans un sens ou dans l’autre ça produit de tels drames. L’intimité, la quasi-osmose qui existe pendant 9 mois entre la mère et l’enfant qu’elle porte, ne peuvent que créer des liens très forts. Dans le ventre de notre mère, nous aurons absorbé tout ce qu’elle nous aura donné. Dans ces conditions, vous comprendrez que Jésus, le Fils de Dieu ne pouvait pas absorber les péchés de sa mère. Le péché des hommes, il le portera et le réduira à néant par sa mission de Salut, mais pour cela, il lui fallait une parfaite nature divine qui ne soit pas altérée. Je ne sais pas ce que penseraient des théologiens de mon interprétation, mais à moi, elle m’a beaucoup parlé !

Alors nous ne pouvons que nous émerveiller devant ce grand exploit de notre Dieu : il a envoyé son fils dans le monde en respectant les lois de la nature, c’est bien une femme qui l’a porté et nourri, in utero, comme le font toutes les femmes, il a bien respecté les lois de la nature. Mais pour que le monde soit sauvé, il a été capable de bouleverser les lois de la nature en préparant le cœur et le corps de la mère choisie et en donnant à son fils une naissance à la fois naturelle et virginale. Comme aiment le dire : trop fort, notre Dieu ! Que Notre Dame de Laghet nous donne cette grâce de nous émerveiller devant ce grand mystère qui nous redit que, pour nous sauver, Dieu a sorti le grand jeu. Qu’elle nous obtienne de comprendre à quel point nous sommes tous aimés pour que Dieu ait été aussi ingénieux et qu’elle nous donne de répondre en menant une vie digne de cet amour qui nous est manifesté dans ce grand mystère.

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